15 septembre 2018

Venise 2018 | ★★ | Ville Neuve

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Réalisé par Félix Dufour-Laperrière
Il y a quelques jours, le festival de Venise faisait honneur à l’animation québécoise en présentant le premier long métrage de fiction de Félix Dufour-Laperrière.
Le cinéaste a déjà signé par le passé un long métrage documentaire (Transatlantique), mais c’est surtout avec le court métrage qu’il a montré le meilleur de son talent. Que ce soit par le biais des prises de vue réelles (le visuellement splendide Dynamique de la pénombre) ou de l’animation (sous différentes formes, mais citons par exemple Un, deux, trois, crépuscule), il a su montrer par le passé ses deux principales forces: un passionnant travail sur les formes (et la noirceur, très souvent) d’une part, et le soin apporté à ses bandes sonores. Ces deux aspects étaient d’ailleurs probablement les plus réussis de Transatlantique, qui montrait de plus grandes faiblesses lorsque venait le temps de comprendre (et de faire parler) les individus. Ville Neuve confirme malheureusement cette impression. Le son y est soigné, certaines scènes sont visuellement très belles (surtout lorsqu’elles prennent des distances avec la représentation du réel), mais Dufour-Laperrière peine à développer ses thématiques ou à créer des personnages et des dialogues convaincants (à l’exception d’une belle scène dans laquelle un jeune homme décrit à sa compagne une scène d’Andreï Roublev). Ici cette faiblesse compte double en raison de son choix de traiter aussi bien de l'individu (un couple a du mal a vivre ensemble) que du collectif, sur fond de souveraineté et de référendum: deux peuples ont du mal à vivre ensemble (ou: un peuple a du mal à rester uni, au choix). Certes, le cinéaste prend le parti de ne pas trop en dire sur chacun de ces deux thèmes finalement très proches, et donne judicieusement la place aux non-dits, mais il laisse aussi l’impression d’avoir le cul entre trois chaises (le collectif, l’intime et le travail formel), dont deux sont bancales (les deux premières), car mal maîtrisées au niveau de l'écriture.
Au final, Ville Neuve est loin d’être sans intérêt, mais nous confirme le pressentiment ressenti au moment de la sortie de Transatlantique. Et si, en effet, Félix Dufour-Laperrière, était plutôt fait pour travailler sur les formes et les sons, sans trop se soucier de développement narratif, de dialogues ou des personnages? 
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