Antoine et Marie ***

19 juin 2015

Marie (Martine Francke) rencontre Antoine (Sébastien Ricard) à l’occasion d’un 5 à 7 avec ses collègues de travail. Elle se réveille le lendemain sans aucun souvenir de sa soirée. Progressivement, des indices la conduisent à imaginer le pire...

Réalisateur: Jimmy Larouche | Dans les salles du Québec le 19 juin 2015 (Alma Films)

Après un premier film de sinistre mémoire (La Cicatrice) qui n'était pas loin de la catastrophe (même si Martin Gignac avait cru y entrevoir un talent en devenir, lire sa critique de l’époque), l'auteur de ces lignes ne croyait pas beaucoup aux chances de Jimmy Larouche, vaillant cinéaste québécois adepte de l'autofinancement. Le cinéma n'étant fort heureusement pas une science exacte, c'est avec un certain plaisir que nous devons admettre une évidence: notre collaborateur avait vu juste il y a deux ans.
Après La cicatrice, Jimmy Larouche laisse donc éclater son talent en améliorant tout d’abord ses qualités de scénariste. Probablement conscient de la lourdeur de son sujet (l’usage de la drogue du violeur par un père de famille banal), il le traite ici avec finesse. Il s'attarde à la fois sur les instants de vie qui finissent par définir les deux personnages principaux et sur les épreuves qu'ils traversent sans avoir à en dire trop. En agissant ainsi, Larouche évite à Antoine et Marie de sombrer dans le piège du film à thèse.
La structure du récit est également très intéressante, le cinéaste dosant parfaitement ce que le spectateur doit savoir dès le début du film et ce qu'il doit découvrir rapidement. Ce dosage lui permet d'éviter de jouer la carte du suspense malsain car inadapté à son sujet, et de donner au contraire la part belle aux personnages et à leurs souffrances ou frustrations retenues. Pour compléter le tout, Larouche trouve la distance parfaite avec chacun des protagonistes, en observant ses personnages sans les juger ni les plaindre. La qualité de l'interprétation et la sensibilité du regard de Larouche finissent de compléter ce bilan positif.
On pourrait cependant reprocher au réalisateur certains épisodes (surtout en ce qui concerne le personnage masculin) ou quelques tics de mise en scène (héritage du cinéma naturaliste post dardennien).
Nous préférons être indulgent à l'égard de ces petites faiblesses et ne retenir que les indéniables qualités d'un film qui fait partie des belles surprises québécoises de l'année.
 

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