Rebelle ***½

20 avril 2012

Komona (Rachel Mwanza), 14 ans, raconte son histoire au bébé qu’elle porte en elle. Tout à commencé deux ans plus tôt lorsque les rebelles sont venus dans son village pour kidnapper les enfants et en faire des soldats.

Réalisateur : Kim Nguyen | Dans les salles du Québec le 20 avril 2012 (Métropole Films Distribution)

Rebelle, le quatrième film de Kim Nguyen regorge de qualités : un sujet passionnant (autour du thème des enfants soldats, il aborde aussi l’enfance volée, le deuil des parents non réalisé, le passage à l'âge adulte accéléré, la découverte de l’amour et l’envie de s’évader d’une violence obligée), une facture visuelle très soignée, un travail sur le son particulièrement intéressant (la scène de l’enlèvement par exemple), des acteurs attachants et une très belle voix off rythmant le film de manière envoûtante. Malheureusement, un assemblage d’éléments de qualité ne forme pas forcément un tout parfait.
Le principal problème réside dans l’approche du récit. Bien sûr, la volonté de Kim Nguyen de s’intéresser à une réalité subjective (celle de son héroïne) est intéressante. Il parvient d’ailleurs efficacement à traduire la perception d’une réalité pervertie par l’usage de drogues, le traumatisme (l’enlèvement et le meurtre des parents) et le jeune âge. Mais ce choix nous conduit à des scènes si belles (où la violence est en grande partie occultée) qu’on en finit presque par oublier l’ignominie de la condition des enfants soldats, comme si la volonté qu’on imagine sincère et louable de ne faire qu’un avec Konoma nous éloignait finalement de sa souffrance. Omniprésente, Komona finit par devenir une image, un corps ou un visage presque vidés de leurs substances. Ce choix est logique (elle est déshumanisée par la barbarie de sa situation) mais c’est justement cette déshumanisation qui nous éloigne de son épreuve.
On en vient même par se demander quel est le véritable objectif de Kim Nguyen : nous entrainer dans cette réalité subjective ou privilégier avant tout les qualités esthétiques? La très belle voix off qui nous guide tout le long du film nous éclaire finalement sur ce doute. L’héroïne parle Lingala, les fantômes de ses parents communiquent avec elle en Lingala... mais sa voix intérieure est en Français. Certes, il s’agit d’un beau français épicé d’un accent superbe au service d’un texte touchant, mais cette langue n’est pas la sienne. Esthétiquement, cette voix est superbe... mais elle ne correspond en rien la réalité de Komona : le beau semble être plus au service de lui-même que du parti pris narratif!
Nous le répétons, tous les éléments du film sont superbes. Mais si la démarche de Kim Nguyen (la réalité subjective) est intéressante de manière théorique, le résultat ne convainc que partiellement. Malgré cette importante réserve, le film est à voir absolument. Il permettra au mieux à un public qui refuse d’être mis dans une position trop inconfortable de voir un film abordant un sujet difficile sans le traiter de manière trop traumatisante. Au pire, il offrira aux spectateurs partageant nos réserves un film regorgeant de qualités esthétiques et conceptuelles... même si sa logique n’est pas toujours respectée!

Lire notre entrevue avec Kim Nguyen
 

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