3 histoires d’Indiens ***½

11 avril 2014

3 passions, 3 choix de vie… 3 histoires d’Indiens!

Réalisateur: Robert Morin | Dans les salles du Québec le 11 avril 2014 (Coop Vidéo)

Moins d’un an après nous avoir livré un décevant 4 soldats, Robert Morin revient avec «une drôle de bibitte» complètement fauchée dont le tournage s’est étalé sur plusieurs années. Avec cette fiction dans laquelle trois segments s’entrecroisent sans jamais se toucher, Morin utilise les armes du documentaire (certaines parties le sont d’ailleurs plus ou moins, lire à ce sujet notre entrevue avec le cinéaste) et donne au film un ton particulièrement original, tout en brouillant continuellement les cartes. En passant d’un personnage à l’autre, le cinéaste passe de la comédie au drame social, du mysticisme à la flânerie sur fond de musique classique, de l’absurde à la violence du quotidien. Il nous donne surtout un aperçu différent de la vie dans les réserves amérindiennes, en parvenant à nous en montrer la misère sans jamais sombrer dans le misérabilisme. À ce titre, la scène où le héros vidéophile (Erik Papatie) nous présente sa famille par caméra interposée est une réussite qui traduit parfaitement l’inclassibilité de cette oeuvre aussi hybride qu'indispensable.
Avec 3 histoires d’Indiens, Robert Morin refuse de ne voir dans les réserves qu’alcool, violence et absence d'avenir mais suit au contraire trois individus qui choisissent de vivre leurs passions. Pourtant, ce qui aurait pu ressembler à une vision très optimiste de la situation est en réalité un constat terrible: les deux fragments consacrés aux personnes les plus “normales” ne débouchent sur aucune solution aux problèmes de la communauté. Au contraire, le personnage d’Erik, que nous définiront avec une certaine indulgence de gentiment naïf, est le seul à proposer une solution (tout aussi naïve que lui) dont la plausibilité dans la “vraie” vie est proche du nul.
Si Robert Morin ne se voile pas la face et ne cède pas à la facilité de croire qu’il peut y avoir une solution à tout, il a également (surtout) le mérite de nous donner envie de regarder différemment ceux qui nous semblent si lointains alors qu’ils sont pourtant nos compatriotes. Il trouve ainsi le moyen de montrer leurs problèmes sans nous donner envie de détourner le regard. C’est probablement la plus grande force de ce film qui ne ressemble à aucun autre… un peu comme son réalisateur!

 

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