Knight of Cups (Le cavalier de coupe) **

18 mars 2016

Un scénariste travaillant à Hollywood (Christian Bale, convaincant) est en proie à une crise existentielle. Au fil de ses pérégrinations et de ses conquêtes féminines, il s’interroge sur l’amour et le sens à donner à sa vie.

Réalisateur : Terrence Malick | Dans les salles du Québec le 18 Mars (Séville)

L’idée de plus en plus répandue selon laquelle Terrence Malick réalise des films moins marquants depuis qu’il s’est mis à accélérer son rythme (on lui compte entre 4 et 6 films en 12 ans!) trouve sa triste confirmation dans Knight of Cups.
Quelque chose s’est passé autour de Tree of Life qui a débloqué l’inspiration longtemps endormie du réalisateur américain: le désir, sinon l’urgence, de plonger son œuvre méditative dans une matière plus autobiographique. C’est ce lien très ténu mais néanmoins prégnant qui relie ses trois films de la présente décennie. On assiste en effet dans le mal-aimé To the Wonder (inspiré de son histoire d’amour avec une française) et dans Knight of Cups à un retour de figures ou de personnages nés dans Tree of Life (ancré dans son enfance) et reconduits de film en film. Nous retrouvons donc ici avec aussi bien le personnage mutique et mélancolique de Sean Penn dans Tree of Life revisité d’abord sous les traits de Ben Affleck, le père autoritaire croulant sous le poids de sa culpabilité, ou encore la fratrie inconsolable après la disparition tragique du plus jeune...
Ce jeu d’échos pourrait se prolonger longtemps, mais il sert surtout à rendre compte du projet global dans lequel s’inscrivent ces films. En revanche, si cette intention d’autobiographie avait donné l’occasion à Malick de se dévoiler précédemment dans deux œuvres passionnantes, elle est freinée cette fois par sa démarche esthétique expérimentale (refus de l’explication psychologique et du dialogue, forme fragmentée) et surtout par un sentiment de redite et de d'autocitation navrant.
Certes, ses plans sont somptueux et son sens du montage est inégalable, mais une question s’impose: ils sont au service de quoi? De pas grand-chose, malheureusement. Dans ce flux ininterrompu d’images (le réel, le souvenir, le fantasme : tout s’entrecroise indistinctement), de mouvements de caméra virevoltants, de corps enlacés, de ruminations (sur la vie, l’amour, la souffrance des êtres, Dieu), Terrence Malick brasse du vide.
Chargé de tous les excès malickiens jusqu’à l’épuisement, oscillant entre le sublime et le très ridicule, le film devient superficiel dans son évocation du mal de vivre de son personnage, et même s’il s’accompagne d’une exploration d’idées de mise en scène et des formes souvent étonnante, il lui manque la grâce, l’ivresse et l’humanité auxquelles son auteur nous avait habitués par le passé…
À force de radicaliser son geste, Malick s’isole immanquablement et échoue à nous toucher.
L'avis de la rédaction :

Sami Gnaba: **
Jean-Marie Lanlo: **
Martin Gignac: ****
 

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