Territories ***½

9 mars 2012

De retour du Canada, cinq jeunes adultes sont arrêtés, encagés, encagoulés et humiliés par des garde-frontières américains.

Réalisateur : Olivier Abbou | Dans les salles du Québec le 9 mars 2012 (Les Films Séville)

Alors que les films d’horreur récents se doivent souvent d’être fun, le réalisateur de Territories opte pour une approche sombre et teintée d’une critique sociale qui n’est pas sans rappeler certains films de genre des années 70. Mais si, à l’époque, des cinéastes italiens, français ou américains excellaient dans la critique de leurs pays respectifs, Olivier Abbou préfère regarder ailleurs. Voir le Canada et la France s’associer pour taper allègrement sur les États-Unis donne au film un léger goût de démagogie qui peut déplaire… mais ses qualités devraient suffire à faire oublier cette petite facilité.
Ayant bien appris la leçon de Tobe Hooper, Olivier Abbou nous livre un film où l’horreur vient rarement de ce qui est montré. Avec plus d’efficacité que dans bien des films gores, il n’abuse pas de sang, de viscères ou de membres arrachés. Il n’a même pas à user de crochets de boucher et de scènes de torture en hors champs puisque son horreur est avant-tout psychologique (j’ai envie d’utiliser le néologisme Guantánamesque). Au-delà de l’atteinte directe à l’intégrité physique des victimes, l’horreur naît des humiliations psychologiques qui les affaiblissent et leurs interdisent toutes velléités d’évasion. La bande-son accentue efficacement cette sensation : parfois oppressante, elle parvient à mettre mal à l’aise grâce à une habile utilisation des cris ou à une musique qui peut devenir tonitruante.
Sans tomber dans un vulgaire plagiat, Olivier Abbou a également appris la leçon de l’Alfred Hitchcock de Psycho. Le maître avait délaissé sa vedette en la faisant disparaitre après la première demi-heure. Ici, le réalisateur français va plus loin. Il délaisse ses jeunes séquestrés alors qu’ils vivent encore. Cet abandon ne rend que plus terrible leur état, comme si leur humanité avait été annihilée, comme s’ils ne méritaient même plus d`être filmés… là encore, l’ombre de l’infamie de Guantánamo n’est jamais loin!
Mais au-delà de sources d’inspiration intelligemment adaptées à sa sauce, au-delà des qualités d’écriture (qui prouvent une fois de plus qu’un scénario n’a pas besoin de multiplier les rebondissements pour être efficace), c’est la mise en scène d’Olivier Abbou qui impressionne. S’appuyant sur une image qui semble directement venue des années 70, il n’a pas peur de prendre des risques formels, de recourir à une caméra sur agitée, à un montage à rendre fou un épileptique ou à des plans improbables… mais sans jamais en abuser. Chaque effet est utilisé avec parcimonie, et sert plus à faire progresser une tension qu’à servir l’ego démesuré d’un réalisateur en manque de reconnaissance. Bien sûr, ici ou là, il y a des petites maladresses ou des prises de risques qui tombent un peu à plat. Mais croyez-moi, des films de genre de cette qualité, on aimerait en croiser bien plus souvent dans nos salles obscures.

Vous pouvez également lire notre entrevue avec Olivier Abbou.
 

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