Palmarès et bilan Vues d’Afrique 2015

4 mai 2015

The Sea is Behind, prix du la meilleure fiction.
Après cinq petits jours, la dernière édition du festival Vues d’Afrique vient de se terminer en confirmant les impressions que les premiers films visionnés nous avaient laissées (voir notre présentation du festival): le festival vaut davantage pour les sujets qu’il aborde que pour les qualités cinématographiques des films qu’il propose. Cela ne nous a pas empêché de faire de belles découvertes comme le sensible The Forgotten Kingdom, dont nous avons déjà parlé il y a peu. Malheureusement, le film me figure pas au palmarès de cette édition, les jury ayant préféré récompenser deux autres films dans la catégorie Long métrages internationaux de fiction:
- The Sea is Behind (Emirats Arabes-Unis / Maroc / France) de Hicham Lasri a été récompensé par le prix du meilleur film et celui du meilleur acteur (pour Malek Akhmiss). Olivier Bouchard a vu le film pour nous et nous a transmis ses notes de visionnement: «Belle photo mais scénario confus qui sert de base à un exercice de style franchement vain. Les bonnes idées tout comme les mauvaises se côtoient sans discernement pour un résultat brouillon, irritant et insatisfaisant, mais pas sans intérêt. Dialogues médiocres, portés par les répétitions et les références, qui ne trouvent pas leur identité propre. Mise en scène tapageuse.»

- Danbé, la tête haute (Bourlem Guerdjou) a pour sa part été récompensé par l’intermédiaire de Tatiana Rojo qui s’est méritée la récompense de la meilleure actrice. C’est également Olivier Bouchard qui a vu ce film pour nous. Voici son bref avis: «Le film multiplie les tragédies mais trouve le moyen de ne pas être misérabiliste. Un peu naïf dans les développements, mais senti. Deux sauts dans le temps très mal maîtrisés (changements d'acteurs inconstants et progression des personnages bâclées) qui plombent les bons moments du récit. Musique trop soulignée. Bonne représentation de la culture africaine à Paris, de l'importance des traditions tout comme de la valeur de s'en affranchir.»

Toujours dans cette catégorie, signalons la présentation du film belge Les rayures du zèbre, réalisé par Benoit Mariage et interprété par Benoit Poelvoorde. Moins «africain» que les autres, mais assez réussi, le film commence comme une petite comédie sans surprise en exploitant les stéréotypes avec intelligence. Petit à petit, la comédie s'assombrit, les personnages s'affinent et le film finit par porter un regard qui semble assez juste sur son sujet (le recrutement de jeunes joueurs de soccer africains par des clubs européens). Le refus manifeste du réalisme et la volonté trop évidente de traiter en comédie un sujet qui en relève de moins en moins marque un peu la limite du projet. C'est aussi peut-être ce qui en fait le charme (léger, mais non négligeable).

Dans la section internationale documentaire, deux films ont été récompensés:
- L’homme qui répare les femmes – la colère d’Hippocrate de Thierry Michel a été nommé meilleur film. Ce documentaire aux allures de production TV consacré à la fois à un homme remarquable et à un drame humain qui meurtrit un pays avait un double sujet très intéressant. Malheureusement, le film peine à concilier les deux de manière satisfaisante. De plus, le portrait prend trop souvent des allures de propagande pour son protagoniste (ou d’outil de promotion dans l'optique d'obtenir un Nobel de la paix) et le film est beaucoup trop long (quelques scène sont interminable, la structure laisse à désirer). Comme nous le rappelons souvent, un sujet ne fait pas forcément un bon film...

- Rwanda, la vie après- Paroles de mères de Benoît Dervaux et André Versaille a pour sa part reçu une mention spéciale. Voici les notes de visionnement rédigées par Olivier Bouchard: «Documentaire au sujet intéressant mais tourné de façon bancale. Le film est composé majoritairement de témoignages avec quelques petits moments (ratés) où l'on essaie de donner vie aux événements racontés. Aucune structure apparente ni progression quelconque. Certains témoignages plus pertinents que d'autres.»

Signalons que Life in progress (La vie en cours) d'Irene Loebell est reparti bredouille. Le film aurait peut-être mérité mieux. Voici ce qu’en a pensé Olivier Bouchard après le visionnement: «Le documentaire suit sur plusieurs années les membres d'une troupe de danse sud-africaine. Les jeunes, à l'orée de l'âge adulte, sont investis dans le projet mais gèrent difficilement leurs problèmes personnels (parents manquants, pauvreté, grossesse inattendue, échecs scolaires). Récit intéressant même s’il part dans tous les sens, pour un résultat brouillon. Plusieurs répétitions et longueurs dans la progression. Réalisation faite sur le moment, qui donne une facture sincère à l'ensemble. Majorité des intervenants attachants et très articulés.»

Le reste du palmarès est consultable sur le site du festival.
Signalons que dans la catégorie Afrique Connexion, le prix du meilleur film a été attribué au film Haïtien Victorieux ou morts, mais jamais prisonniers de Mario L. Delatour. Très documenté, le film fait preuve d’originalité en proposant des scènes de reconstitutions historiques sous forme d'animation malheureusement techniquement très médiocre. Le résultat possède les mêmes faiblesses que de nombreux autres films vus: très scolaire et assez laborieux.

Malgré toutes nos réserves, le festival a une fois de plus permis d’aborder des sujets souvent passionnants. Il nous a également permis de faire une belle découverte (The Forgotten Kingdom). C’est probablement ce petit mélange de sincérité et d’imperfection qui fait le charme du festival. C’est aussi pour cette raison qu’on a envie d’y retourner!
 

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