RVCQ 2015: Le bilan

1 mars 2015

Le concièrge, de Federico Hidalgo
Comme tous les ans, les RVCQ mettaient au programme trois catégories de films: ceux ayant été distribués en 2014 (idéal pour les retardataires), ceux s'apprêtant à sortir en salle (idéal pour ceux qui veulent avoir tout vu avant tout le monde) et ceux qui ne bénéficieront peut-être jamais d’une sortie digne de ce nom (idéal pour les vrais curieux).
Il y avait comme d’habitude aussi bien des longs que des courts, de la fiction que du documentaire ou de l’expérimental mais en raison de contraintes de calendrier, nous avons dû nous contenter de suivre les longs métrages de fiction.
Nous ne reviendrons bien évidemment pas sur les films sortis l’an dernier pour mieux nous consacrer aux film n'ayant pas encore été exploités en salle. Le premier constat est que cette année ne commence pas de la plus belle des manières pour la fiction québécoise. Alors que les années précédentes nous ont offert de belles avant-premières, celles de cette édition furent décevantes: Chorus nous a malheureusement prouvé que le magnifique Le Météore était un accident de parcours et que son réalisateur François Delisle continue (malgré des qualités indéniables) à traiter de sujets graves avec un manque de subtilité problématique; Autrui, de Micheline Lanctôt, nous a démontré une fois de plus qu’une mise en scène très convenable ne peut pas grand chose pour lutter contre un scénario déplorable; pour sa part, Les loups de Sophie Deraspe, sans être un mauvais film (loin s'en faut), a peiné à nous satisfaire vraiment.
Heureusement, il y avait les «petits» films. Tous ne furent pas bons. Nous ne comprenons d'ailleurs pas certains choix (mais soyons francs, il y avait moins de désastres que l’an dernier dans cette catégorie). Un film comme Hier, aujourd’hui, hier n’était clairement pas au niveau (malgré la présence au générique de la trop rare et délicieuse Francesca Barcenas ou de Monia Chokri). La présence de Marche avec moi de Laurence Ly était encore plus incompréhensible tant il n’y rien d’autre à sauver du film qu’un cadre relativement soigné. Inbox, FM Youth ou Dys- ne valaient pas beaucoup mieux, mais avaient au moins le mérite de la sincérité (Inbox, FM Youth) ou de l'ambition (vouloir concilier film d'horreur et film d'auteur pour Dys-). Plus intéressant, Le militaire de Noël Mitrani (déjà vu au FNC l’an dernier) n’était pas pleinement convaincant mais nous avons envie de voir son réalisateur continuer sur cette voie (faire un cinéma de manière plus libre et indépendante). Pour sa part, Limoilou, film joyeusement bordélique d'Edgar Fritz, aurait gagné à assumer un peu plus son esprit punk. Si le résultat n’est qu’à moitié satisfaisant, nous espérons voir un second long métrage de son réalisateur.
Un cran au dessus, les RVCQ nous ont offert Le Concierge de l'expérimenté Federico Hidalgo. Nous aurions aimé entrer un peu plus dans son univers, mais son humour pince sans rire et parcimonieux, sa lenteur assumée, ses personnages décalés et son refus de nous proposer la moindre intrigue en font malgré tout un film à voir. What We Have, film ontarien bilingue attachant et sensible réalisé par le français Maxime Desmons fut également très intéressant malgré ses trop nombreuses maladresses.
Je n’ai pas vu Projet-M d'Eric Piccoli, mais d’après Olivier Bouchard, «La mise en scène et l’univers de science-fiction sont réussis en dépit du petit budget». Malheureusement, «le scénario est souvent trop explicatif et le dernier tiers n’est pas à la hauteur.»
Finalement, le long métrage de fiction le plus réussi des RVCQ (en dehors des films déjà distribués l’an dernier) était probablement Nouvelles, Nouvelles d’Olivier Godin, sur lequel nous sommes déjà revenus à plusieurs reprises (lire la critique d’Olivier Bouchard).
Au final, si nous n’avons pas découvert de merveilles (Nouvelles, Nouvelles avait déjà été présenté au FNC l’an dernier), les RVCQ nous ont offert un nombre assez intéressant de petites surprises. Il serait cependant bon qu’ils redeviennent un peu plus exigeants dans leur mode de sélection (ce qui était encore le cas il y a deux ans). En programmant des films comme Marche avec moi, ils donnent en effet l'impression de plus chercher à remplir les salles grâce aux amis et à la famille du cinéastes qu’à offrir aux cinéphiles curieux des raretés locales dignes d’intérêt! En multipliant ce genre de propositions, les RVCQ risquent de décourager les cinéphiles et les rares critiques qui se font une obligation de découvrir des œuvres fragiles (qui ne seront peut-être jamais distribuées). À force, ce sont les gens comme Olivier Godin qui risquent de voir leur visibilité encore plus réduite. Avec eux, c'est tout le jeune cinéma québécois artistiquement ambitieux qui risque d'en pâtir. Cela serait particulièrement regrettable... Et probablement contraire à la mission des RVCQ!
 

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