Party Girl **½

21 novembre 2014

Lorsqu’un de ses clients (Joseph Bour) la propose en mariage, une entraîneuse de cabaret vieillissante (Angélique Litzenburger) accepte et prend sa retraite.

Réalisateurs: Marie Amachoukeli-Barsacq, Claire Burger, Samuel Theis | Dans les salles du Québec le 21 novembre 2014 (Axia Films)

Adulé depuis sa Caméra d’or cannoise, indéniablement sincère dans sa démarche, réalisé par trois jeunes cinéastes n’ayant pas peur de prendre des risques, Party Girl est un film que l’on a envie d’aimer… comme presque tout le monde.
En prenant comme sujet central l’actrice principale du film, ancienne danseuse de cabaret puis entraîneuse, qui n’est autre que la mère d’un des réalisateurs (voir la très intéressante entrevue qu’ils nous ont accordée), le film avait d’emblée quelques atouts: aborder de l’intérieur un milieu rarement dépeint au cinéma, avoir des comédiens plus vrais que nature (presque tout le monde joue son propre rôle), mais également se consacrer sous un angle différent à un thème que l’on retrouve assez fréquemment dans le cinéma français récent (le passage à retraite de femmes jusqu’ici actives). Tout cela était très intéressant, d’autant plus que la mise en scène et la direction d’acteur très réalistes sont parfaitement maîtrisées. Malheureusement, en cinéma comme dans toute forme de création artistique, un petit détail peu venir détraquer le mécanisme et transformer une belle promesse en semi échec.
Ici, le problème vient de la maladresse dans la gestion du mélange fiction / réel. Qu’Angélique Litzenburger interprète un personnage qui lui ressemble beaucoup ne nous pose pas de problème (elle est irréprochable), que ses propres enfants jouent ses enfants non plus (quand on dirige des non pros, c’est une bonne solution pour qu’il se passe quelque chose de crédible), que le scénario s’inspire en grande partie de l’histoire de l’héroine n’est pas non plus problématique (pas plus que le fait qu’il y ait eu des aménagements scénaristiques: on a beau s’inspirer d'événements réels, il faut savoir les transformer en film). Par contre, le simple fait de donner à chacun son vrai nom devient beaucoup plus problématique: c’est ce petit détail qui joue le rôle du grain de sable! En agissant ainsi, nous ne somme plus dans une fiction qui s’inspire de faits réels, mais dans une oeuvre qui ressemble tant à une reconstitution de la réalité que le sort des personnages finit par moins intéresser que le fait de savoir ce qui relève du réel ou de la fiction. Le sujet étant ce qu’il est, nous nous retrouvons alors dans le rôle de voyeurs involontaires (le spectateur d’une fiction classique est le voyeur volontaire d’une histoire inventée à laquelle il feint de croire, ici, le rapport au film est tout autre!).
Cela nous éloigne finalement d’un beau personnage, d’un milieu parfaitement restitué, du travail de trois réalisateurs talentueux… et finalement, d’un film que l’on aurait voulu aimer davantage!
 

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