Jodorowsky’s Dune ***½

4 avril 2014

Et si Alejandro Jodorowsky était parvenu à rassembler suffisamment d’argent et à convaincre un gros studio américain d’embarquer dans son adaptation de Dune de Frank Herbert?

Réalisateur : Frank Pavich | Dans les salles du Québec le 4 avril 2014 (Mongrel Media)

Parmi les grands films jamais réalisés, la version de Dune d’Alejandro Jodorowsky occupe sans contredit une place de choix. Si le père des délires cultes El Topo et La montagne sacrée avait été béni des dieux en menant à bien son odyssée, le résultat aurait probablement été le long métrage de science-fiction le plus important du septième art… du moins de l’avis des responsables du documentaire Jodorowsky’s Dune.
Porté par des entrevues éclairantes, un retour sur l’émergence de «Jodo» en tant que réalisateur et une description assez détaillée de cette période où tout était possible (le milieu des années 70), cet essai réalisé par Frank Pavich évoque les rêves les plus fous. Le créateur chilien (également mime, romancier, poète et adepte de tarots) avait carte blanche de son producteur Michel Seydoux pour rassembler une équipe du tonnerre: Orson Welles, Salvador Dali, Pink Floyd, Mick Jagger, David Carradine, Moebius, H.R. Giger (Alien), etc. Le projet est pourtant mort dans l’œuf, faute de moyens financiers.
En matérialisant à l’écran les songes de Jodorowsky, élaborés à partir de nombreux croquis nés de sa propre vision de Dune (il avoue d’ailleurs n’avoir jamais lu le livre original), la mise en scène évite de justesse la succession de têtes parlantes et l’éternelle construction chronologique. L’humour coule à flot et si certains aspects auraient mérité d’être mieux développés, l’ensemble s’avère plus que satisfaisant.
C’est évidemment «Jodo» qui se trouve au cœur de l’effort. En gourou charismatique qui semble en rajouter pour colorer encore davantage ses histoires, il s’avère le grand-père que tout le monde aurait souhaité avoir, même si une certaine noirceur ressort de ses anecdotes: le souffle presque mégalomane de l’artiste tout-puissant prêt à jeter l’argent par les fenêtres pour arriver à ses fins, refusant d’altérer sa vision originelle (son Dune aurait pu durer 12 heures!) et obligeant son jeune fils Brontis à suivre un entraînement intensif d’autodéfense.
Très intéressant documentaire sur le cinéma et la création, Jodorowsky’s Dune s’apparente à une quête spirituelle. Face à d'innombrables difficultés (un art qui tente de survivre face à l’industrie, des thématiques complexes intégrées à la science-fiction (pas toujours prise au sérieux) et une peur de la part des grands studios de s’embarquer dans des grosses productions sortant des sentiers battus), quelques prophètes se tiennent debout avec l’espoir de concrétiser leur chef-d’œuvre. Même si leurs efforts ne portent pas fruits, il ne sont pas vains pour autant: ils auront malgré tout influencé plusieurs générations après eux!
 

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