Wind River ***½

18 août 2017

Un pisteur de l’État du Wyoming s’allie à une nouvelle recrue du FBI pour retrouver l’auteur du meurtre d’une jeune amérindienne dans la réserve de Wind River.

Réalisateur: Taylor Sheridan | Dans les salles du Québec le 18 août (VVS Films).

Avec Wind River, Taylor Sheridan vient clôturer ce que le scénariste, acteur et réalisateur qualifie de trilogie du Nouvel Ouest, cette «frontière américaine moderne» abordée avec l’écriture des scénarios de Sicario (2015) et Hell or High Water (2016).
Même si, avec ce second film, il n’égale pas la maîtrise d'une tension propre au thriller dont fait preuve Villeneuve (Sicario), Sheridan rend la frontière entre les genres malléable à souhait avec un scénario simple et efficace basé sur une chasse à l’homme devenue fable sociale. Sans céder à la facilité narrative du schéma manichéen où le héros - ici interprété par Jeremy Renner - s’établirait comme sauveur de la communauté autochtone, Sheridan délaisse le moralisme bien-pensant au profit d’une double lecture du silence: celui d’un contexte climatique violent, symbolique de l’omerta établie face aux droits bafoués des communautés amérindiennes. C’est dans un contraste visuel destiné à brouiller les pistes que se dessine progressivement le spectre funèbre de la corruption, entamé avec les deux premiers films de la trilogie, derrière les paysages immaculés du grand Nord.
S’il est possible de reprocher à Sheridan un essoufflement du rythme haletant de cette traque humaine, celle-ci n’en reste pas moins un prétexte pour mieux confronter ses protagonistes caucasiens aux dangers qui accompagnent un jugement hâtif en terrain supposément conquis. C’est dans un élan d’autorité que l’agent Banner jouée par Elizabeth Olsen s’adresse par l’invective au père de la victime avant d’être remise à sa place par le même procédé d’infantilisation appuyé tantôt avec humour, tantôt avec brutalité par l'œil du réalisateur. Malgré quelques raccourcis liés au passif des personnages et une fin héritière du film d’action conventionnel, Wind River peut se targuer d’avoir actualisé le versant conservateur des premiers films de Western. Dans un contexte d’immigration où les frontières invisibles nord-américaines sont plus que jamais le signe avant-coureur d’une cohabitation en déclin, le film de Taylor Sheridan, à l’instar du perturbant Sicario, a le mérite de repousser les limites d’une définition, celle des systèmes judiciaires en place.
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: ***½
Martin Gignac: ***½
Pascal Grenier: ***½
 

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