Nymph()maniac (1 et 2) *½

21 mars 2014

Une femme (Charlotte Gainsbourg) est recueillie par un homme (Stellan Skarsgard) après une agression. Elle lui raconte l’histoire de sa dure vie de nymphomane.

Réalisateur: Lars von Trier | Dans les salles du Québec le 21 mars 2014 (Métropole Films Distribution)

Ce n’est un secret pour personne: Lars von Trier aime la provocation et le marketing cheap (d’ailleurs fortement liés). Il le prouve d’ailleurs de plus en plus. Le spectateur curieux qui aura suivi le dévoilement progressif d’informations, d’images, d’affiches et de bandes-annonces de Nymph()maniac doit donc être prévenu: il n’y verra ni Christian Slater, ni Uma Thurman, ni Willem Dafoe (entre autres) en plein accouplement. C’est tant mieux pour les acteurs… et dans certains cas, pour nous!
En agissant ainsi, peut-être Lars von Trier souhaitait-il nous faire jouer le rôle du pervers (dès qu’un acteur apparaît on se demande en effet forcément, du moins au début, avec qui et comment il va copuler). Après nous avoir fait jouer ce rôle, il s’autorise à endosser l’habit du moralisateur voulant être pris au sérieux. Il étale alors son incroyable culture en nous offrant des cours magistraux sur Bach, les fourchettes à gâteau, les Walter PPK ou la pêche à la mouche. Certes, il le fait heureusement avec une bonne dose d’humour, mais cela n’empêche pas ces innombrables digressions (qui servent de transitions malhabiles) de nuire à l’ensemble en cassant complètement le rythme du film. Plus grave encore, le dialogue récurrent entre les deux protagonistes (près de la moitié du film) semble principalement servir d’explication destinée aux spectateurs qui n’auraient pas compris la géniale pensée du maître. En clair, Lars von Trier, après avoir attiré un public en manque d’émotion fortes, joue les mauvais professeurs en expliquant clairement chaque intention pour être sûr que nous comprenons bien sa philosophie de la vie (qui est, pour synthétiser: on a beau passer pour le vilain petit canard, le mal ne vient pas forcément d’où l’on croit).
En plus de prendre ses spectateurs pour des imbéciles, il semble ainsi continuer sa régression inexorable. Il en est maintenant au stade de l’adolescence et cherche donc logiquement à la fois à choquer maladroitement la pensé petite-bourgeoise et à se faire aimer. Malheureusement pour lui, il n’a pas l’excuse de l’âge et ne peux pas compter sur notre indulgence!
Si un film comme Les idiots est bien loin (à l’époque, Trier ne semblait pas avoir besoin d’expliciter à l’excès chaque idée…), nous devons tout de même admettre qu’il reste au metteur en scène un peu de talent. Il sait mettre en place des situations et diriger des acteurs… et il a même la bonne idée de conclure son film par une reprise réussie de Hey Joe par Charlotte Gainsbourg.
Malheureusement, juste avant le générique, le ridicule de la dernière scène dépasse tout ce qu’il nous avait montré jusqu’alors. Le réalisateur prenant visiblement de plus en plus plaisir à se tirer des balles dans le pieds, cette fin consternante de bêtise ne nous surprend même plus!
 

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