La Vénus à la fourrure ****

20 juin 2014

Après une journée d’auditions infructueuse, Thomas (Mathieu Amalric), auteur et metteur en scène d’une adaptation de La Vénus à la fourrure, voit débarquer une comédienne vulgaire et exaltée (Emmanuelle Seigner), qui semble prête à tout pour obtenir le rôle. Sans trop y croire, il lui laisse sa chance. À sa grande surprise, elle se métamorphose et semble comprendre son personnage à la perfection!

Réalisateur: Roman Polanski | Dans les salles du Québec le 20 juin 2014 (Les Films Séville)

Après une adaptation moyennement convaincante d’une pièce de théâtre (Carnage), Roman Polanski revient à la charge avec La Vénus à la fourrure. S’il choisit une fois de plus de co-adapter la pièce en compagnie de son auteur (ici, il s’agit de David Ives), le résultat est beaucoup plus convaincant. Leur scénario, qui constitue un affrontement verbal entre deux uniques protagonistes dans un lieu clos (le théâtre dans lequel le metteur en scène fait passer les auditions pour son adaptation de La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch) est d’une justesse d’écriture est d’une intelligence prodigieuse. Nous comprenons vite les intentions des auteurs: jouer à la fois sur les deux tableaux en s’intéressant aux rapports de domination qui lient aussi bien les personnages de la pièce et ceux qui les incarnent durant cette audition tardive (le metteur en scène et l’actrice), en brouillant de plus en plus la frontière entre les deux duos. L’évolution de ces rapports, mais également la manière de faire interagir les quatre personnages est un véritable chef d’oeuvre de construction scénaristique.
Ce seul aspect n’aurait cependant probablement pas été suffisant pour faire de La Vénus à la fourrure le grand film qu’il est. Pour servir le texte, les deux uniques comédiens livrent des prestations exemplaires. Mathieu Amalric, dont la ressemblance physique avec Polanski est parfois assez troublante, est une fois de plus parfait, mais la surprise vient probablement surtout d’Emmanuelle Seigner, qui passe d’un rôle à l’autre d’une manière de plus en plus nuancée (jusqu’à ce qu’ils se confondent) avec une facilité déconcertante.
Pour couronner le tout, la mise en scène de Polanski maîtrise l’art du huis-clos à merveille et parvient à assumer le statut de théâtre filmé (en utilisant le lieu et en jouant sur l’éclairage) tout en nous le faisant dans le même temps oublier grâce à ses constantes et subtiles variations de mise en scène.
Et si, sous ses fausses allures de théâtre filmé, cette Vénus à La fourrure était une des plus belles réussites de Roman Polanski?
 

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