Félix et Meira ****

30 janvier 2015

Critique rédigée à l'occasion du FNC 2014

Rien dans le quotidien opposé de Félix et Meira ne pouvait prédire leur rencontre à première vue, encore moins leur histoire d’amour.

Réalisateur : Maxime Giroux | Dans les salles du Québec le 30 Janvier (Funfilm)

Des deux couples que sont Gurov et Anna et Félix et Meira, filmés respectivement par Rafael Ouellet et Maxime Giroux, c’est du côté du deuxième que notre cœur penche. Dans ce troisième et admirable opus, Giroux fait un saut de géant vers la maturité, acquérant une profondeur et une tendresse jusque-là inédites. Car, n’ayons pas peur des mots, c’est bien de cela qu’il s’agit ici : une œuvre de rupture dans laquelle Giroux délaisse les tics auteuristes et la posture distanciée de ses précédent efforts pour composer avec l’émotion et l’humain. On sentait chez lui comme une petite peur de s’y frotter... il parvient ici à la transcender magnifiquement.
Tout est à prendre dans cette histoire de fusion improbable de deux cœurs largués à leur solitude. Lui (fabuleux Martin Dubreuil) est un jeune trentenaire québécois désabusé, sans grands projets d’avenir, ne sachant pas trop ce qu’il désire. Elle (touchante Hadas Yaron, rescapée de Fill The Void au sujet similaire), soumise à un mariage dépourvu d’amour, appartient à une communauté juive hassidique montréalaise avec laquelle elle partage mal les croyances et les rituels religieux. Dans un premier temps, par le recours à un montage parallèle, Maxime Giroux passe en détails l’existence de chacun et leur relation à leur propre milieu. Leur existence, inscrite dans une sorte d’état de confinement (elle par contrainte, lui par désœuvrement), s’ouvrira au grand air, aménageant un refuge à leur solitude au travers de leurs sentiments partagés.
Pudique, délicat et patient, le film les montre en train de s’apprivoiser, tranquillement, de manière à ce que chaque geste acquiert son importance (le regard sévère du mari, une caresse dans les cheveux, les visages des deux amants se frôlant parmi la foule..), sondant les forces d’attraction qui les poussent l’un vers l‘autre, les aimantent. Le film ne précipite rien dans son mouvement, privilégie la langueur du désir, le silence, les non-dits lourds de sens. Il ne juge pas non plus les agissements des protagonistes, ni ne décrète chez le personnage du mari jaloux la dose de malveillance prescrite dans ce genre de récit.
Non sans évoquer les héros/héroïnes de James Gray, Meira, en choisissant l’homme avec lequel elle partagera sa vie, est placée devant un dilemme : s’affranchir de sa communauté et risquer l’exclusion à tout jamais ou mourir à petit feu dans sa prison domestique. Mais cette liberté, nous dit Giroux dans ses dernières images, ne vient pas sans son lot de conséquences et d’incertitudes. C’est dans l’acceptation douloureuse de ce choix, mais aussi d’une nouvelle vie, que Meira doit vivre dorénavant…
C’est aussi magnifique que bouleversant. Rarement a-t-on vu dans le cinéma québécois de ces dernières années un film d’amour aussi beau et singulier!

(Lire également notre entrevue avec Maxime Giroux)
 

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