La communauté / The Commune (Kollektivet ) ***

30 juin 2017

Dans les années soixante-dix, au Danemark, un couple décide d'ouvrir une commune. Tout se complique lorsque l'homme tombe en amour et qu'il décide d'emmener sa maîtresse vivre à la maison auprès de sa femme, de sa fille et de ses amis.

Réalisatrice : Thomas Vinterberg | Dans les salles du Québec le 30 juin 2017 (TVA Films)

La famille est source de discorde. Le cinéaste danois Thomas Vinterberg le sait mieux que personne et ses meilleurs films sont justement ceux où il réunit tous ses personnages dans un lieu clos afin qu'ils puissent se livrer leurs quatre vérités. Cela a donné Festen, son chef-d’œuvre personnel.
Après une nouvelle excursion américaine plus ou moins concluante avec son remake de Far from the Madding Crowd, le voilà de retour chez lui dans son élément naturel. Comme son camarade Lars von Trier, il se livre à un petit jeu qui est à un doigt de se retourner contre lui. En effet, toute la première partie de La communauté souffre d'une nostalgie nauséabonde et franchement naïve. Sa façon de présenter des bourgeois comme sauveurs d'une population pauvre et marginale sent la récupération politique. De plus, son scénario est riche en lieux communs (évidemment, il faut tous aller nager à poil pour former l'esprit d'équipe) et a tendance à trop expliquer les thèmes majeurs du récit à l'aide d'exemples ou de parenthèses inutiles.
Malgré ces quelques intempéries, le cinéphile se laisse prendre au jeu. Le ton désinvolte, l'humour abondant et la performance haute en couleur des comédiens y sont pour beaucoup. Même si la majorité des êtres sont des stéréotypes ambulants et que les enjeux manquent de chair, les acteurs livrent des prestations solides (particulièrement l'exquise Trine Dyrholm, judicieusement récompensée à Berlin, en mère de clan dépassée par les événements).
La seconde partie de l'histoire, beaucoup plus riche et profonde, confronte les valeurs et les mentalités, rappelant qu'il n'y a parfois rien de plus cruel que de vieillir. C'est là que le réalisateur s'amuse à distiller ses hommages à Bergman (à Fanny et Alexandre, à Scènes de la vie conjugale), insufflant un cynisme à son propos. Cela donne une finale qui détonne, d'une tristesse infinie…  à condition évidemment de croire à tout ce qui arrive, ce qui est loin d'être évident.
On peut regretter le mordant que Vinterberg avait sur La chasse ou le fait que son film ressemble à un remake à peine déguisé du magistral The Ice Storm d'Ang Lee. Cependant, La communauté trucide avec son humour noir les vieux idéaux. Alain Tanner ne sera pas content de cette lucidité…  à prendre au choix comme une farce ou une tragédie.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ***
Miryam Charles: ***
Pascal Grenier: **½
 

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