Festival Regard 2016: rencontre avec Pascal Plante

26 mars 2016

À l’occasion des 20 ans de Regard, nous avons rencontré trois cinéastes québécois très différents ayant présenté un court-métrage de qualité en leur demandant d’aborder librement les quatre mêmes points. Après David Uloth, nous laissons maintenant la parole à Pascal Plante, dont les qualités de mise en scène dans son observation des relations entre une mère et sa fille participant à un concours de beauté nous ont impressionné. Son film Blonde aux yeux bleus était présenté en compétition nationale.

Votre parcours.
Je ne suis pas né avec une caméra dans les mains contrairement à beaucoup de mes amis cinéastes qui faisaient déjà des films à 13 ans. Je viens plus de la cinéphilie. Au même âge, j'écoutais Apocalypse Now. De plus, j’ai fait du sport de haut niveau pendant longtemps et dans mon école secondaire, il n’y avait même pas d’art. Par contre, j’ai toujours dessiné, et je pense que la bande dessinée et le cinéma se ressemblent beaucoup. Progressivement, j’ai perdu de l’intérêt pour la pratique du dessin et j’en ai pris pour la lumière, le cadrage et la photo. Finalement, de la BD filmée, c’est du cinéma! Mais je ne savais pas encore que je voulais faire ça au Cégep. J’ai fait un programme de création multimédia, qui est un entonnoir assez large. J'ai touché au design graphique, au web… et nous avions un cours de vidéo. J’ai fait un petit film, et j’étais comme un poisson dans l'eau. J’ai ensuite appliqué à Concordia, qui est quand même très contingenté. J’avais proposé un porte-folio très éclaté, avec un projet vidéo, des dessins, des BD.
Après, mon film de fin de bac a bien voyagé. C’était une comédie musicale avec des personnes âgées. Il a eu une mention du jury au FNC. L’université me permettait presque de faire un film financé car nous avions tout l’équipement. Je l’ai d'ailleurs tourné en 35 mm. Par contre, quand on revient dans la vraie vie, il faut revenir un peu en arrière au niveau des moyens car les institutions ne vous prennent pas au sérieux si vous n’avez pas une carte de visite avec un petit budget qui prouve que vous pouvez mener à terme des projets dans un contexte professionnel avec un budget limité. C’est donc ce que j’ai fait. Au début, j’ai surtout fait des drames car je suis de l’école Cassavetes. J’aime ce cinéma très libre, très vrai.
Je pense que mes films se répondent. Malgré moi, il y a des dénominateurs communs qui s’instaurent. Je présume que c’est ce qu’on appelle le style, mais je ne l’ai pas vraiment cherché. J’essaie aussi de faire des films qui ne parlent pas trop de moi. On nous dit tout le temps «faites des films sur ce que vous connaissez». Oui… mais non! Je pense que c’est bien de faire de la recherche. Si tu fais une recherche assez sérieuse, ça va passer par toi, par ton filtre, par ta façon de voir le monde, par ton regard. Pour moi, c’est ça un cinéaste: quelqu’un qui a un regard. Je suis un homme blanc de la mi-vingtaine, mais je pourrais faire un film sur une soixantenaire lesbienne… C’est génial d’avoir cette liberté et de pouvoir puiser dans le monde, mais il faut être sérieux dans sa recherche par rapport à ses sujets. Le monde est à la portée d’un cinéaste sérieux qui fait une recherche sérieuse.

Le regard que vous portez sur le court métrage (passage obligé, zone d’expérimentation, moyen de se faire connaître, moyen d’expression à part entière, etc).
C’est un gros carré de sable, un gros carré d’exploration. Est-ce un rite initiatique pour le long métrage? Probablement un peu par la bande car je pense que s’attaquer à un long métrage sans jamais avoir fait de court, c’est un peu comme entrer dans l'arène avec un trop gros taureau. C’est juste sensé de passer par le court. Mais je défend beaucoup le court car c’est une forme d’art à part entière. Être bref, concis, et être capable d’articuler des pensées complexes dans un format très court, c’est extrêmement difficile. Quand c’est bien fait, c’est très louable. Personnellement, je fais des films de personnages, mais c’est dur de faire un personnage en 10 ou 15 minutes. Je pense qu’il s’agit d’une vraie aptitude qui mérite d’être vu. Ça veut peut-être aussi dire que ton personnage secondaire dans ton long métrage va avoir son histoire à lui aussi. Cette aptitude à être bref et concis, c’est la meilleure corde qu’un cinéaste puisse avoir à son arc.

Votre film présenté à Regard (Blonde aux yeux bleus)
C’est l’histoire d’une mère québécoise et de sa fille qui se déplacent en Floride pour faire un concours de beauté. Quand j’en parle, on a tout de suite les images des robes et du froufrou, mais j’ai essayé de faire un procès honnête, en les présentant d’abord comme une mère et sa fille, avec leurs qualités et leurs défauts, en laissant se dévoiler de manière progressive l’agenda un peu plus sombre. On comprend alors ce qu’elles font ici, mais sans les mettre en marge ni les écraser. C’est tellement une industrie importante qu’on ne peut pas juste se conforter dans nos petites valeurs et se dire que ces mères sont toutes des folles et sont exécrables. Je pense que c’est beaucoup plus complexe que ça. Je voulais vivre, laisser vivre et tasser les préjugés. Maintenant, pourquoi je fais un film sur les concours de beauté aux États? Ça vient de ma curiosité et de mon envie de faire de la recherche.
On a plus d’une idée potentielle par année. Par contre, on a peut-être un film par année. Qu’est-ce qui fait qu’une idée est l’élue? La question que je me pose est de savoir si je me lasse moi-même de ma propre recherche. Parfois, plus je creuse, plus je m'aperçois que je suis sur un filon intéressant et plus j’ai envie de continuer mes recherches. Le monde est une inspiration… mais il faut choisir. Si après plusieurs mois de recherche je suis encore excité, ça vaut la peine d’en faire un film!
Je ne choisis pas vraiment le projet, mais c’est un peu lui qui me choisit. Alors pourquoi les concours de beauté? Je ne sais pas… ça me fascine!

Vos projets ou désirs d’avenir?
J’ai un long métrage en chantier. Ce n’est jamais terminé, mais j’ai une version dont je suis satisfait. J’ai un projet qui peut se tourner à petite échelle. C’est ambitieux car c’est un long métrage, mais c’est un projet à la portée d’une équipe modeste qui poursuit un peu mon travail basé sur l’improvisation. Je ne sais pas combien de temps ça peut prendre… mais je pense que je reviendrai toujours au court-métrage. J’ai d’ailleurs un projet de court-métrage que je tourne en mai, avec une femme de 85 ans dans le rôle principal! C’est un projet spontané. La créativité est un muscle. Je pense que si tu attends l’argent ou le moment propice… en fait, il n’y a jamais de moment propice!
Ce projet est un projet sans budget, tourné en deux jours. Il devrait arriver fin 2016. Le projet de longue haleine sera le premier long! J’y travaille.
Entrevue réalisée par Jean-Marie Lanlo le 18 mars 2016 à Chicoutimi
 

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