Mr Kaplan**½

24 avril 2015

Comme de nombreux juifs, Jacob Kaplan a fuit très jeune l’Europe nazie. Il s’est installé en Uruguay, où il a fait sa vie. Aujourd’hui âgé de 76 ans, grincheux et las, il a du mal à accepter son âge. Pour échapper à la monotonie de son quotidien, il demande à un ami et ancien policier de l’aider à capturer le propriétaire d’un restaurant qu’il soupçonne d’être un nazi en fuite.

Réalisateur : Alvaro Brechner | Dans les salles du Québec le 24 Avril (Cinéma du Parc)

Ni déplaisant ni renversant, Mr. Kaplan est un petit film sympathique, et au tragi-comique touchant, mais  pourtant oubliable en raison notamment d'une mise en scène certes talentueuse, mais sans personnalité. Il n’est d'ailleurs pas difficile de voir d’où viennent ses influences souvent explicites (Wes Anderson par-ci, les frères Coen ou David Fincher par-là). Ce n’est pas un problème en soi si elles sont adéquatement assimilées. Malheureusement, cela ne fonctionne pas toujours. À force de trop vouloir faire le malin (le faux interrogatoire mené avec la fille du « nazi » par exemple), Brechner perd de vue son sujet. Il lui aurait pourtant suffit de suivre au plus près son personnage principal (le vieil homme aux humeurs dépressives) et son sympathique acolyte Wilson. Tant que sa caméra reste braquée sur eux, Brechner parvient en effet sans grand effort à toucher en sondant leurs solitudes respectives, soit celles de deux hommes en panne de repères et de respectabilité dans un monde qui ne veut plus d’eux (l’un vieux, l’autre policier déchu).
A l’instar du duo formé par the Dude et Walter dans The Big Lebowski, Jacob et Wilson se lancent dans la traque aussi improbable que désopilante d’un « nazi » présumé dans l’espoir de le kidnapper, puis de l’expulser vers Israël pour qu'il y soit jugé. Si le retournement de situation qui clôt leur filature parvient à surprendre, l’évocation du nazisme est menée sans conviction, agissant plutôt comme simple accessoire décoratif au récit. Brechner donne l’impression de ne pas savoir comment traiter ce grand sujet sensible avec le sérieux qu’il mérite et cela déteint malheureusement sur le film.
Cependant, en dépit de ses nombreuses faiblesses, Mr. Kaplan affiche une empathie indéniable dans son portrait de cet homme confronté à sa vieillesse et s’interrogeant sur le sens de sa vie. « Est-ce que j’ai accompli quelque chose de remarquable ? Quelle fût mon utilité? » se lamente-t-il au début du film. Arrivé au dernier plan, ces interrogations inquiètes trouvent leur réponse, alors que la camera le quitte silencieux et fragile, fixant sa femme aimante et ses enfants. Tout est dit dans le silence et c’est beau, émouvant.
 

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