Francofonia ****

29 avril 2016

Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux hommes – un Français et un Allemand – tentent de protéger les œuvres d’art qui se trouvent au Louvre.

Réalisateur : Alexandre Sokourov | Dans les salles du Québec le 29 avril 2016 (EyeSteelFilm)

Alexandre Sokourov sera éternellement associé à L’arche russe, ce formidable long métrage composé d’un seul plan séquence qui ouvre de façon étonnante les portes du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg: un projet immense et éblouissant comme il s’en fait peu.
Désirant ne pas se répéter, le réalisateur russe a fait exactement le contraire avec Francofonia. Au lieu d’une simple visite immersive dans un haut lieu de culture, il brouille la forme narrative et cinématographique, créant un immense magma de matières en ébullition. Les excès sont nombreux, le point de saturation est souvent atteint et le moule classique explose allègrement, risquant de brûler un cinéphile moins aventureux qui n’aura plus ses habituels repères pour se situer.
Les autres seront au septième ciel face à cette déflagration non orthodoxe qui évoque plus l’essai et le patchwork, de Jean-Luc Godard à The Forbidden Room de Guy Maddin. Le «récit» alterne entre le Louvre sous l’Occupation, des apparitions de Marianne et de Napoléon, la dérive d’un bateau lors d’une tempête et Sokourov lui-même qui commente et tente de mener à terme ce film. De la fiction et des images documentaires se mélangent. Des époques et leurs fantômes se chevauchent continuellement. Des alarmes et des bombardements hurlent pour rappeler que la fin du monde est imminente.
L’opus est riche de sens malgré son opacité et chacun y verra ce qu’il veut : que l’Art survit aux pires atrocités grâce à la dévotion de grands Hommes; que l’Histoire n’est bien souvent qu’un soupir éphémère qui s’amalgame à ces pixels d’ordinateur; que l’intime est indissociable de l’artistique et du politique; que la création se fait généralement à coup de patience et de tâtonnement.
Francofonia parle autant d’hier, d’aujourd’hui que de demain et c’est ce qui le rend si nécessaire. Cet acte de mémoire unique en son genre est un prolongement atypique de la démarche déjà significative de Sokourov, qui continue de surprendre malgré ses déjà remarquables Faust, Mère et fils, Alexandra et autres Le soleil.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ****
Jean-Marie Lanlo: ***½
Sami Gnaba: ***
Olivier Maltais: ***
 

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