16 septembre 2018

FCVQ 2018 | ★★★ | Une colonie

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Réalisé par Geneviève Dulude-De Celles
Après un court-métrage qui s’est fait grandement remarquer il y a quelques années (La coupe) et un premier long-métrage documentaire qui nous semblait très prometteur (Bienvenue à F.L.), Geneviève Dulude-De Celles nous livre avec Une colonie son premier long-métrage de fiction. Elle reste ici fidèle à ce qui semble être son thème de prédilection (l’enfance et l’adolescence) en donnant vie à la jeune Mylia (Émilie Bierre, l’enfant de Catimini, une nouvelle fois parfaite) prise entre sa petite sœur (la très jeune Irlande Côté, impressionnante de naturel), l’effritement de la structure familiale et la difficulté de trouver sa place (à l’école et dans la vie). Dans ce énième récit initiatique, certains choix sont particulièrement judicieux (la fille qui se sent exclue est la plus jolie de toutes alors que la fille hot est plus quelconque et un peu boulotte: le paraître (vêtement, maquillage, attitude) est ici clairement plus important que le physique), d’autres beaucoup moins (le traitement pourtant discret de la situation familiale; le traitement de la volonté de sortir du cadre, à la fois trop insistant et trop naïf). Pourtant, ces faiblesses se transformeraient presque en force. Si la réalisatrice semble peiner à prendre des distances par rapport à son sujet (ce qui est un handicap), cela lui permet d’être si près de la naïveté de l’enfance qu’elle parvient à donner à son film une sorte de charme fragile et maladroit. Mais les plus grandes qualités d’Une colonie sont ailleurs et confirment ce que nous avions aimé dans le précédent long-métrage de Dulude-De Celles. Non seulement elle aime ses personnages (et à travers eux ses acteurs), mais elle sait les filmer, avec un mélange de respect et de bienveillance. Lorsqu’elle les laisse évoluer devant sa caméra, ils n’ont plus besoin de dialogues pour exister, pour nous toucher, ou pour nous dire qui ils sont et ce qu’ils ressentent.
Geneviève Dulude-De Celles a du talent, aime diriger les acteurs (enfants, adultes, pro ou non pro, tous sont impeccables), sait laisser parler ses images (le party d’Halloween après l’«acte» avorté est une grande réussite), possède une sensibilité touchante… Laissons-lui le temps d’affiner encore son écriture, et espérons le meilleur pour la suite!
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