Citizenfour ****

14 novembre 2014

La relation de confiance entre une journaliste américaine et Edward Snowden, qui a révélé au grand jour l’espionnage mondial de l’Agence nationale de la sécurité américaine (NSA).

Réalisateur : Laura Poitras | Dans les salles du Québec le 14 novembre 2014 (Les Films Séville)

Les maîtres des documentaires contemporains se situent généralement dans un pôle d’activité: humaniste (Depardon), anthropologique (Wiseman), sociologique (Herzog) ou carrément centré sur l’art de l’interrogation (Morris). Laura Poitras nage plutôt dans les zones politiques, pourfendant les actions de son pays.
Troisième tome d’une trilogie entamée par My Country, My Country (sur la guerre en Irak) et The Oath (sur Guantanamo), Citizenfour est une œuvre remarquable à bien des niveaux. Au lieu de recréer ce qui fut, l’effort plonge dans la réalité, dévoilant une page d’histoire importante et controversée qui a bouleversé l’échiquier mondial. Edward Snowden, c’est l’homme qui a mis à genoux les États-Unis, révélant que l’espionnage électronique règne au pays d’Obama et qu’il s’étend insidieusement partout sur la planète.
Construit comme le thriller le plus tendu (on pense à All the President’s Men mais sans les filtres de la fiction), ce long métrage très verbeux parle de paranoïa et de la difficulté de protéger ses sources à une époque où les murs - et les téléphones, les ordinateurs, etc. - ont des oreilles. La démarche, limpide et vulgarisée, se concentre sur Snowden, sur ses moments de doutes, de rage et d’espoir. La caméra tourne sans cesse, retenant l’essentiel (les preuves, les révélations chocs, la réaction des journalistes) et tous ces petits gestes quotidiens et ces mimiques qui arrivent à créer la psyché humaine.
Le cinéphile sort évidemment un peu essoufflé de cet exercice de haute voltige où le temps est compté et où la démocratie a, bien sûr, été muselée plus souvent qu’autrement. Pourtant, c’est avec admiration et une foi renouvelée envers le quatrième pouvoir que le spectateur finit par se positionner, conscient qu’il faut toujours remettre en question les acquis les plus élémentaires de son pays, qu’il opte davantage pour la sécurité que pour la liberté. Citizenfour devient alors un des documentaires les plus essentiels de l’année, aux côtés de Miron : Un homme revenu d’en dehors du monde, The Square et L’image manquante.
 

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