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19 janvier 2024

★★★ | The Zone of Interest  (La Zone d'intérêt)

★★★ | The Zone of Interest (La Zone d'intérêt)

Réalisation: Jonathan Glazer | Dans les salles du Québec le 18 janvier 2024 (Entract Films)
Le très attendu Zone of Interest, le dernier film de Jonathan Glazer, a fait l’objet de nombreuses discussions depuis sa première à Cannes et nous arrive avec une forte réputation de Palme d'or bis (de surcroît justifiée par l'obtention du Grand Prix). Le film suit la famille Höss, dont le père commande le camp d’Auschwitz et dont la mère est une maîtresse de maison modèle (maison située à proximité du camp). Glazer adopte une approche unique en se concentrant sur ce qui se passe en dehors du camp, évitant ainsi de montrer directement les horreurs commises à l’intérieur. C’est en adoptant ce point de vue qu’il choisit de traiter deux sujets : la négation et la banalité du mal.
Lorsque Glazer s’intéresse à l’épouse, dont la seule préoccupation est de s’occuper de son logis, le regard du cinéaste est en phase avec ce qu’il veut démontrer : le fait de ne pas voir permet de nier. Cependant, il est difficile d’ignorer ce qui se passe de l’autre côté du mur du camp, en raison des divers éléments que Glazer rappelle continuellement : bruits divers (cris, coups de feu, etc.), éléments visuels lointains mais impossibles à ignorer (fumée, miradors, etc.) mais également souvenirs directs des disparus (chaussures, vêtements ou dents en or qui sortent du camp pour être redistribués). En phase avec la logique du hors-champs mise en avant par Glazer, la démonstration tourne pourtant vite un peu à vide, comme si le cinéaste avait tout dit en 30 minutes et ne parvenait plus, par la suite, à transcender son concept.
Le second sujet, celui de la banalité du mal, est porté par le commandant du camp. Dans une scène parfaitement maîtrisée, Glazer nous dévoile toute la logique de cette banalité, lorsque Höss discute des aménagements qu’il pourrait apporter à l’usine d’incinération pour en augmenter la productivité. Les corps sont alors verbalement réduits à l’état de chargement, et l’augmentation de la capacité d’incinération fait totalement oublier l’horreur qui prend place à proximité des participants à cette réunion qui ressemble à n’importe quelle réunion de productivité de n’importe quelle usine. Cependant, on peut se demander pourquoi le second sujet nécessite la même logique de hors-champs / hors camp. N'est-ce pas uniquement par volonté de la part de Glazer de persister dans une direction artistique dont la justification théorique s’affaiblit pourtant au fur et à mesure du film?
Certes, Glazer montre la médiocrité de ces gens qui ne pensent qu’à réussir, c'est à dire à produire et plaire à sa hiérarchie pour l’un, et à s’occuper de la maison pour l’autre. Ceci ne nous apporte rien d’autre que nous n’imaginions déjà. Du haut de sa froide démonstration conceptuelle, le cinéaste ne dérange pas, ne fait pas douter, ne déstabilise pas, tout simplement car cette démonstration ressemble plus à une fausse bonne idée qu’à un réel point de vue. (Et là, forcement, on pense au Fils de Saul.)
Malgré ses ambitions, Zone of Interest ne parvient pas à dépasser les limites de son concept. Il reste néanmoins une œuvre d’un cinéaste dont le talent ne fait aucun doute, mais également un film qui soulève des questions importantes sur la nature humaine et la capacité de l’homme à nier l’horreur qui l’entoure. C'est déjà ça, mais de la part de l'auteur du sublime Under the Skin, nous étions en droit d'attendre beaucoup mieux.

15 décembre 2023

★★★½ | Poor Things (Pauvres créatures)

★★★½ | Poor Things (Pauvres créatures)

Réalisateur : Yorgos Lanthimos | Dans les salles du Québec le 15 décembre (Buena Vista)
Avec son nouveau film, Yorgos Lanthimos nous livre un conte pour adultes haut de gamme qui commence comme un Frankenstein revu et corrigé, dans lequel Willem Dafoe incarne une sorte de fusion entre l’inventeur (pour son activité) et sa créature (pour son physique). Le personnage a dans un premier temps tout du héros de ce film qui nous plonge entre l’univers des films de James Whale et de ceux de la Hammer. Progressivement, le cinéaste place ensuite au centre de son film la jeune femme interprétée par Emma Stone, qui semble handicapéé par une forte déficience intellectuelle. Mais son personnage est plus complexe (nous comprendrons pourquoi plus tard) et va évoluer en même temps que le film en nous servant de guide dans ce récit d'apprentissage à travers un monde du XIXe siècle aux décors rétrofuturistes. Elle y découvre avec une délicieuse candeur l’humanité, avec tout ce que cela comporte de pire (soif de pouvoir, de puissance et dérives en tout genre). Cela permet à Lanthimos de se déchainer en critiquant la bassesse des hommes… mais aussi de beaucoup s’amuser. Parfois, la gaudriole prend le dessus sur le reste. Parfois, certaines scènes tombent un peu à plat. Mais le tout colle finalement plutôt bien avec cet univers d’excès !
Poor Things est peut-être le plus accessible de son auteur, peut-être aussi un des moins déroutant, malgré toutes ses trouvailles, justement car il s’agit d’un conte où il est clair dès le départ que tout est possible. Nous sommes en droit de préférer le Lanthimos qui nous dépeint une réalité qui déraille pour glisser vers l’absurde. Mais ne boudons pas notre plaisir devant ce spectacle à la fois acide et grandement divertissant, qui est également un attachant portrait de femme confrontée au monde, le tout magnifiquement filmé (si on accepte de rentrer dans ce délire à la fois visuellement kitch, gentiment gore et inoffensivement sexué…)

10 novembre 2023

★★★½ | The Holdovers (Ceux qui restent)

★★★½ | The Holdovers (Ceux qui restent)

Réalisateur: Alexander Payne | Dans les salles du Québec le 10 novembre 2023 (Universal)
Six ans après le décevant Downsizing (rare faux pas dans la carrière du cinéaste), Alexander Payne revient en bonne forme avec la comédie dramatique The Holdovers qui marque aussi les retrouvailles avec le comédien Paul Giamatti près de 20 ans après Sideways. Un rôle en or pour le comédien qui incarne un enseignant solitaire et détesté par ses élèves en raison de ses méthodes rigoureuses et qui va se lier d’amitié avec un jeune élève doué et abandonné durant la période des fêtes en 1970. Ce rôle bien écrit, campé avec nuance par un Giamatti en grande forme, pourrait d’ailleurs lui permettre de se retrouver parmi les finalistes à la prochaine cérémonie des Oscars.
Dans ce film, Payne délaisse le cynisme de certains de ses films précédents au profit d’un humanisme plus posé et sensible. Il y aborde des sujets graves tels que le deuil, la dépression, la séparation familiale, la solitude et le refuge dans l’alcool avec une grande finesse d’écriture et un parfait équilibre entre le drame et l’humour. Grâce au travail du scénariste de David Hemingson, on assiste à des joutes verbales et des conversations inspirantes jonchées de commentaires sarcastiques qui, bien que l’action se situe il y a plus de 50 ans, sonnent à la fois vraies et authentiques. La reconstitution historique est sobre, mais méticuleuse et le film baigne dans une atmosphère froide et incolore qui va prendre des couleurs à mesure que se révèlent les dessous et les traumatismes du passé des protagonistes. S’il y a un bémol à évoquer à l’ensemble est peut-être l’arc narratif et dramatique connu et somme toute prévisible qui n’échappe pas complètement aux barrières du genre. Mais le tout est bien dosé et peaufiné, ce qui pousse à pardonner cette familiarité narrative d’usage, car le film évite la mièvrerie et le côté moralisateur.
Pour ceux qui ont le blues à l’approche de la période des fêtes qui arrive à grands pas, The Holdvers est sans doute le remède idéal et un exemple d’une comédie de l’existence à la fois intelligente et douce-amère sur le besoin vital de connexion humaine. Voilà qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la période des réjouissances.

27 octobre 2023

★★★ | The Killer (Le tueur)

★★★ | The Killer (Le tueur)

Réalisateur: David Fincher | Dans les salles du Québec le 27 octobre 2023 (Netflix)
Les vingt premières minutes de The Killer sont très prometteuses. Un tueur, dans sa planque, face à un hôtel de luxe, attend sa cible, se prépare, se livre à l’introspection, réfléchit à sa condition, à sa pratique. La mise en scène est précise, ne laisse rien au hasard, un peu à l’image du protagoniste. On pourrait presque reprocher à Fincher un excès de voix off, mais celle-ci n’est finalement pas intéressante. Elle ajoute un petit plus au caractère obsessionnel du tueur, à sa volonté de tout contrôler.
Mais après cela, tout s’écroule. Pour le tueur d’abord, car il échoue et doit alors vivre avec les conséquences de cet échec, puis se venger des gens qui lui veulent du mal. Tout s’écroule pour le film également. Progressivement, il perd pied et s’enfonce vers un petit film de vengeance qui n’a pas grand-chose à dire et qui enchaîne les scènes où le héros affronte tour à tour des personnages très différents. Certes, le talent est là, ce qui permet au spectateur de rester dans le film, mais Fincher ne va jamais au-delà du minimum syndical. Le film devient progressivement une petite production Netflix pour les soirées paresseuses et casanières des vendredis soir automnaux. Et comme la vie est bien faite, The Killer est justement un film Netflix et sera disponible sur la plateforme le 10 novembre !

20 octobre 2023

★★★ | Killers of the Flower Moon (La Note américaine)

★★★ | Killers of the Flower Moon (La Note américaine)

Réalisation: Martin Scorsese | Dans les salles du Québec le 20 octobre 2023 (Apple TV+)
À l’évidence, Scorsese est sincère et le sujet de Killers of the Flower Moon lui tient à cœur (suite à la découverte de gisements de pétrole sur les terres de la nation Osage, ses membres meurent les uns après les autres dans l’indifférence générale). Cela se ressent dans sa manière de dépeindre cette communauté autochtone, de la représenter, de la respecter. Il est également sincère dans sa façon de parler de son pays et de certains épisodes sombres du passé, sans la moindre concession ni aucune volonté de simplification manichéenne. Malheureusement, au-delà de ces bonnes intentions, le film n’est pas le plus habile de son réalisateur, comme s’il était étouffé par le poids de son sujet. La mise en place est particulièrement laborieuse (surtout quand on connaît l’habileté habituelle du cinéaste pour installer un sujet et des personnages), ce qui rend la première partie interminable. Heureusement, ici où là, Scorsese nous offre une idée d’écriture ou une fulgurance visuelle (les morts violentes sont filmées avec une froideur et un détachement qui nous glacent le sang, et font partie des images marquantes de la carrière du cinéaste, qui en a pourtant filmées beaucoup).
Par la suite, le processus s’inverse. Une fois les principaux éléments mis en place, le réalisateur semble plus à l’aise dans le développement du récit… même si certains bémols apparaissent. Le principal est le jeu de plus en plus caricatural de Leonardo DiCaprio, pourtant excellent acteur, qui en faut ici des tonnes, à tel point qu’il ferait presque passer De Niro pour un acteur bressonien. (Loin d’être anecdotique, cette remarque pose un réel problème, le jeu de l’acteur nous déconnectant parfois de son personnage, et donc du film, tant l’image de Marlon Brando semble se superposer à celle de DiCaprio dans la dernière demi-heure.) 
En alternant le bon et le moins bon, le cinéaste nous rappelle qu’un grand sujet peut faire un petit film. Un bon petit film, certes, mais un petit film quand même. Et qu’il soit signé du grand Scorsese n’y change rien.

4 août 2023

★★★ | Shortcomings

★★★ | Shortcomings

Réalisation : Randall Park | Dans les salles du Québec le 4 août 2023 (Métropole Films Distribution)
Shortcomings est un petit film indépendant américain qui ressemble à beaucoup d'autres et qui dépeint les pérégrinations sentimentalo-identitaire de jeunes actifs. Nous devons cependant admettre qu'il est qualitativement bien plus intéressant que la moyenne du genre, le cœur du problème (l'appartenance à la communauté asiatique) étant plutôt bien traité, avec un mélange de pertinence et d'humour. Le héros, asiatique, est en effet pris entre les représentants de sa communauté (pour qui tout ce qui asiatique est forcément un peu mieux), sa cinéphilie (et donc l'ouverture sur le monde qu'elle représente)... et son fantasme de la femme blanche, qui vient transformer son ouverture sur le monde (qui pourrait laisser supposer une indifférence face à la couleur de l'autre) en un fantasme qui tourne à l'obsession. Cela permet au film de traiter des enjeux de société avec sérieux, sans pour autant dédaigner la comédie, qui va jusqu'à flirter avec l'absurde lorsque le protagoniste s'aperçoit que sa fiancée fréquente un blanc (mais d'ailleurs, l’est-il vraiment ?).
Le traitement du sujet, aussi pertinent qu'agréable, est renforcé par l'observation incisive de notre société dans laquelle chaque personne semble avoir du mal à accepter sa propre existence. (Problématique traitée toujours avec un humour bienvenu, comme c'est le cas pour cette sympathique actrice/chanteuse/performeuse/etc. qui n’embrasse pas car elle a peur des germes mais qui expose les photos de ses pipis du matin et qui vit avec un coloc se promenant perpétuellement nu).
Tous ces éléments sont intelligemment mis en forme pour dresser un portrait d'une société ou chacun semble confronté à des problèmes en tous genres. Mais nous pouvons regretter que la mise en scène ne soit pas à la hauteur de l'écriture. Même si le héros visionne chez lui des films d'Ozu et de Truffaut, le cinéaste ne leur arrive pas à la cheville. Les deux modèles étaient adeptes d'une mise en scène sobre, qui parvenait toutefois à donner du souffle à ses personnages et à générer des émotions. Randall Park, pour sa part, doit se contenter d'une esthétique de série télé bas de gamme (j'exagère à peine), et donc ne parvient pas à faire de son film une œuvre mémorable, malgré son caractère bien sympathique. Nous oublierons donc bien vite ce Shortcomings. Mais au moins, nous aurons eu le plaisir de passer 1 h 30 à le regarder, ce qui n'est déjà pas si mal.

21 juillet 2023

★★★¼ | Oppenheimer

★★★¼ | Oppenheimer

Réalisation: Christopher Nolan | Dans les salles du Québec le 21 juillet 2023 (Universal)
Quelques années après Tenet, qui nous plongeait dans un grand n’importe quoi avec un immense talent, Christopher Nolan nous entraîne maintenant dans un épisode de notre histoire, mais également dans son film le plus bavard, aux côtés de l’inventeur de la bombe atomique. Cela lui permet d’aborder de manière frontale bon nombre de sujets passionnants. Parmi eux, celui qui occupe la première partie du film est principalement l’obsession scientifique qui pousse à résoudre un problème qui devient plus importante que les conséquences de la résolution dudit problème. S’ensuit alors, après deux heures, un des moments les plus marquants de l’œuvre de Nolan. On y voit Oppenheimer confronté aux conséquences de sa réussite scientifique, seul face à une foule en délire, mais incapable d’en partager la ferveur, enfin conscient du caractère destructeur de son exploit. La suite, composée d’un mélange de culpabilité, de convoitises et de scènes de procès vient compléter le tout. Le talent du cinéaste permet à l’ensemble d’être passionnant et parfois impressionnant. Il est toutefois regrettable que Nolan se laisse prendre à son propre jeu en abusant de certains de ces effets préférés, qui ne semblent pas toujours ici à leur place. Parmi les plus préjudiciables, notons les effets sonores pas toujours maîtrisés (dans le genre, Nolan était clairement plus à l’aise avec Dunkirk) et la structure du récit qui aurait probablement gagné à être plus sobre, et donc un peu plus linéaire (nous ne sommes pas dans Tenet, et la partie de ping-pong temporelle n’est pas toujours pertinente).
Donc, beaucoup de talent (on le savait), parfois un peu trop envie d’en faire l’étalage (on le savait aussi), mais le sujet passionnant finit par prendre le dessus sur la tendance de Nolan à se prendre les pieds dans un excès d’ambition. Par contre, pour ce qui est du constat et de ce que l’avenir peut nous réserver, il faut avouer que le délire Kubricko-Folamourien avait au final plus de force. Comme quoi la farce est parfois plus glaçante que la prétention.

26 mai 2023

★★½ | You Hurt My Feeling

★★½ | You Hurt My Feeling

Réalisation : Nicole Holofcener | Dans les salles du Québec le 25 mai 2023 (Entract Films)
La réalisatrice Nicole Holofcener a tenu quelques fonctions (d’assistante de production à assistante monteuse) sur les films de Woody Allen pendant les heures de gloire du cinéaste New-Yorkais. L’ombre du géant déchu plane ainsi sur bon nombre de ses films, comme en témoignent les sujets abordés dans son dernier (conflits dans le couple, relations parfois difficiles entre parents et enfants, scènes de consultation chez le psy, New-Yorkitude assumée, etc.).
Hélas, nous sommes ici loin du Woody des grands jours, et nous ne pouvons nous empêcher, en visionnant le dernier film de la cinéaste, de nous souvenir qu’elle a également beaucoup œuvré à la télévision. You Hurt My Feeling, avec sa mise en scène paresseuse et ses dialogues omniprésents, nous donnent parfois l’impression de visionner un sympathique épisode d’une agréable mais mineure série New-Yorkaise. Certes, la photographie de Jeffrey Waldron est de bonne tenue et les thèmes abordés ont un petit potentiel (même si leur traitement est si frontal que le tout manque grandement de subtilité). Malheureusement, la mise en place d’environ trente minutes est laborieuse, et la suite, malgré quelques instants ou idées pertinentes, ne décolle jamais vraiment, comme si Holcener avait oublié certaines des leçons de la télévision (dont la plus importante: savoir aller à l’essentiel vite, bien et tenir en haleine).
Moins rythmé qu’une bonne série et moins virevoltant et inventif qu’un bon Allen, le Holofcener nouveau est  très oubliable, finalement sans grand intérêt (c’est un peu un « faut-il toujours dire la vérité ?» pour les nuls et les nantis), mais se laisse voir, ne serait-ce que pour le duo Julia Louis-Dreyfus / Tobias Menzies qui fonctionne plutôt bien, et pour le service minimum, qui semble respecter à la lettre le guide du bon petit film New-Yorkais qui aime enfoncer les portes ouvertes en se donnant l’impression d’être intelligent !

19 mai 2023

★★★ | Master Gardener (Les racines de la violence)

★★★ | Master Gardener (Les racines de la violence)

Réalisation: Paul Schrader | Dans les salles du Qubec le 19 mai 2023 (VVS Films)
Le scénariste et réalisateur américain Paul Schrader n’a pas besoin de présentation. Depuis près de cinquante ans d’une carrière élogieuse mais inégale, ce rebelle d’Hollywood semble a priori toujours revisiter ces deux thèmes réguliers: l’amour et la notion de pardon et de rachat. Avec Master Gardener, sa vingt-troisième réalisation, le scénariste de Taxi Driver raconte une histoire d’amour naissant en apparence simple mais qui bifurque vers une sombre histoire de passé trouble, chemin vers une rédemption impitoyable. Entamé par le sublime First Reformed (qui marquait un retour en grande forme après un passage à vide) en 2017 et suivi de The Card Counter en 2021, Master Gardener marque la fin d’une trilogie sur des personnages masculins marginaux à la conscience morale destructrice et prenant le chemin du pardon. C’est à nouveau sous la forme de la jeunesse (la nièce afro-américaine de sa patronne) que le chaos et les douleurs anciennes vont ressurgir pour ce personnage d’un jardinier expert en art floral, mais toujours tourmenté par les horreurs de son passé de néonazi. Sous cet éternel fardeau de la culpabilité (révélé par des rêves et flash-back), le protagoniste campé par Joel Edgerton (méconnaissable sous son faciès ressemblant étrangement à Conan O’Brien) est confronté à nouveau à ses propres démons.
On reconnaît la touche Schrader dans cette peinture de personnages marginaux moralement ambigus. Le racisme est au cœur de l’intrigue et sa nature controversée est à nouveau présentée avec la sécheresse et la cruauté propre à son cinéma, au détriment des préférences du public. Il se dégage de ce récit au rythme lent et délibéré une noirceur intrinsèque empreinte de mélancolie (présente également dans ses deux films nommés plus haut). À 76 ans, Schrader se dissocie peu à peu de son nihilisme antérieur et de ses êtres désespérés au bord de la désolation. Cette maturité émotionnelle est évidente, mais pas toujours crédible car l'incertitude de cette nouvelle romance improbable semble être le fruit de l’imagination de son auteur vers une lumière potentielle qui relève davantage du concept amoral que d’un ultime bonheur épanoui.

21 avril 2023

★★★★ | Beau Is Afraid (Beau a peur)

★★★★ | Beau Is Afraid (Beau a peur)

Réalisation: Ari ASter | Dans les salles du Québec le 21 avril 2023 (SPHÈRE Films)
Après deux premiers longs métrages qui nous avaient séduits par leur mise en scène mais un peu refroidis par des scénarios plus ambitieux que maîtrisés, Ari Aster nous revient enfin avec une œuvre réellement convaincante.
D’emblée, le cinéaste nous place aux côtés de Beau, dont la santé mentale n’est pas des plus enviables. À l’évidence, des troubles paranoïaques l’empêchent de vivre une vie épanouie. La bonne idée d’Aster est de nous montrer dans la première partie du film le monde d’après la perspective de Beau, tout en le rendant le plus réaliste possible (pas de grands angles marquant la déformation de la réalité ou d’effets de montage excessifs traduisant les pensées perturbées du héros). Le cauchemar éveillé et paranoïaque que vit Beau est donc parfaitement plausible visuellement (même si de plus en plus improbables dans les faits). Cet aspect, associé à un rythme particulièrement soutenu, ne laisse pas d’autre choix au spectateur que de se laisser entraîner aux côtés du personnage incarné par Joaquin Phoenix, comme si son monde torturé était également le nôtre.
Une fois cette étape parfaitement accomplie, Aster peut alors se permettre de le laisser s’égarer dans des mondes multiples (des souvenirs aux mondes parallèles de plus en plus improbables mais pourtant toujours en parfaire cohérence avec l’expérience proposée). Commence alors un voyage freudien et tragicomique époustouflant qui permet au cinéaste de confirmer son talent de faiseur d’images tout en nous faisant revenir sur l’opinion que nous nous faisions de lui. Il n’a en effet pas besoin d’un collaborateur à l’écriture pour élaborer un scénario lui permettant de donner libre cours à son talent (lire notre minicritique de Midsommar). Reste à savoir si ce voyage au pays des mères toxiques sera le point de départ d’une œuvre majeure ou un feu de paille pour ce cinéaste qui jouissait après ses deux premiers films d’un statut qu’il ne méritait probablement pas. Dans l’attente de la réponse, profitons tout simplement de Beau is Afraid, une des très belles surprises de ce début d’année.

14 avril 2023

★★★ | Showing Up (Les filles)

★★★ | Showing Up (Les filles)

Réalisation: Kelly Reichardt | Dams les salle du Québec le 14 avril 2023 (Sphère films)

Showing up est un film bien étrange ; un film qui semble tout mettre en œuvre pour ne pas se faire aimer, mais également le film de Kelly Reichardt dans lequel plane le plus un soupçon d'humour aussi omniprésent que délicieusement pince-sans-rire.
Le film propose en effet une multitude d’antihéros condamnés à la loose, des artistes sans talent, sans succès et sans perspective de gloire. Pour enfoncer le clou, la réalisatrice accorde le statut de personnage principal au plus paumé de tous (superbe Michelle Williams), une artiste sans succès, vivant dans un appartement sans eau chaude, exerçant un travail sans intérêt et incapable de sauver par elle-même un pigeon tombé dans les griffes de son chat.
Mais à force de traiter de personnages inconsistants, condamnés à une vie sans éclat et évoluant dans une école d'art ridicule, Kelly Reichardt finit par les rendre attachants grâce à sa sensibilité, à son amour pour les petits détails, à son refus de juger et de condamner quiconque, et à ses petites touches d'humour qui ne vont jamais trop loin (il aurait été facile de rire à leurs dépens, ce qu'elle ne fait à aucun moment).
Finalement, Showing up est un petit film délicatement dirigé, au charme évident et dont la plus grande ambition est paradoxalement de ne pas en avoir. Et ce n'est pas rien !

23 décembre 2022

★★★ | The Whale (La baleine)

★★★ | The Whale (La baleine)

Réalisation : Darren Aronofsky | Dans les salles du Québec depuis le 21 décembre 2022 (Entract Films)
Dans son va-et-vient habituel entre réussites impressionnantes (Requiem for a Dream, Black Swan, Mother ! etc.) et plantages prétentieux (The Fountain, Noah, etc.)*, Darren Aronofsky nous propose The Whale, qui flirte avec la première catégorie, sans être pour autant totalement à l’abri de la seconde.
En adaptant une pièce de théâtre de Samuel D. Hunter, le cinéaste fait le choix du huis clos, ici totalement assumé. Le film y suit en effet la réclusion volontaire d’un homme hanté par son passé, à la recherche à la fois de rédemption (en renouant avec sa fille) et l’autodestruction (sa boulimie qui le transforme en un être difforme aux mouvements de plus en plus difficiles). Cet aspect du film est probablement le plus réussi. La mise en scène d’Aronofsky, son obsession à filmer à la fois un corps qui perd sa mobilité et une maison qui devient pour lui dans le même temps un véritable parcours du combattant, mais qui reste pour les autres une maison bien banale, est probablement l’aspect le plus intéressant du film. S’ajoute à cela une réflexion qui va bien au-delà de la rédemption, puisque le film aborde de nombreux sujets, globalement bien traités (et qui tournent globalement autour du thème du bien et du mal que l’on peut faire aux autres). Cela lui permet de mettre en scène des personnages qui vont progressivement faire évoluer le récit et la réflexion… jusqu’à ce que le scénario (signé de l’auteur de la pièce) prenne le dessus sur le film lui-même. C’est-à-dire jusqu’à ce que les mots de Samuel D. Hunter prennent le dessus sur la mise en scène de Aronofsky (et, indissociable, de la prestation notable de Brendon Fraser et de ses prothèses). Lorsque le tout est bien installé, le film se perd alors dans un manque de finesse qui nuit à la résolution de ses enjeux narratifs en enfonçant de plus en plus les portes ouvertes (et en usant de l’analogie avec Moby Dick de manière de moins en moins subtile et de plus en plus indigeste).
Mais parce qu’il n’y a pas que la dernière demi-heure qui compte, le film reste à voir. Il confirme aussi que malgré ses excès parfois critiquables, Aronofsky est un metteur en scène passionnant, une sorte de roi des montagnes russes, ce qu’il prouve ici au sein d’un même film, pourtant en apparence bien plus sobre que ses œuvres passées.

* La liste des réussites et plantages n'engage que l'auteur de ces lignes... Les avis sur Noah ou Mother !, pour ne citer qu'eux, ne sont pas partagés par tous au sein de cinéfilic.

25 novembre 2022

★★★½ | Les Fableman (The Fablemans)

★★★½ | Les Fableman (The Fablemans)

Réalisation: Steven Spielberg | Dans les salles du Québec depuis le 23 novembre 2022 (Universal)
Est-ce possible de comprendre ce qui donne naissance à un cinéaste ? Avec The Fablemans, Stephen Spielberg nous présente une semi-autobiographie qui raconte la jeunesse de Sam (Sammy) Fableman. Un Sammy qui, comme lui, découvre le cinéma, enfant, jusqu’à devenir un adulte enregistrant cinématographiquement le monde autour de lui afin de donner un sens à la pellicule.
L’enfance de Sammy est douce. Une enfance avec une famille omniprésente, importante, soudée. Spielberg nous fait découvrir peu à peu la vie de cette famille aussi dysfonctionnelle dont les parents joueront un rôle déterminant dans l’avenir de Sam. D’une part, un père qui vit dans le désaveu, absorbé par son travail d’ingénieur. Qui accepte les promotions et qui amèneront la famille à travers le pays, en Arizona puis en Californie. D’autre part, une mère absorbée par sa musique et son monde imaginaire. Une mère et épouse, magnifiquement interprétée par Michelle Williams, qui n’entre pas dans le rôle conventionnel de la femme américaine des années 60. Ce sera elle qui ouvrira la voie à son fils, c’est elle qui lui offre sa première camera…
À partir de ce moment Sammy filme tout. Les jeux avec ses sœurs, les sorties avec les scouts, les vacances familiales au camping. Ce sera lors de ces vacances qu’il filmera sa mère danser sous la lumière des phares avec sa robe transparente. Malgré lui, Sammy devient témoin de l’idylle de sa mère avec son prétendu oncle. Dès lors, on découvre comment le cinéma est un prisme qui permet de cacher ou encore de révéler les secrets, les émotions. Est-ce le film de Sammy qui donnera le courage à sa mère de quitter la famille ? Peut-être le montage fait par son fils lui dévoile-t-elle ce qu’elle ne voulait pas voir, l’amour naissant qu’elle porte à son amant. Peu importe, ici encore ce sont les émotions qui comptent. Finalement, on aime la scène du bal de graduation où Sammy présente ses camarades de classe dans un montage touchant. À travers celui-ci, ses camarades embrasent la vie. On découvre le pouvoir du cinéma de Sammy et on pleure. Sammy sait maintenant mettre en valeur, cacher, ridiculiser... Réels ou imaginaires, ses personnages font alors partie intégrante de son art. Les Fableman est un hommage à la famille mais aussi au cinéma qui nous permet de rêver et, de se souvenir…

3 novembre 2022

★★★★ | Armageddon Time (Le Temps de l'Armageddon)

★★★★ | Armageddon Time (Le Temps de l'Armageddon)

Réalisation: James Gray | Dans les salles du Québec le 4 novembre 2022 (Focus Features)
On connaît la place prépondérante qu’occupe la famille dans le cinéma de James Gray. Pour son huitième long-métrage, le réalisateur de We Own the Night se replonge dans son enfance avec Armageddon Time, drame très personnel à saveur autobiographique. Le film se déroule dans le Queens à New York en 1980, où le cinéaste a grandi. La trame narrative suit le parcours d’un jeune garçon de 12 ans dont l’avenir prend une tournure morose et inattendue qui coïncide étrangement avec la campagne présidentielle de Ronald Reagan et la transformation du rêve américain en cauchemar.
Avec ce récit d’apprentissage, Gray évite les pièges de la nostalgie en optant pour un ton mélancolique, didactique et sombre où le thème de la désillusion se trouve au cœur du propos. À travers une histoire en apparence simple, Gray se concentre d'abord sur les relations familiales, puis sur la relation d'amitié entre deux garçons.
Cette chronique aux ramifications complexes nous montrent des situations familières faussement banales — les scènes de repas chaotiques — où les attitudes peuvent changer au fil du temps, impliquant une meilleure compréhension. Cette dernière se manifeste aussi dans l’éducation scolaire avec cette opposition entre l’école publique et l’enseignement privé capitaliste financé par nul autre que Fred Trump, père de Donald.
À travers son savoir-faire ludique habituel et sa qualité d’interprétation (Anthony Hopkins et Jeremy Strong, excellents), Gray propose une chronique douce-amère qui se transforme petit à petit en une profonde méditation sur l’Amérique du début des années 1980. Une œuvre mélancolique où il nous fait part de l’importance de comprendre le passé familial, d’y réfléchir et de le transmettre à nos enfants, car au bout du compte, on finit tous par en sortir un peu. Et pour Gray, le cinéma est le plus beau moyen d’y parvenir.

28 octobre 2022

★★★½ | The Banshees of Inisherin (Les Banshees d'Inisherin)

★★★½ | The Banshees of Inisherin (Les Banshees d'Inisherin)

Réalisation: Martin McDonagh | Dans les salles du Québec le 28 octobre 2022 (Buena Vista)
Dans une petite île irlandaise, Pádraic Súilleabháin (Colin Farrell, toujours juste dans un rôle particulièrement complexe) voit son monde s’écrouler lorsque son ami Colm Doherty (Brendan Gleeson) décide qu'il ne le veut plus dans sa vie. Ce point de départ devient durant la majeure partie du film le seul élément narratif. La proposition semble certes hasardeuse, mais Martin McDonagh impressionne en dosant dialogues rares et bien sentis, silences sublimés par les performances d’acteurs, et surtout un sens de l’absurde et de l’humour pince sans rire qui font d’abord passer The Banshees of Inisherin pour une comédie noire aussi atypique que magistralement maitrisée. Cependant, McDonagh ne pousse pas la plaisanterie jusqu’au bout et prend un nouveau risque en faisant basculer son film vers un univers beaucoup plus sombre. À l’enchainement de ses non-événements, le cinéaste ajoute en effet des petites touches flirtant tour à tour avec le fantastique (certains choix graphiques, un troublant personnage de vieille dame) ou le surréalisme, qui viennent transformer une farce en ce qui devient progressivement une sorte de tragédie de l’étrange. Lorsqu’il ajoute ensuite des éléments narratifs plus tangibles et observe comment un acte a priori anodin peut transformer une petite existence tranquille (et récalcitrante au changement) en douleur innommable, le film devient un film sur la solitude, l’isolement, la peur de l’avenir incertain.
The Banshees of Inisherin est une œuvre inclassable, peut-être déstabilisante, mais confiante dans la capacité du spectateur à se laisser embarquer dans un voyage improbable et faussement banal, bercé par le léger cahot d’une souffrance sourde mais inexorablement destructrice.
À moins qu’il ne s’agisse, peut-être, finalement, d’une œuvre sur la force de l’amitié.
Ou sur ses paradoxes.

16 septembre 2022

★★★½ | Pearl

★★★½ | Pearl

Réalisation: Ti West | Dans les salles du Québec le 16 septembre 2022 (VVS films)

Après le très agréable X, Ti West retrouve Mia Goth (également coscénariste) pour nous proposer un antépisode encore plus convaincant. Alors que X nous entraînait vers le cinéma d’horreur des années soixante-dix pour se terminer dans un excès grand-guignolesque qui pouvait conduire le spectateur près de l’indigestion, Pearl se fait plus sobre et maîtrisé en nous propulsant dans une esthétique digne de l’âge d’or de Hollywood. Très référentiel, le film nous plonge aussi bien dans le cinéma de genre horrifico-paranoïaque que dans la comédie musicale ou le mélodrame sirkien, en passant d’un genre à l’autre avec une fluidité impressionnante! Couleurs, direction artistique, musique, interprétation, tout le film respire le profond respect pour un cinéma disparu… ce qui n’empêche pas Ti West de laisser libre cours à son humour. Mais ici, l’humour n’est pas fun, mais tour à tour sombre ou désabusé, voir désespéré. La raison est l’intérêt qu’il témoigne pour son personnage principal, dont il parvient à brosser un beau portrait, celui d’une jeune femme de la campagne qui doit composer avec un mari parti à la guerre, un père malade, une mère tyrannique et surtout un désir de gloire si puissant (pour elle, la seule façon de sortir de sa condition) qu’il finit par lui faire tourner la tête jusqu’à l’entraîner vers une folie meurtrière. Du coup, il parvient à nous la rendre attachante malgré ses actes ignobles. Et lorsque le cinéaste donne l’impression de vouloir tourner sa folie en ridicule, il parvient toujours à nous laisser un arrière-goût en bouche qui nous pousse à nous apitoyer devant la douleur de cette femme détruite par un rêve de bonheur impossible. D’ailleurs, le dernier plan du film, interminable, sur le visage de Mia Goth crispé dans un rictus ou se mêlent la folie et la douleur, est probablement un des plus troublants vus au cinéma cette année!

26 août 2022

★★ | Three Thousand Years of Longing (Trois mille ans à t'attendre )

★★ | Three Thousand Years of Longing (Trois mille ans à t'attendre )

Réalisation: George Miller | Dans les salles du Québec le 26 août 2022 (Entract)

George Miller, surtout connu pour ses Mad Max, a exploré dans sa carrière des genres très variés (Babe, c'est aussi lui!). Il confirme son éclectisme avec ce nouveau film aux allures de conte des Mille et Une Nuits revu à la sauce americano-australienne.
Malheureusement, si le film est servi par deux comédiens irréprochables (Tilda Swinton et Idris Elba), il n'en va pas de même pour tout. La photo et la direction artistique sont dangereusement attirées par une esthétique de pacotille et ne parviennent à aucun moment à recréer la part de merveilleux qui aurait été nécessaire au film.
Pour sa part, le scenario s’emberlificote dans des développements qui finissent par lasser. Non seulement l’ensemble manque de souffle épique pour nous tenir en haleine, mais nous avons aussi la désagréable impression que Miller utilise surtout ses développements narratifs pour produire de nouveaux effets spéciaux sans grand intérêt. Pour ne rien arranger, les scènes qui se déroulent dans la chambre d’hôtel sont trop verbeuses et ne font que casser un rythme qui a  déjà beaucoup de difficulté à se mettre ne place!
Enfin, les personnages, véritables piliers de cette histoire d'amour improbable, ne parviennent jamais vraiment à nous émouvoir. Aucune chimie, aucun charme, aucune complicité ne se dégage de leur amour. Cette relation entre l’universitaire et le génie est aussi froide et sans âme que l'univers crée par Miller.
Voilà qui commence à faire beaucoup de bémols pour un même film, même s'il est exécuté avec un professionnalisme sans failles!

12 août 2022

★★ | Bodies Bodies Bodies

★★ | Bodies Bodies Bodies

Réalisation : Halina Reijn | Dans les salles du Québec le 12 août 2022 (Columbia)

Des jeunes adultes se retrouvent dans une maison isolée, mais tout ne va pas se passer comme prévu.
Voici un point de départ bien connu. Pourtant, certains éléments qui sortent un peu de l'ordinaire nous entraînent hors des sentiers battus. Non seulement, il y a une diversité inhabituelle dans le groupe (il y a même un "vieux" parmi les jeunes) mais en plus, les personnages semblent réellement ancrés dans notre époque (ce qui est loin d'être toujours la norme dans les slashers), avec tout ce que cela peut comprendre (le bonheur affiché sur les réseaux sociaux qui peine à cacher un mal-être plus profond).
De plus, la trame narrative prend des libertés par rapport à ce qui est attendu dans ce genre de films. On comprend en effet dès le second décès que la mise à mort d'une victime n'est pas toujours l'œuvre de l'habituel psychopathe…
Malheureusement, certaines bonnes idées et intentions sont contrebalancées par une écriture assez faible (ce qui est censé donner de l'épaisseur aux personnages l'est fait de manière très bavarde et maladroite). Pire, en raison de cette faiblesse mais aussi d'une réalisation certes compétente mais relativement insipide, le spectateur ne ressent à aucun moment la moindre tension, ce qui représente un problème de choix pour un tel film. Heureusement, l'ambiance plutôt fun de l'ensemble fait passer la pilule… mais derrière des allures modernes, Bodies Bodies Bodies reste trop faible pour convaincre. On préférerait même un petit slasher convenu mais efficace à cette tentative de renouveler trop timidement (et maladroitement) le genre !

22 juillet 2022

★ | Nope (Ben non)

★ | Nope (Ben non)

Réalisation : Jordan Peele | Dans les salles du Québec le 22 juillet 2022 (Sony)
Après deux gros succès publics (Get Out et Us), le surestimé Jordan Peele accouche de son projet le plus ambitieux à date avec Nope, son troisième long métrage. Un des projets au secret le mieux gardé jusqu’à ce jour, ce mélange d’horreur et de science-fiction se veut un blockbuster estival conceptuel. En s’inspirant notamment des deux chefs-d’œuvre de Spielberg des années 1970 (Jaws et Close Encounters of the Third Kind) mais aussi de l’univers marqué de certains films de M. Night Shyamalan (Signs et The Happening), Nope est tout sauf une réussite. On frôle la catastrophe tant l’exécution est si fade et trompeuse qu’on se ramasse rapidement devant un bordel confus et une œuvre profondément auto-indulgente.
C’est comme si Peele s’était assuré d’avoir le plein contrôle sur cette production plus luxueuse que ses précédentes mais qu’il s’était carrément perdu dans ses propres dédales, sa vision artistique n’ayant d’égal que son ego surdimensionné. Certes, il y a l’installation d’un climat mystérieux au départ, mais ensuite plus rien. Pire, l’intrigue fourmille d’idées plus confuses les unes que les autres s’emboîtant sous forme de chapitres qui ne font que meubler temporairement et retarder l’éventuel dernier acte plus mouvementé, mais peu captivant et aucunement énergique. De plus, les personnages campés par une bonne distribution sont fades et les liens qui se tissent entre eux sont artificiels et mal agencés. Même l’humour des précédents films de Peele est ici éphémère et tombe souvent à plat. Au final, malgré un emballage visuel assez soigné, on est confronté à un ovni singulier, mais totalement désarticulé. Un porte-à-faux désordonné, prétentieux et peu palpitant. Ne croyez pas au battage médiatique, et revoyez les classiques de Spielberg à la place... ne serait-ce que pour le plaisir de regarder une vraie superproduction aussi intelligente qu’excitante.

24 juin 2022

★★¼ | The Black Phone (Le téléphone noir)

★★¼ | The Black Phone (Le téléphone noir)

Réalisation : Scott Derrickson| Dans les salles du Québec le 24 juin 2022 (Universal)

Après un passage chez Marvel (Doctor Strange et ayant abandonné sa suite parue il y a quelques semaines pour divergences artistiques), le réalisateur Scott Derrickson (Sinister) renoue avec l’horreur et aux productions plus modestes de Blumhouse avec The Black Phone. Adapté d’une courte nouvelle de Joe Hill (le fils de Stephen King), ce suspense offre un mélange de surnaturel et d’horreur plus classique parfaitement calibré pour plaire aux admirateurs de film d’horreur moderne. À ce sujet, on y retrouve de la nostalgie (l’action se déroule à la fin des années 1970), une reconstitution historique simple mais réussie, de bons jeunes comédiens et un esprit de camaraderie similaire à celle de la populaire série Stranger Things.
En revanche, ce qu’il manque à ce huis clos est l’élément de surprise. Les morceaux de l’intrigue s’emboîtent de façon soignée mais mécanique et la tension meurt rapidement dans l’œuf. Aussitôt le huis clos installé, la répétition des événements qui s’ensuivent donne dans la redite avec effets chocs propres au genre, de telle sorte qu’on décroche même si le téléphone noir continue de sonner à maintes reprises. Le reste n’est que du menu fretin à une intrigue convenue piétinante et chiche en éléments de surprises. De plus, le montage alterné final qui renvoie à un classique du genre et utilisé à maintes reprises dans des œuvres beaucoup moins réussies que son modèle de base (comme celle-ci), ne fait qu’infirmer le manque d’originalité des créateurs. Au final, malgré les qualités techniques et une trame sonore très atmosphérique à la Tangerine Dream du Canadien Mark Korven (The Lighthouse), on est loin d’un futur classique du genre qui passera à l’histoire.