Vic+Flo ont vu un ours ***½

6 septembre 2013

À sa sortie de prison, Vic (Pierrette Robitaille) va s’isoler dans une maison dans le bois avant d’être rejointe par son amante Flo (Romane Bohringer). Alors qu’elles souhaitent se couper de la société, le passé finit par les rattraper, apparaissant d’abord par l’entremise d’un agent de probation (Marc-André Grondin).

Réalisateur : Denis Côté | Dans les salles du Québec le 6 septembre 2013 (FunFilm)

Nul n’est prophète dans son pays. Parlez-en en à Denis Côté qui est probablement le cinéaste québécois qui rayonne le plus sur la scène internationale… mais dont les films ne sont montrés que sur quelques écrans de la Belle Province. Vic+Flo ont vu un ours n’échappera malheureusement pas à cette aberration. Un véritable scandale, surtout en comparaison avec le nombre de salles dont a pu bénéficier un navet comme Hot Dog.
La raison en est probablement que le réalisateur n’a jamais voulu jouer le jeu comme tout le monde. Baveux, à rebrousse-poil, parfois radicaux, ses opus ne suivent que leur libre-arbitre, ce qui fait leur force. Retournant vers la fiction après son intriguant essai Bestiaire, il propose ici une drôle de bibitte, un brin moins maîtrisée que son sommet Curling mais tout aussi fascinante. Féroce comédie noire teintée d’absurde et de nihilisme, Vic+Flo ont vu un ours est un ovni particulièrement déroutant, un conte qui joue parfois avec la patience de son spectateur (alors que chacune des séquences est concoctée avec soin, l’ensemble tend à aller dans tous les directions) pour mieux le récompenser par la suite (la scène finale est tout simplement inoubliable).
L’effort parfois grotesque aurait pu verser dans la caricature à deux sous (comme chez Canuel) mais ça serait mal connaître son auteur, qui offre un jumeau diabolique à son précédent Elle veut le chaos. Denis Côté pond de véritables personnages en trois dimensions – dont un vilain à glacer le sang – et il trouve en Pierrette Robitaille une interprète dramatique épatante, aux antipodes de ce qui a fait sa renommée. L’actrice semble abîmée par l’existence et elle le rend magnifiquement. La chimie est palpable avec Romane Bohringer que l’on voit trop peu au cinéma ces temps-ci. Derrière l’opacité de ces êtres, le cinéphile prendra ancrage dans le récit grâce à Marc-André Grondin qui a un rôle de parenthèse ludique entre deux moments plus explosifs.
Soignant davantage ses dialogues, faisant parfois passer sa mise en scène avant son scénario, Vic+Flo ont vu un ours n’aurait finalement pu être réalisé que par Denis Côté. Sans nécessairement bouleverser ses acquis (le lieu, les personnages, les motivations et le mélange de genres apparaissaient déjà ici et là dans Les états nordiques et Nos vies privées), on peut affirmer que le cinéaste évolue d’une belle façon même si l’on ne peut pas parler de révolution. Ce sera peut-être pour la prochaine fois. D’ici-là, pourquoi ne pas partir à la chasse à l’ours?

Lire également notre entrevue avec Denis Côté.
 

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