Faute d’amour / Loveless (Nelyubov) ****

21 février 2018

Boris et Genia sont en pleine instance de divorce. Alors que chacun est occupé à reconstruire sa vie, leur fils Aliocha disparait subitement.

Réalisateur: Andrey Zvyagintsev | Dans les salles du Québec le 23 février 2018

Encore une fois, Andrey Zvyagintsev frappe fort avec un univers des plus glaçants. Rien ne manque de réalisme dans ce tableau de la classe moyenne russe où le cinéaste se plaît à tirer le portrait de monstres humains: après le maire corrompu (Leviathan), la mère insensible (Loveless, excellente Maryana Spivak). La différence? Celle d’un récit dénué du soutien de l’État. L’inaptitude des institutions comme leitmotiv fait en effet acte de présence quand le couple moscovite, face au statu quo de la police, fait appel à une association pour retrouver le fils.
La bête existe autant dans le contenu que dans le contenant. Chaque plan fixe, impeccablement maîtrisé, est habité par une inquiétante étrangeté qui finit par traquer les personnages en travelling latéral jusqu’à en devenir asphyxiant pour le spectateur, renfermé dans un statut de voyeur. Devant l’œuvre devenue thriller, celui-ci reste impuissant face à la fatalité qui fond sur lui au rythme du cadre poursuivant chacun de ceux qui l’occupent.
La théorie biblique du chaos développée avec Leviathan trouve ici un nouvel angle: le manque d’amour et ses ravages. Le cinéaste russe remue le couteau dans la plaie avec un cinquième film où l’amour n’est plus qu’une chimère distribuée à coups de selfies et de faux-semblants, substituts d’une cellule familiale qui implose et d’un couple moderne qui s’effrite. Zvyagintsev rejoint le cinéma dissident de Ken Loach avec la perspective d’un monstre qui n’est autre que celui qu’évoque Hobbes: l’État.
S’il aurait pu les étoffer, le cinéaste évite la caricature de ses hydres paternelles qui sont à leur manière otages de leurs erreurs. Un goût de film d’horreur vient nous souffler… ceux-là ne sont-ils pas condamnés depuis le début?
Conte de Grimm des temps modernes, le prix du jury à Cannes 2017 présente le dommage collatéral d’un amour mort-né. Peu présent dans le récit, le garçon n’est qu’un prétexte pour traduire du vide ambiant contemporain, appuyé par des paysages sinistres entre le marron délavé des abords de Moscou et le bleu nuit hostile des appartements spacieux. Tout un contraste face aux yeux clairs du blondinet en proie à un manque de ce que chacun de ses parents cherche désespérément ailleurs. Les enjeux ne sont alors plus si inhérents à la société russe.
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: ****
Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ****
Pascal Grenier: ***
 

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