Camille Claudel 1915 ****

6 septembre 2013

Hiver 1915. Camille Claudel (Juliette Binoche, refusant la caricature vers laquelle aurait pu la porter le rôle) est internée dans un asile du Sud de la France. Ne pouvant plus exercer la sculpture, elle voit les jours se succéder tristement. Lorsqu’on lui annonce la visite de son frère Paul, elle semble retrouver goût à la vie…

Réalisateur: Bruno Dumont | Dans les salles du Québec le 6 septembre 2013 (Niagara Films)

En apprenant que Bruno Dumont allait réaliser un film sur Camille Claudel, on pouvait s’attendre à ce qu’il reste fidèle au cinéma radical qu’il affectionne tant (et qui lui réussit d’ailleurs souvent particulièrement bien). Pourtant, malgré le sujet, il n’y a ici ni violences, ni crises de folie, ni même univers carcéral étouffant. Seul l’écran large écrase un peu le personnage, mais le traitement est plutôt apaisé. Le milieu dans lequel évolue Camille n’est pas non plus si sombre qu’on pourrait l’imaginer: le personnel soignant dévoué permet à la sculptrice d’avoir un traitement de faveur, le Docteur pense qu’elle pourrait sortir et les scènes d’extérieur sont de véritables respirations auxquelles Bruno Dumont ne nous avait pas habitués.
C’est pourtant paradoxalement parce qu’il refuse les excès et parce qu’il montre beaucoup d’espoir (la venue prochaine du frère, le discours du médecin à Paul) que le film arrive à ses fins. Si, à l’intérieur, Camille ressemble parfois à un animal en cage, elle devient apaisée, équilibrée, plus proche des infirmières que des autres malades dès qu’elle quitte ces lieux. Il est évident qu’elle est plus à sa place dehors que dedans. Malheureusement sa famille (dont le frère qu’elle aime temps) préfère la garder cachée, même s’il faut pour cela la voir croupir dans un asile des dizaines d’années, et ce jusqu’à sa mort. En n’accentuant pas le cauchemar qu’elle vit mais en insistant sur cette possibilité de liberté qu’elle ne connaîtra jamais plus, Bruno Dumont, sans artifice et sans le moindre effet, parvient à nous faire ressentir avec force la souffrance de Camille et la violence de la situation.
Moins radical qu’à son habitude, Bruno Dumont nous montre pour une fois la souffrance sans être crû, mais en observant un personnage et une situation avec un mélange de retenue (du regard) et de pureté (du cadre). Le résultat, d’une grande intelligence, n’impose aucune émotion au spectateur mais prend le pari de les lui laisser ressentir.
Et si ce film, pour une fois plus porté vers l’empathie que par le radicalisme, était le film de Bruno Dumont le plus accessible… mais aussi probablement un de ses meilleurs?

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