Rouyn-Noranda 2017: Tadoussac ***½

31 octobre 2017

Réalisateur: Martin Laroche

Martin Laroche est décidément un cinéaste indispensable. Après le très beau Les manèges humains, il confirme en effet une double qualité rare: pouvoir réaliser des films dans des conditions budgétaires limitées (pour Tadoussac: environ 200.000 $), mais surtout, traiter de sujets difficiles avec une délicatesse, une intelligence et un refus des facilités scénaristiques dont notre cinématographie nationale abuse trop souvent.
Avec Tadoussac, il retrouve un sujet délicat (une jeune femme part à la recherche d’une personne essentielle de son passé, qui a surtout brillé par son absence), mais une nouvelle fois, il évite tous les pièges dans lesquels il aurait pu tomber.
Pourtant, nous devons admettre que les premiers instants ne sont pas sans défauts: en suivant la fuite vers le passé de sa jeune héroïne, Laroche a logiquement recours à une caméra très mobile et parfois si instable que l’agitation de l’image agace plus qu’il ne signifie un sentiment de bouillonnement intérieur. Heureusement, après l'arrivée à Tadoussac (c’est-à-dire très rapidement), la situation se fait plus maîtrisée. La qualité du son n’est pas non plus toujours irréprochable… mais là encore, qu’on se rassure! Ces petits défauts se font vite oublier, tant Laroche parvient à donner vie à ses personnages en quelques minutes, grâce à un scénario très dépouillé (qui leur permet d'exister avant tout par leurs actes présents) et à deux actrices magnifiques (Isabelle Blais et Camille Mongeau) qui incarnent avec force deux personnages que tout oppose (la fausse forte et la fausse insécure).
Cependant, plus le film avance, plus les enjeux narratifs se clarifient, et plus Laroche semble s’enfermer dans un piège. Quel dénouement osera-t-il nous proposer? Cédera-t-il à la facilité? La réponse à cette dernière question est bien évidemment «non», notamment grâce à une scène essentielle, d’une pureté bouleversante. Non seulement cette scène de conversation téléphonique offre à Isabelle Blais une prestation qui restera longtemps dans nos esprits, mais elle permet aussi au film de retomber sur ses pieds, avec cette impression de simplicité, voire d'évidence, qui permet à Laroche de traiter d’un sujet difficile et complexe sans jamais se perdre dans ses méandres.
L'avis de la rédaction :

Jean-Marie Lanlo: ***½
Pascal Grenier: ***½
 

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