Mr. Turner (M. Turner) ***½

25 décembre 2014

Les dernières années du peintre J.M.W. Turner (Timothy Spall), un des artistes anglais les plus importants du 19e siècle.

Réalisateur : Mike Leigh | Dans les salles du Québec le 25 décembre 2014 (Métropole Films)

Fatigués du biopic conventionnel et sans surprise à la Grace of Monaco, The Imitation Game et The Theory of everything? Mike Leigh est là pour y insuffler un peu de nouveauté.
Comme il l’avait fait il y a 15 ans avec son très bon Topsy-Turvy, le cinéaste britannique joue avec les codes du genre, ne créant pas une histoire à proprement parler mais une multitude d’anecdotes révélatrices qui permettent de mieux saisir la psychologie de son sujet. Turner veut rendre l’art accessible à tous mais il est vilipendé par son entourage tout en devenant objet de satire au théâtre. Il fréquente la bourgeoisie et les bordels sans trouver sa place dans la société. Ses relations familiales ne sont pas au beau fixe (sauf avec son père) et à la moindre occasion, il cherche à se réfugier au bord de la mer sous un nom d’emprunt...
Cette ligne dramaturgique un peu ténue peut évidemment jouer avec la patience du spectateur. Il se passe à la fois tout et presque rien au sein de ce long métrage de 150 minutes. On a parfois l’impression de voir de la peinture sécher à l’écran tant la photographie, la direction artistique et la recréation d’époque sont à couper le souffle. Comme toujours dans le cinéma de Leigh, il faut parfaitement maîtriser l’accent anglais qui s’avère particulièrement déroutant et il ne faut pas nécessairement s’appuyer sur les personnages, qui sont souvent repoussants et détestables. C’est encore le cas de Mr. Turner, qui passe son temps à grogner et à renifler. Une performance d’ours mal léché que Timothy Spall rend à la perfection, lui qui a obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes en mai dernier. Son jeu, d’une bestialité étonnante, tranche avec le travail de peintre de son personnage, rappelant que l’être humain se situe toujours quelque part entre le divin et le malin.
Sans se retrouver au sommet de la filmographie de son auteur (qui comporte déjà Naked, Secret & Lies, Vera Drake et Another Year), Mr. Turner fait très belle figure, explorant toutes ses obsessions (les relations familiales qui divisent, le besoin de laisser une trace et de suivre sa voie coûte que coûte, le passage du temps) tout en offrant sur un simple plan technique son œuvre la plus soignée en carrière. Le scénario peut s’avérer trop éparpillé et certains n’adhéreront probablement pas au jeu de Spall... mais pour d’autres il ne sera pas difficile d’être conquis par tant de maîtrise!
 

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