Tale of Tales (Le conte des contes) ***½

13 mai 2016

Trois histoires se déroulant dans autant de royaumes voisins concernent un roi libertin qui tente de convaincre une femme recluse de s’offrir à lui, un monarque aux amitiés suspectes qui fait passer un test inusité aux prétendants de sa fille et une reine qui fera tout pour contrôler les amitiés de son fils.

Réalisateur : Matteo Garrone | Dans les salles du Québec le 13 mai 2016. (Les Films Séville)

Tale of Tales, adapté du mythique recueil Pentamerone de Giambattista Basile, est l’antidote rêvé à ce que propose Disney depuis trop d’années : des contes horrifiques et fantastiques à la fois grotesques, sexy et violents, dont la féerie ensorcelle sans s’embarrasser de rectitude politique et moralisatrice. Il ressemblerait plus à ce que Terry Gilliam avait tenté avec The Brothers Grimm, en plus éclaté.
Ce qui frappe d’emblée est l’imaginaire infini dont fait preuve Matteo Garrone. Ses images majestueuses sont composées d’étonnants mouvements de caméra et de multiples plans séquences qui savent exploiter la profondeur des décors sans recourir à la 3D! Si l'on saupoudre le tout de la musique magique d’Alexandre Desplat et d’effets spéciaux qui font sourire, on obtient un rendu assez particulier, entre réalisme rugueux et poésie dévergondée digne de Jodorowsky.
Le montage n’a pas bénéficié d’un tel soin et son côté brouillon limite un peu l’effet du long métrage. Les trois contes se mélangent difficilement et les scènes ne se répondent pas toujours correctement. Du coup le film s’empêtre un peu dans une histoire moins intéressante au profit des deux autres, allongeant artificiellement la durée de vie d’un récit qui tarde à prendre son envol. Le trio finit cependant par atteindre sa vitesse de croisière et cela donne une conclusion assez bluffante.
À l’image de son travail sur Gomorra et Reality, Garrone continue à traiter de solitude et de classes sociales, de ces riches sans morale qui en veulent davantage et s'intéresse à ces pauvres ambitieux tout aussi disposés à duper pour s’élever. Il ne le fait pas toujours subtilement, mais son humour ravageur est salvateur. De plus, il compte dans ses rangs une prestigieuse brochette de comédiens (Salma Hayek, Toby Jones, Vincent Cassel, John C. Reilly) qui jouent dans des registres à la fois différents et complémentaires.
Rejoignant une tradition italienne ancrée dans la fable et la légende (Pasolini s’est essayé avec son Décaméron, tout comme les frères Taviani récemment), Tale of Tales est un exercice périlleux et risqué qui, sans être parfaitement réussi, fait rêver par son audace formelle.
Sans doute moins nourrissant que Les milles et une nuits de Miguel Gomes, mais beaucoup plus accessible et divertissant.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
 

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