Centre Phi: Bang Gang (une histoire d'amour moderne) ****

7 mars 2016

(Réalisé par Éva Husson | Au centre Phi les 7 et 9 mars 2016)

Pour son premier long métrage de fiction, Éva Husson signe un film sur la jeunesse comme on en a rarement vu. Sans chercher à copier le voyeurisme sordide de Larry Clark, le passage du rêve au cauchemar d’un Harmony Korine (Spring Breakers) ou la crudité de Maja Miloš (Clip), Éva Husson pose son regard sur la sexualité adolescente de manière à la fois frontale et délicate.
Certes, la jeunesse désœuvrée qu’elle dépeint se livre avec allégresse à d'innombrables orgies. Certes, la cinéaste n’a pas la pudeur déplacée d’éviter de filmer les corps nus. Pourtant, il n’y a jamais dans Bang Gang l’ombre d’un sentiment voyeuriste, probablement parcequ’Éva Husson parvient à merveille à nous projeter comme si nous en faisions partie dans cet univers qui semble banal (une vie relativement confortable, des problèmes familiaux de diverses natures, un monde qui continue à tourner même si tout n’y est pas parfait, une illusion de liberté qui se situe où elle peut). Pour y parvenir, elle s’appuie à la fois sur une photographie de Mattias Troelstrup belle et libre comme la jeunesse et sur des acteurs parfaitement choisis (certains sont de véritables découvertes qu’on espère revoir dans d’autres films). Elle parvient aussi à montrer la chair sans avoir recours aux scènes explicites, mais sans non plus nous donner l’impression de vouloir nous cacher quoi que ce soit. Cet équilibre lui permet de montrer ce qui doit l’être sans pudibonderie ni excès de provocation, et donne finalement au film un ton à la fois faussement désinvolte et légèrement mélancolique.
En plus de ses qualités de mise en scène, Éva Husson s’avère être une bonne scénariste. Elle a en effet l’intelligence de ne pas recourir à une trame narrative guidant trop artificiellement le récit (même si nous pourrions émettre de légères réserves à propos des vingts dernières minutes et de certaines paroles qui expliquent inutilement ce que les images avaient réussi à nous faire comprendre par leur seule force).
Très beau premier film qui n’est pas passé loin d’être parfait, cette histoire d’amour moderne est à vivre d’urgence, en attendant un éventuel autre long métrage signé Éva Husson!
Oserions-nous l’espérer si réussi?
L'avis de la rédaction :

Jean-Marie Lanlo: ****
Martin Gignac: ***
 

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