Les derniers hommes éléphants **½

1 mai 2015

Regard sur le peuple Bunong, une communauté cambodgienne dont l’identité culturelle est liée aux éléphants. Nous suivons trois destins en parallèle : celui d’un vieil éleveur qui craint de voir les traditions ancestrales disparaître avec les derniers aînés de la tribu, un jeune homme qui tente de préserver ce mode de vie tout en s’adaptant aux réalités modernes et une femme qui multiplie les démarches pour retrouver un éléphant ayant appartenu à sa famille des années plus tôt.

Réalisateurs : Daniel Ferguson, Arnaud Bouquet| Dans les salles du Québec le 1 mai 2015 (Filmoption International)

Le film ouvre avec la voix d’un vieillard qui nous raconte une légende : les premiers éléphants sont apparus sur Terre après que des humaines eurent mangé un poisson magique; ils se transformèrent alors en pachydermes, d’où ce lien spirituel qui unit les hommes au plus grand mammifère terrestre. C’est dans cette connexion divine que réside toute la poésie du documentaire d’Arnaud Bouquet et de Daniel Ferguson qui se veut à la fois un portrait ethnologique et un pamphlet écologique. Nous découvrons un peuple menacé de disparaître en même temps que l’espèce qu’il vénère, ce qui n’empêche pas ces indigènes d’être en phase avec le monde moderne. Ainsi, les offrandes dues à l’Esprit-Éléphant pour la guérison d’un animal malade s’accommodent fort bien des conseils du vétérinaire. Il y a d'ailleurs quelque chose de touchant à voir cette communauté tout faire pour s’adapter et cela, même si la déforestation de leur coin de pays semble inéluctable.
Les réalisateurs ont su filmer cette connexion spirituelle entre l’homme et l’animal, mais cette qualité s’avère être également le principal défaut du film. En effet, Les derniers hommes éléphants souffre d’une mise en scène trop appuyée. Sous des allures d’images croquées sur le vif, les échanges entre indigènes semblent fabriqués de toutes pièces pour les besoins du documentaire : que ce soit le petit-fils qui demande à son grand-père de lui raconter l’histoire du peuple Bunong ou ce groupe d’hommes qui discutent du bon vieux temps, on sent le canevas narratif derrière. Cette volonté de raconter une histoire «comme si vous y étiez» relève bien sûr du choix artistique mais le procédé finit par nuire à la crédibilité de l’ensemble. Au final, le film vaut surtout pour la sensibilité de son propos, l’exotisme du Cambodge rural et le portrait doux-amer d’une culture en voie de disparition.
 

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