Le problème d’infiltration *½

25 août 2017

Le problème d’infiltration en cache un autre, celui de Louis, chirurgien esthétique spécialiste des grands brûlés. L’absence de progrès pousse l'un d'eux à prendre Louis en otage lors d’une visite de routine. Sa vie s’en retrouve bouleversée.

Réalisateur: Robert Morin | Dans les salles du Québec le 25 août (K-Films Amérique)

C’est dans un seizième souffle créatif que l’infatigable objectif de Robert Morin jette son dévolu sur les limites d’un cauchemar, celui de la laideur humaine. Tissé sur le fil de la réalité en prenant dans le même temps soin de la renier, le dernier long-métrage du cinéaste québécois semble s’inscrire dans la lignée de sa filmographie aussi dérangeante qu’expérimentale. Malgré ce songe aux allures de réalisme, la volonté du réalisateur de moderniser l’hécatombe intime, de par ses excès esthétiques, tombe à plat.
Après une première partie convaincante remettant en question le caractère inhérent de la folie dans un contexte social de plus en plus enclin à l’apathie, le film se confond en errances dans lesquelles le thème central de la laideur se mue peu à peu en ennui, et ce, malgré une structure prometteuse.
L’homme devenu monstre, à force de se regarder le nombril au rythme des plans-séquences dont il est l’éternel prisonnier, ne parvient plus à faire réagir le spectateur. Un comble malheureux pour celui qui a toujours cru au pouvoir du personnage faisant face à l’auditoire, si bien illustré par Papa à la chasse aux lagopèdes (2008).
Il devient presque facile de s’amuser de cet homme qui divague face à une chanson de rap vulgaire sans qu’aucune justesse ne puisse se retrouver dans le jeu d’acteur de Christian Bégin, seul élément du film censé recourir à la stabilité, mais qui se confond en tâtonnements.
Là où Robert Morin tente d’universaliser l’aliénation provoquée par chaque détail propre à la routine, il en ressort un objet filmique qui passe à côté de l’essentiel de par son besoin d’être tartiné d’effets de couleurs et d’une exagération esthétique dont le but se perd avec la santé mentale de son protagoniste. Dès lors qu’un bain de lumières bleues projette son propre reflet avant celui des occupants du cadre, Morin perd pied face à l’impact psychologique de l’expressionnisme allemand qui a tant influencé son œuvre.
Rien n’efface l’acharnement du réalisateur de Requiem pour un beau sans-cœur (1992) à rester en dehors du rang, mais ce dernier reste ironiquement visionnaire, puisqu’il avait lui-même prédit avoir peur de faire le film de trop.
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: *½
Jean-Marie Lanlo: **
Martin Gignac: ***
Olivier Maltais: **½
 

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