Victoria ***½

30 octobre 2015

En sortant d’une discothèque, une jeune Espagnole de passage à Berlin (Laia Costa) se laisse entraîner dans des mauvais coups qui risquent de mal tourner.

Réalisateur : Sebastian Schipper | Dans les salles du Québec le 30 octobre 2015 (Métropole Films)

Le plan-séquence n’a jamais été aussi populaire. Tout le monde s’y met avec grâce (Amos Gitaï et son Ana Arabia) ou médiocrité (les deux épisodes de J’espère que tu vas bien de David La Haye) et le succès de Birdman qui ne lésinait pas sur les faux raccords semble avoir parti une nouvelle mode.
Remarqué au festival de Berlin, Victoria de Sebastian Schipper (Sometime in August) se l’approprie, filmant continuellement son héroïne qui danse dans une boîte de nuit avant de suivre des inconnus dans la rue, derrière le volant d’une voiture volée, sur le toit d’un immeuble, etc. Ce personnage magnifiquement interprété par Laia Costa (dont le style est pratiquement identique à celui de Neve Campbell à l’époque du premier Scream) n’est pas le plus brillant qui soit et ses nouveaux amis semblent encore plus demeurés. Reste qu’une scène clé, celle du piano, apporte une profondeur aux êtres, dévoilant une histoire d’amour légère et parsemée d’humour et non une sombre histoire de viol et de torture.
À partir de ce moment, le récit prend son envol et c’est évidemment sa mise en scène sophistiquée que l’on remarque immédiatement. La caméra frôle les corps, se mêlant à la foule ou seulement à quelques âmes, créant un satisfaisant climat de communauté ou d’intimité. L’esbroufe n’est jamais trop loin et il y a bien quelques détours inutiles, ce qui ne gâche en rien le plaisir éprouvé. La partition musicale de Nils Frahm, en pleine osmose avec les images, apporte un supplément d’énergie et d’atmosphère.
Bien entendu il est impossible de soutenir la cadence de 138 minutes et la trame narrative fortement inspirée de celle du After Hours de Scorsese finit par bifurquer vers le film de braquage. Cela donne quelques scènes vraiment spectaculaires mais également des moments complètement invraisemblables et une finale qui s’étire.
Sans rivaliser avec les modèles du genre (dont le porte-étendard est certainement L’arche russe de Sokourov), Victoria s’avère un divertissement sous tension, dont la prémisse un peu routinière est dissimulée derrière une technique impressionnante et une interprétation d’une fraîcheur et d’une spontanéité à toute épreuve.
À quand le même tour de force tourné à Montréal? Ah oui, c’est vrai, Podz prépare King Dave
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Olivier Maltais: ****
Sébastien Veilleux: ***½
 

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