Une femme fantastique / A Fantastic Woman (Una Mujer Fantástica) ***½

16 février 2018

(Attention, cette critique a été attribuée ci-dessus au mauvais rédacteur puisqu'elle a en réalité été rédigée par Jean-Marie Lanlo. Toutes nos excuses aux intéressés pour cette erreur.)

Marina est amoureuse d’un homme de vingt ans son aîné. Lorsqu’il meurt, elle doit faire face à la haine de la famille du défunt. Peut-être n’est-elle pas assez «comme les autres» pour eux?

Réalisateur: Sebastián Lelio | Dans les salles du Québec le 16 février 2018 (Métropole)

Sebastián Lelio aime visiblement les femmes qui sortent des sentiers battus. ***Si vous ne connaissez pas le sujet exact du film, peut-être serait-il préférable de vous arrêter là!*** Après avoir suivi une femme dont la liberté de penser ne semblait pas aux yeux des autres compatible avec son âge (Gloria), il se penche ici sur une femme qui est née homme, et dont l'état civil (dans l'attente de son opération) ne correspond pas à sa perception d'elle-même.
Ce beau portrait s'appuie sur deux forces. La première vient de l'actrice qui incarne cette femme (Daniela Vega). Elle-même excellente actrice et transgenre, elle apporte une vérité et une ambiguïté physique irremplaçable. La seconde découle de la première, et réside plus précisément dans le regard que porte Sebastián Lelio sur son personnage et son actrice. Dans un premier temps en effet, en la filmant en plans assez éloignés, il insiste plus sur un aspect général qui fait ressortir sa féminité. Dans la seconde partie, lorsque l'héroïne est confrontée au regard des autres et à la haine de certains, Lelio la filme de manière plus rapprochée, en soignant ses angles, ce qui a pour effet de faire ressortir certains aspects plus masculins de sa personne, notamment au niveau du visage. En agissant ainsi, le réalisateur parvient à troubler le spectateur en lui montrant une même personne, perçue d'abord de manière incontestable comme une femme, avant de faire naître une certaine ambiguïté au moment où son histoire est révélée. Leilo nous fait alors comprendre que notre propre regard sur un même être peut être modifié par ce que nous en savons. Cette habileté impressionnante et faussement koulechovienne est malheureusement gâchée pas certaines facilités, comme sa recherche aussi artificielle que superflue d’une empathie que la force de l’incarnation de Vega permettait de ressentir de manière plus subtile. À la fois combative, fragile, émouvante, et particulièrement convaincante… elle est en effet aussi fantastique que la femme qu’elle incarne.
L'avis de la rédaction :

Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ***½
Ambre Sachet: ***½
 

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