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10 mai 2024

★★½ | Le retour

★★½ | Le retour

Réalisation : Catherine Corsini | Dans les salles du Québec le 10 mai 2024 (Axia Films)
Après avoir défrayé les manchettes l’an dernier à Cannes et créé une polémique, le drame familial Le Retour de la cinéaste française Catherine Corsini débarque sur nos écrans près d’un an après la controverse. Un tohu-bohu engendré par les conditions de tournage difficiles et par des allégations anonymes de membres de la production à propos d’une scène à caractère sexuelle (finalement supprimée au montage) impliquant des mineurs de moins de 16 ans. Malgré l’enquête menée par le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), la polémique a tout de même fait du tort et nui au film.
Coécrit par la réalisatrice et Naïla Guignet, le film est le récit d’apprentissage de deux adolescentes le temps d’un été en Corse. Reconnue pour son approche subtile dans la représentation des relations humaines de même que pour sa générosité à présenter des personnages féminins forts à l’écran, la réalisatrice de La fracture déçoit avec ce nouveau film. En voulant mêler plein de sujets graves (le clivage social, le racisme ordinaire, le deuil, l’intégration et j’en passe) à son récit initiatique, tout demeure en surface et manque de profondeur. Il en va de même pour le déroulement de l’intrigue. Le départ précipité de la mère et de ses filles de la Corse est un mystère, mais le secret est abandonné et relégué aux oubliettes pendant un long moment avant d’être enfin révélé lors d’un dénouement banal qui peine à convaincre malgré la sincérité de la démarche.
Malgré ces défauts, il faut reconnaitre au film certaines qualités, notamment quelques scènes empreintes de sensibilité. Corsini filme également les corps féminins avec un naturel qui rappelle un peu le cinéma de Catherine Breillat, notamment dans sa présentation d’une idylle saphique entre l’aînée de la famille et la fille du patron de sa mère. De plus, les jeunes comédiennes sont très bien dirigées et la talentueuse Esther Gohourou (remarquée dans Mignonnes) se distingue particulièrement.

16 février 2024

★★★★ | Perfect Days (Les Jours parfaits)

★★★★ | Perfect Days (Les Jours parfaits)

Réalisateur : Wim Wenders | Dans les salles du Québec le 16 février 2024 (Entract Films)
L’amour de Wim Wenders pour le Japon est bien connu. Ce qui devait être un documentaire sur les toilettes publiques du quartier de Shibuya à Tokyo, est devenu une fiction mettant en vedette l’immense Koji Yakusho (Cure, 13 Assassins) dans le rôle d’un quinquagénaire taciturne qui travaille dans ces toilettes publiques. On suit sa routine quotidienne bien établie et on découvre ses passions tranquilles jusqu’à la visite de sa nièce fugueuse et d’autres rencontres inattendues. Très inspiré en cette terre étrangère, mais familière pour lui, Wenders retrouve la superbe de sa belle époque avec ce drame profondément humain empreint de tendresse et de poésie. Une véritable ode à la vie et à tous ses petits plaisirs du quotidien, menée de main de maître et magnifiée à l’écran par un acteur au sommet de son art et récompensé par le prix d’interprétation masculine à Cannes l’an dernier.
Coécrit avec le japonais Takuma Takasaki, le film permet à Wenders de retrouver le plaisir de filmer un personnage en marge avec ce voyage introspectif et cette quête existentielle, véritable invitation à se recentrer sur ce qui nous est essentiel pour aspirer au bonheur. Le réalisateur de Paris-Texas retrouve aussi ses thèmes de prédilection non seulement avec cette quête existentielle, mais aussi avec cette difficulté de communiquer à travers ce « road movie » à l’intérieur même d’un quartier animé de Tokyo. C’est donc à travers la musique, la culture des plantes, la photographie et la littérature que son personnage savoure le moment présent et que sa vie prend tout son sens dans un film empreint d’humour qui fait l’éloge du contentement du moment présent. On y entend entre autres des vieux tubes de Lou Reed, Patti Smith, Otis Redding et Nina Simone qui défilent au diapason des états d’âme de ce préposé à l’entretien et qu’il écoute en cassette audio dans sa camionnette en se rendant et revenant du travail. Dans sa façon de filmer le quotidien avec cette douce mélancolie, Perfect Days est à ranger auprès de Paterson de Jim Jarmusch, qui a été l’assistant de Wenders à ses débuts et dont les parcours cinématographiques et les thématiques ne sont pas étrangers l’un à l’autre.

22 janvier 2024

★★★★½ | Les filles d'Olfa

★★★★½ | Les filles d'Olfa

Réalisation : Kaouther Ben Amid | Dans les salles du Québec le 19 janvier 2024 (Métropole Films distribution)
Classer Les filles d’Olfa dans la section documentaire serait de réduire le film à sa plus simple expression. Récompensé de l’Œil d’or du meilleur documentaire au dernier Festival de Cannes, ce sixième long métrage de la Tunisienne Kaouther Ben Hania relate le parcours difficile d’une femme qui a acquis une notoriété internationale en 2016 lorsqu’elle a rendu publique la radicalisation de ses deux filles aînées. Le film est interprété par la mère elle-même (Olfa Hamrouni) et par deux de ses filles, mais également par des actrices professionnelles (dont l’actrice célèbre Hend Sabri) qui incarnent ces trois personnages pour les scènes plus difficiles. Avec cette proposition, la réalisatrice nous offre une expérience inoubliable d’une rare puissance émotionnelle. Ce film inclassable et très original se présente à la fois comme un processus de psychanalyse familiale et une réflexion sur le deuil.
Le film cherche à recréer  la dynamique familiale au moment où les deux filles aînées ont quitté le foyer pour aller combattre aux côtés de Daech en Libye. Cette expérience cathartique et profondément humaine permet un voyage intime et bouleversant rempli de souvenirs aussi heureux que douloureux. La réalisatrice utilise intelligemment tout le potentiel formel et narratif à sa disposition afin de livrer une réflexion sur les relations mère/fille dans une société patriarcale et son engrenage infernal qui musèle toute forme de liberté. Avec son mélange d’improvisation, de répétitions, d’images d’archives, de making-of et grâce à la puissance du cadre, on atteint ici le summum de ce que peut être l’essence même du cinéma et son pouvoir de transcender la réalité. Les protagonistes se révèlent tous à la fois émouvantes et attachantes. Leur complicité et leur sororité rehaussent l’intensité émotionnelle à la hauteur de l’intensité dramatique du récit. En raison de la situation actuelle au Moyen-Orient et des nombreux conflits dans le monde, ce film essentiel et déchirant risque d’être ancré dans vos mémoires pendant longtemps.

10 novembre 2023

★★★½ | The Holdovers (Ceux qui restent)

★★★½ | The Holdovers (Ceux qui restent)

Réalisateur: Alexander Payne | Dans les salles du Québec le 10 novembre 2023 (Universal)
Six ans après le décevant Downsizing (rare faux pas dans la carrière du cinéaste), Alexander Payne revient en bonne forme avec la comédie dramatique The Holdovers qui marque aussi les retrouvailles avec le comédien Paul Giamatti près de 20 ans après Sideways. Un rôle en or pour le comédien qui incarne un enseignant solitaire et détesté par ses élèves en raison de ses méthodes rigoureuses et qui va se lier d’amitié avec un jeune élève doué et abandonné durant la période des fêtes en 1970. Ce rôle bien écrit, campé avec nuance par un Giamatti en grande forme, pourrait d’ailleurs lui permettre de se retrouver parmi les finalistes à la prochaine cérémonie des Oscars.
Dans ce film, Payne délaisse le cynisme de certains de ses films précédents au profit d’un humanisme plus posé et sensible. Il y aborde des sujets graves tels que le deuil, la dépression, la séparation familiale, la solitude et le refuge dans l’alcool avec une grande finesse d’écriture et un parfait équilibre entre le drame et l’humour. Grâce au travail du scénariste de David Hemingson, on assiste à des joutes verbales et des conversations inspirantes jonchées de commentaires sarcastiques qui, bien que l’action se situe il y a plus de 50 ans, sonnent à la fois vraies et authentiques. La reconstitution historique est sobre, mais méticuleuse et le film baigne dans une atmosphère froide et incolore qui va prendre des couleurs à mesure que se révèlent les dessous et les traumatismes du passé des protagonistes. S’il y a un bémol à évoquer à l’ensemble est peut-être l’arc narratif et dramatique connu et somme toute prévisible qui n’échappe pas complètement aux barrières du genre. Mais le tout est bien dosé et peaufiné, ce qui pousse à pardonner cette familiarité narrative d’usage, car le film évite la mièvrerie et le côté moralisateur.
Pour ceux qui ont le blues à l’approche de la période des fêtes qui arrive à grands pas, The Holdvers est sans doute le remède idéal et un exemple d’une comédie de l’existence à la fois intelligente et douce-amère sur le besoin vital de connexion humaine. Voilà qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la période des réjouissances.

22 septembre 2023

★★¼ | Simple comme Sylvain

★★¼ | Simple comme Sylvain

Réalisation : Monia Chokri | Dans les salles du Québec le 22 septembre 2023 (Immina Films)
Pour son troisième long métrage, l’actrice et réalisatrice québécoise Monia Chokri aborde le sujet de l’amour et des relations humaines et amoureuses avec la comédie romantique Simple comme Sylvain. Moins stylisé que ces deux précédentes réalisations, mais joliment mis en images par le vétéran André Turpin, il y a un je-ne-sais-quoi d’agaçant dans sa conception qui nous empêche de nous investir émotionnellement dans cette idylle entre une professeure de philosophie pour les aînés et un entrepreneur indépendant des Laurentides. Cette rencontre nourrie d’espoir et de changements donne lieu à un éventuel conflit de valeurs et de culture qui malheureusement ne dépasse jamais le stade du déséquilibre de pouvoir et de savoir.
Pourtant, la chimie passe bien au début entre une Magalie Lépine-Blondeau, plus sensible, et Pierre-Yves Cardinal, moins bien cerné car son personnage ne dépasse guère le stade de la caricature du gars des bois qui s’expriment mal, mais qui a le cœur à la bonne place. Dès que la première dispute survient, une scène plutôt maladroite qui sonne terriblement faux, le film dérape pour ne jamais retrouver le droit chemin. Si certains dialogues font mouche, d’autres sont plaqués dans la bouche de personnages secondaires qui ne semblent exister que pour meubler et nourrir les divers enjeux moraux et culturels. Le mariage entre la comédie romantique et la réflexion sur le concept d’amour à travers divers philosophes célèbres cités à coups d’exemples dans le cours de philosophie que donne la protagoniste se révèle vain.
Jamais cette bluette d’amour ne parvient à s’élever au-dessus d’une banale histoire de coup de foudre pour une femme à la croisée des chemins. Mais comme tout bon coup de foudre, le plaisir du visionnement est aussi éphémère et s’estompe le temps de le dire.

8 septembre 2023

★★★ | Irlande cahier bleu

★★★ | Irlande cahier bleu

Réalisation: Olivier Godin | Dans les salles du Québec le 8 septembre 2023
Présenté en première mondiale lors du récent Festival international de films Fantasia où il a remporté le prix décerné par l’AQCC pour le meilleur film de la section caméra Lucida, Irlande cahier bleu débarque sur nos écrans avec de bons échos. Ce nouvel essai du prolifique cinéaste indépendant québécois Olivier Godin est son dix-huitième films (son sixième long) depuis ses débuts en 2008. Bon an mal an, le Godin continue son exploration cinématographique avec le style distinctif qu’on lui connaît, et nous propose cette fois un conte surréaliste mettant en vedette les aventures d’un pompier poète et joueur de basket amateur (Emery Habwineza qui reprend ici son rôle de Ducarmel du film Il n’y a pas de faux métier) qui rêve de basket, de gloire et d’amour.
Tourné en 16mm avec un budget limité, Godin, à défaut de se réinventer, propose à nouveau un essai poético-drôle en forme de conte fantaisiste, avec une touche de surréalisme. On retrouve la verve de ses dialogues incongrus et farfelus, son sens de la poésie et son approche narrative non conventionnelle qui est non sans rappeler le cinéma de Quentin Dupieux, à une échelle beaucoup plus minimaliste bien évidemment.
Il y a beaucoup à aimer dans ce film, comme cette exploration de thèmes philosophiques et la recherche de façon insolite et hors du commun d’une quête existentielle, ainsi que cette manière libre et économe de filmer et monter son film. La présence de fidèles collaborateurs (Étienne Pilon et Ève Duranceau devant l’écran) et Renaud Desprès-Larose à la direction photo sont des plus-values à la méthode Godin. En revanche, il faut admettre que le film ne dépasse guère le stade de l’exercice de style, ludique certes et parfois brillant, mais qui peine toutefois à sortir de son enrobage et rouage créatif.

19 mai 2023

★★★ | Master Gardener (Les racines de la violence)

★★★ | Master Gardener (Les racines de la violence)

Réalisation: Paul Schrader | Dans les salles du Qubec le 19 mai 2023 (VVS Films)
Le scénariste et réalisateur américain Paul Schrader n’a pas besoin de présentation. Depuis près de cinquante ans d’une carrière élogieuse mais inégale, ce rebelle d’Hollywood semble a priori toujours revisiter ces deux thèmes réguliers: l’amour et la notion de pardon et de rachat. Avec Master Gardener, sa vingt-troisième réalisation, le scénariste de Taxi Driver raconte une histoire d’amour naissant en apparence simple mais qui bifurque vers une sombre histoire de passé trouble, chemin vers une rédemption impitoyable. Entamé par le sublime First Reformed (qui marquait un retour en grande forme après un passage à vide) en 2017 et suivi de The Card Counter en 2021, Master Gardener marque la fin d’une trilogie sur des personnages masculins marginaux à la conscience morale destructrice et prenant le chemin du pardon. C’est à nouveau sous la forme de la jeunesse (la nièce afro-américaine de sa patronne) que le chaos et les douleurs anciennes vont ressurgir pour ce personnage d’un jardinier expert en art floral, mais toujours tourmenté par les horreurs de son passé de néonazi. Sous cet éternel fardeau de la culpabilité (révélé par des rêves et flash-back), le protagoniste campé par Joel Edgerton (méconnaissable sous son faciès ressemblant étrangement à Conan O’Brien) est confronté à nouveau à ses propres démons.
On reconnaît la touche Schrader dans cette peinture de personnages marginaux moralement ambigus. Le racisme est au cœur de l’intrigue et sa nature controversée est à nouveau présentée avec la sécheresse et la cruauté propre à son cinéma, au détriment des préférences du public. Il se dégage de ce récit au rythme lent et délibéré une noirceur intrinsèque empreinte de mélancolie (présente également dans ses deux films nommés plus haut). À 76 ans, Schrader se dissocie peu à peu de son nihilisme antérieur et de ses êtres désespérés au bord de la désolation. Cette maturité émotionnelle est évidente, mais pas toujours crédible car l'incertitude de cette nouvelle romance improbable semble être le fruit de l’imagination de son auteur vers une lumière potentielle qui relève davantage du concept amoral que d’un ultime bonheur épanoui.

17 mars 2023

★★½ | Brother (33 tours)

★★½ | Brother (33 tours)

Réalisateur: Clement Virgo | Dans les salles du Québec le 17 mars 2023 (Entract Films)
Sixième long métrage du cinéaste canadien Clement Virgo (son premier depuis Poor Boy’s Game en 2007), Brother est une adaptation du roman éponyme de David Chariandy paru en 2017. Il s’agit d’un drame familial ambitieux dont le récit est morcelé en trois périodes différentes (des années 1980 au début des années 200) imbriquées dans une trame narrative où on passe de façon intermittente entre les périodes, selon les souvenirs de son protagoniste principal. Virgo relate essentiellement la relation entre deux frères très proches marqués par un drame. Le film fonctionne lorsqu’il se concentre sur ses deux thèmes principaux que sont le deuil et un amour familial inconditionnel. Il s’éparpille et perd beaucoup au change lorsqu’il parle de la naissance du hip-hop, de la maladie mentale, des structures sociales, de la violence policière et du racisme… tout cela sur fond de récit d’apprentissage à la rude, de naissance d’un premier amour et de retrouvailles. Ça fait beaucoup pour un film de deux heures qui n’évite pas non plus certains clichés et qui manque souvent de conviction.
L’œuvre privilégie le ressenti, mais elle qui sombre malheureusement dans les archétypes, aussi bien dans sa conceptualisation que dans sa démonstration. Et même si le récit a fait vibrer des résonances personnelles pour Vrigo qui lui aussi est né de parents caribéens avant de migrer au Canada à l’âge de onze ans, l’influence des premiers films de John Singleton (et son approche pédagogique) et Spike Lee (les liens filiaux et la description d’une communauté) est encore très présente dans le cheminement cinématographique du cinéaste.
Malgré ces nombreux bémols, Virgo a su tirer le maximum de sa distribution où se distingue Aaron Pierre, dans le rôle du grand frère, qui est sur le point de devenir une future grande vedette du cinéma.

9 février 2023

★★★ | Cette maison

★★★ | Cette maison

Réalisation: Miryam Charles | Dans les du salles du Québec le 10 février (La Distributrice de films)
Après plusieurs courts métrages primés, Miryam Charles passe au long avec Cette maison : un essai documentaire en forme de biographie imaginaire qui évoque le meurtre de sa cousine survenu en janvier 2008 (elle ne cherche pas tant à élucider le meurtre de sa cousine qu’à nous convier à une forme de voyage spirituel qui mêle fantasmagorie et symboles) ; un premier essai ample et non linéaire sur le deuil, le sentiment d’appartenance où la cinéaste se questionne sur ses propres racines haïtiennes et sur son déracinement ; un essai docu-fictif où l’on voit la cousine, mort jeune, qui mène une existence imaginaire fictive et alternative des années plus tard ; un film sur la perte et le deuil dont l’espoir fait vivre.
La jeune cinéaste ne lésine pas sur ses ambitions dans son premier long. En mêlant le documentaire, la fiction, l’imaginaire et un univers romanesque, elle nous livre un film qui apparaît un peu chargé par endroits malgré sa relative courte durée (75 minutes). Ainsi en abordant de nombreux sujets qui lui tiennent à cœur et en les intégrant dans un seul et même film, la cinéaste nous y fait perdre au change… surtout lorsqu’elle fait allusion à la politique, au référendum de 1995 et au sentiment d’appartenance pour son pays d’origine. En revanche, elle se montre beaucoup plus convaincante quand elle rend hommage à la mère de sa cousine. Au niveau formel, avec ses images granuleuses tournées en 16 mm, son univers apparaît parfois comme un magnifique poème visuel à la fois cryptique et onirique. Mais le film de Miryam Charles aurait probablement gagné à moins jouer sur les limites spatiales proposées et à moins chercher à souligner les élucubrations de ses symboles et allégories, car souvent une image vaut mille mots.

2 décembre 2022

★★★½ | Petite nature

★★★½ | Petite nature


Huit ans après Party Girl (réalisé conjointement avec Marie Amachoukeli et Claire Burger), Samuel Theis retourne dans sa Lorraine natale pour son premier film en solo avec Petite nature. Présenté en séance spéciale à la 60e semaine de la Critique à Cannes en 2021, ce drame d’apprentissage est une plongée bouleversante dans le monde de l’enfance. La caméra suit à hauteur d’enfant le parcours initiatique de Johnny, un jeune garçon de 10 ans très androgyne aux cheveux longs blonds et au regard d’ange qui, pour fuir à sa famille toxique, va se lier d’amitié avec son nouvel enseignant auprès de qui il se sent plus à l’aise et mieux compris. Avec intelligence et sensibilité, le réalisateur s’inspire de sa propre expérience et propose un parcours en forme de lutte personnelle et émotionnelle de ce jeune protagoniste en quête d’identité sociale et sexuelle.
Dans le rôle de Johnny, le jeune Aliocha Reinert crève l’écran avec son mélange de fragilité et de pulsions de rage qui éclate par à-coups (mémorable lors de la scène d’un dîner familial). Malgré quelques petites longueurs et certaines scènes répétitives, ce qui démarque Petite nature des autres drames sociaux familiaux plus manichéens des récentes années (Un monde) est cette manière de dépeindre la transcendance que cet enfant trouve dans de nombreux aspects qui peuvent sembler superflus aux yeux des adultes. C’est par son processus d’apprentissage qu’il traverse les difficultés reliées à la banlieue, à la pauvreté et à une famille dysfonctionnelle. Le film évite habilement les pièges du misérabilisme et se concentre sur l’origine de sa passion et de son désir pour un professeur attentif, qui coïncide avec le moment le plus douloureux de sa vie. C’est dans cette distinction entre la réalité et le désir que le film trouve son équilibre, que le jeune Johnny arrive à un point de convergence et que le drame grandit sous nos yeux.

3 novembre 2022

★★★★ | Armageddon Time (Le Temps de l'Armageddon)

★★★★ | Armageddon Time (Le Temps de l'Armageddon)

Réalisation: James Gray | Dans les salles du Québec le 4 novembre 2022 (Focus Features)
On connaît la place prépondérante qu’occupe la famille dans le cinéma de James Gray. Pour son huitième long-métrage, le réalisateur de We Own the Night se replonge dans son enfance avec Armageddon Time, drame très personnel à saveur autobiographique. Le film se déroule dans le Queens à New York en 1980, où le cinéaste a grandi. La trame narrative suit le parcours d’un jeune garçon de 12 ans dont l’avenir prend une tournure morose et inattendue qui coïncide étrangement avec la campagne présidentielle de Ronald Reagan et la transformation du rêve américain en cauchemar.
Avec ce récit d’apprentissage, Gray évite les pièges de la nostalgie en optant pour un ton mélancolique, didactique et sombre où le thème de la désillusion se trouve au cœur du propos. À travers une histoire en apparence simple, Gray se concentre d'abord sur les relations familiales, puis sur la relation d'amitié entre deux garçons.
Cette chronique aux ramifications complexes nous montrent des situations familières faussement banales — les scènes de repas chaotiques — où les attitudes peuvent changer au fil du temps, impliquant une meilleure compréhension. Cette dernière se manifeste aussi dans l’éducation scolaire avec cette opposition entre l’école publique et l’enseignement privé capitaliste financé par nul autre que Fred Trump, père de Donald.
À travers son savoir-faire ludique habituel et sa qualité d’interprétation (Anthony Hopkins et Jeremy Strong, excellents), Gray propose une chronique douce-amère qui se transforme petit à petit en une profonde méditation sur l’Amérique du début des années 1980. Une œuvre mélancolique où il nous fait part de l’importance de comprendre le passé familial, d’y réfléchir et de le transmettre à nos enfants, car au bout du compte, on finit tous par en sortir un peu. Et pour Gray, le cinéma est le plus beau moyen d’y parvenir.

20 octobre 2022

★★★★ | Décision de partir / Decision to Leave (헤어질 결심)

★★★★ | Décision de partir / Decision to Leave (헤어질 결심)

Réalisation : Park Chan-wook| Dans les salles du Québec le 21 octobre 2022 (Métropole)
Depuis sa célèbre trilogie sur le thème de la vengeance au début du siècle, chaque nouveau film de Park Chan-wook constitue une forme d’événement pour les cinéphiles. Récompensé par le prix de la mise en scène à Cannes en mai dernier, Décision de partir arrive six ans après son sulfureux et excellent thriller érotico-historique Mademoiselle. Changeant à nouveau de registre, ce suspense à énigme policière est une occasion pour le réalisateur de Oldboy de s’illustrer avec une mise en scène d’une rare précision où le travail phénoménal de la caméra donne le ton à chaque scène. Avec ce jeu de miroirs et de réflexions où les mouvements de caméra révèlent une piste bien cachée, le Sud-coréen s’amuse avec ce (faux) polar sentimental à mélanger les genres et à changer de tonalité en faisant basculer son intrigue principale dans une atmosphère immersive et mystérieuse. La relation d’amour platonique qui se tisse entre le policier marié et philanthrope et la jeune veuve suspecte emboîte le pas sur l'intrigue policière et la fait chavirer vers un drame intrigant et passionnant où le désir et la persécution se côtoient à merveille. Les scènes d’exposition plus lentes du départ se succèdent à un rythme plus rapide alors que l'ambiance recherchée reste constante et ne perd pas de son pouvoir hypnotique jusqu’au dénouement final.
S’il se montre moins intense ou violent que par le passé, Park troque la violence choquante de ses premiers films vers un condensé plus romancé et lyrique. La structure de l'intrigue, les soupçons et l'inversion choquante des hypothèses au dernier moment forment le grillage sur lequel Park plante les fleurs de son imagination. S’ensuivent diverses sous-intrigues secondaires plus ou moins délirantes ou alambiquées qui conduisent à des poursuites, d’inévitables coups de théâtre et où l’humour trouve sa place sous forme de slapstick déroutant (l’hilarante scène du vol de tortues dangereuses).
Ainsi, malgré sa durée un peu longue, Décision de partir offre une véritable leçon de mise en scène avec cet habile et brillant thriller hitchcockien qui s’impose à la fois comme une œuvre fataliste éthérée et férocement mélancolique.

16 septembre 2022

★★★½ | Incroyable mais vrai

★★★½ | Incroyable mais vrai

Réalisateur: Quentin Dupieux | Le16 septembre 2022 en exclusivité québécoise au Cinéma public
Après Mandibules et en attendant Fumer fait tousser, le prolifique artiste multidisciplinaire Quentin Dupieux continue d’alterner entre la musique électronique (sous le pseudonyme Mr. Oizo) et le cinéma avec des films aussi originaux que singuliers. Des films qui baignent dans un univers surréaliste à l’humour aussi cocasse que décalé. C’est le cas de Incroyable mais vrai qui s’inscrit parfaitement dans cette lignée où Dupieux s’amuse encore à nous surprendre et arrive à se renouveler sans se répéter. À partir d’un canevas assez simple mais hilarant — un couple décide d’investir dans une maison où un conduit vient littéralement bouleverser leur mode de vie et leur espace-temps — , Dupieux joue avec la notion de voyage dans le temps. A priori nonsensique, le canevas de départ prend tout son sens dans une deuxième partie où une réflexion sur le vieillissement et le temps qui passe apparaît petit à petit. Un deuxième acte où le sérieux côtoie avec un bonheur égal une prémisse moins absurde qu’elle en a l’air et qui devient progressivement un drame bourgeois réfléchi.
Alors qu’il retrouve Alain Chabat huit ans après Réalité, la révélation du film est la présence hilarante de Benoît Magimel — dans le rôle d’un ami féru de voitures et d’électronique — qui possède un don pour la comédie qu’on ne soupçonnait guère. On ne se lasse pas de ses nombreuses mésaventures en lien avec son nouveau pénis électronique ! Sans la touche magique de Dupieux, tout cela pourrait sombrer rapidement dans le nanar ridicule. Mais le cinéaste possède cette maîtrise de l’humour décalé et cette capacité à redresser son univers avant qu’il ne sombre dans le n’importe quoi grotesque. C’est grâce à cette volonté et ce vent de liberté autant dans la forme (les couleurs éclatées) que dans le fond qu’on est en présence d’un drame existentiel fantaisiste, un brin abracadabrant, mais empreint d’une profonde mélancolie. Comme quoi il faut bien s’amuser pour arriver à mieux réfléchir.

5 août 2022

★★¾ | Avec amour et acharnement

★★¾ | Avec amour et acharnement

Réalisation: Claire Denis | Dans les salles du Québec le 5 août 2022 (Cinéma du Parc)

Récompensé par l'Ours d'argent de la meilleure réalisatrice au Festival de Berlin de 2022, Avec amour et acharnement est la troisième collaboration entre la réalisatrice Claire Denis et la romancière et dramaturge française polémique Christine Angot. Après Voilà l’enchantement (court métrage de 2014) et Un beau soleil intérieur, ce nouveau long métrage est l’adaptation du roman Un tournant de la vie de Angot, en collaboration avec Denis. Il s’agit d’un drame sentimental à propos d’un couple, Jean et Sara, qui s’aime profondément (Vincent Lindon et Juliette Binoche, au sommet de leur art) jusqu’au jour où François (Grégoire Colin) l’ancien amant de Sara et ami de Jean refait surface dans leur vie.
Même s'il y a une volonté d'éviter certains clichés liés au sempiternel triangle amoureux en y ajoutant notamment une part de mystère par la présence de Grégoire Colin  acteur fétiche de la cinéaste  en séducteur mystérieux et toujours aussi énigmatique, on demeure pourtant en terrain connu et aucun des personnages s’avère attachant. Chacun se présentant tour à tour comme un bourreau ou une victime de telle sorte que la froideur qui se dégage annihile le sentiment d’attachement pour ces personnages. Les tirades où l’on aborde de façon excessive l’adultère, la possession et la jalousie maladive rendent un brin mal à l’aise et inconfortable avec notamment des dialogues littéraires à la limite du risible, qui sonnent parfois faux aux oreilles.
Si le scénario déçoit, il faut reconnaître le talent indéniable de Denis à la réalisation. Il y a chez elle cette habileté à montrer les corps avec une caméra les cadrant de très près et en les collant presque à l’action. Dans ses meilleurs films (Beau Travail, White Material), sa forme s’accorde harmonieusement et de manière perceptible à une économie de mots qui évoque la souffrance des personnages. Ici, on est dans le démonstratif où certes les acteurs brillent, mais où l’émotion reste en plan. Et c’est dommage, car la scène d’ouverture est une des plus belles de tout le cinéma de Denis.

22 juillet 2022

★ | Nope (Ben non)

★ | Nope (Ben non)

Réalisation : Jordan Peele | Dans les salles du Québec le 22 juillet 2022 (Sony)
Après deux gros succès publics (Get Out et Us), le surestimé Jordan Peele accouche de son projet le plus ambitieux à date avec Nope, son troisième long métrage. Un des projets au secret le mieux gardé jusqu’à ce jour, ce mélange d’horreur et de science-fiction se veut un blockbuster estival conceptuel. En s’inspirant notamment des deux chefs-d’œuvre de Spielberg des années 1970 (Jaws et Close Encounters of the Third Kind) mais aussi de l’univers marqué de certains films de M. Night Shyamalan (Signs et The Happening), Nope est tout sauf une réussite. On frôle la catastrophe tant l’exécution est si fade et trompeuse qu’on se ramasse rapidement devant un bordel confus et une œuvre profondément auto-indulgente.
C’est comme si Peele s’était assuré d’avoir le plein contrôle sur cette production plus luxueuse que ses précédentes mais qu’il s’était carrément perdu dans ses propres dédales, sa vision artistique n’ayant d’égal que son ego surdimensionné. Certes, il y a l’installation d’un climat mystérieux au départ, mais ensuite plus rien. Pire, l’intrigue fourmille d’idées plus confuses les unes que les autres s’emboîtant sous forme de chapitres qui ne font que meubler temporairement et retarder l’éventuel dernier acte plus mouvementé, mais peu captivant et aucunement énergique. De plus, les personnages campés par une bonne distribution sont fades et les liens qui se tissent entre eux sont artificiels et mal agencés. Même l’humour des précédents films de Peele est ici éphémère et tombe souvent à plat. Au final, malgré un emballage visuel assez soigné, on est confronté à un ovni singulier, mais totalement désarticulé. Un porte-à-faux désordonné, prétentieux et peu palpitant. Ne croyez pas au battage médiatique, et revoyez les classiques de Spielberg à la place... ne serait-ce que pour le plaisir de regarder une vraie superproduction aussi intelligente qu’excitante.

24 juin 2022

★★¼ | The Black Phone (Le téléphone noir)

★★¼ | The Black Phone (Le téléphone noir)

Réalisation : Scott Derrickson| Dans les salles du Québec le 24 juin 2022 (Universal)

Après un passage chez Marvel (Doctor Strange et ayant abandonné sa suite parue il y a quelques semaines pour divergences artistiques), le réalisateur Scott Derrickson (Sinister) renoue avec l’horreur et aux productions plus modestes de Blumhouse avec The Black Phone. Adapté d’une courte nouvelle de Joe Hill (le fils de Stephen King), ce suspense offre un mélange de surnaturel et d’horreur plus classique parfaitement calibré pour plaire aux admirateurs de film d’horreur moderne. À ce sujet, on y retrouve de la nostalgie (l’action se déroule à la fin des années 1970), une reconstitution historique simple mais réussie, de bons jeunes comédiens et un esprit de camaraderie similaire à celle de la populaire série Stranger Things.
En revanche, ce qu’il manque à ce huis clos est l’élément de surprise. Les morceaux de l’intrigue s’emboîtent de façon soignée mais mécanique et la tension meurt rapidement dans l’œuf. Aussitôt le huis clos installé, la répétition des événements qui s’ensuivent donne dans la redite avec effets chocs propres au genre, de telle sorte qu’on décroche même si le téléphone noir continue de sonner à maintes reprises. Le reste n’est que du menu fretin à une intrigue convenue piétinante et chiche en éléments de surprises. De plus, le montage alterné final qui renvoie à un classique du genre et utilisé à maintes reprises dans des œuvres beaucoup moins réussies que son modèle de base (comme celle-ci), ne fait qu’infirmer le manque d’originalité des créateurs. Au final, malgré les qualités techniques et une trame sonore très atmosphérique à la Tangerine Dream du Canadien Mark Korven (The Lighthouse), on est loin d’un futur classique du genre qui passera à l’histoire.

3 juin 2022

★★★½ | Crimes of the Future (Les crimes du futur)

★★★½ | Crimes of the Future (Les crimes du futur)

Réalisation: David Cronenberg | Dans les salles du Québec le 3 juin 2022 (MK2 - Mile End)
Huit ans après Maps to the Stars, le plus célèbre des réalisateurs canadiens contemporains sort de sa «retraite» et livre avec Crimes of the Future un film phare qui lui permet de revisiter ses nombreux thèmes de prédilections, dont celui du corps en constante mutation et évolution ainsi que la sexualité déviante qui en découle. Malgré son titre homonyme et un décor rétro futuriste, cette nouvelle incursion dans le futur n’a pratiquement rien à voir avec un des premiers films du cinéaste tourné en 1970, et c’est tant mieux puisque ce premier essai brouillon était loin d’être convaincant. Les admirateurs du réalisateur seront enjoués et se plairont à décortiquer cette nouvelle incursion dans le monde du body horror où on peut s’amuser à faire un parallèle avec de nombreuses œuvres antérieures. Et par extension, Crimes of the Future se laisse voir comme une excroissance transhumaniste de Videodrome alors qu’ici la télévision et le cinéma sont remplacés par l’art contemporain. Le né pour une nouvelle chair devient ainsi le corps est une réalité et la chirurgie est la nouvelle sexualité.
Tourné à Athènes dans des décors naturels et industriels qui évoquent un monde en pleine décrépitude, l’action de Crimes of the Future se déroule dans un futur rapproché et fourmille d'idées et réflexions sur notre société actuelle. Une vision amère et apocalyptique où l’humain cherche par extension à assouvir sa sexualité et où le corps, en constante évolution imprévisible dépasse les capacités intellectuelles et les intentions de l’humain. À l’aube d’être octogénaire, Cronenberg démontre à nouveau qu’il n’a pas perdu de sa superbe et est encore capable de mettre en scène des images qui provoquent un certain inconfort chez le spectateur. Moins rythmé et plus bavard et théorique, on retrouve derrière ce constat sur l’évolution humaine une fragilité palpable qui empêche le film de sombrer dans une froideur impénétrable. Cette horreur intérieure est incarnée à merveille à l’écran par l’acteur fétiche de Cronenberg et son double imagé Viggo Mortensen. Ce dernier est parfait en artiste conceptuel maladif cherchant à conserver une parcelle d’humanité et préserver son intégrité tout en poussant son art dans les plus grands replis de la chair.

4 mars 2022

★★¼ | Un monde

★★¼ | Un monde

Réalisation: Laura Wandel | Dans les salles du Québec le 4 mars 2022 (Maison 4;3)
Sur le papier, ce premier long métrage de la réalisatrice Belge Laura Wandel propose un pitch des plus prometteurs : une incursion à hauteur d’enfant dans le monde du harcèlement et de l’intimidation dans le milieu scolaire. En cadrant sa caméra sur la jeune Nora et à sa hauteur, la réalisatrice y va d’un procédé cinématographique qui tourne rapidement au parti pris esthétique. Ainsi pour isoler du monde sa jeune héroïne, elle la suit pas à pas tandis que le reste de l’environnement qui l’entoure est majoritairement flouté. Certains vont devenir plus clairs selon le degré d’implication et d’importance aux yeux de la petite Nora, d’autres vont rester dans l’ombre pendant toute la durée du film. S’ensuit une série de scènes répétitives qui, au lieu d’ajouter une réelle dimension psychologique au propos, ne font que le desservir en raison de la vision de la cinéaste qui fait basculer Un monde vers le film à thèse.
Certes, la jeune Maya Vanderbeque est criante de vérité et les dispositifs stylistiques et dramatiques employés par la réalisatrice (gros plans, ambiance sonore) confèrent au film un style proche du documentaire immersif. En revanche, on a l’impression de regarder un long court métrage qui manque de contrepoids dans son propos appuyé. Il ne suffit pas de pointer du doigt des problèmes actuels et de se positionner à hauteur d’enfant pour qu’on en comprenne pour autant les enjeux.
Au final, Nora a besoin de tendresse et d’un câlin pour faire face à un monde cruel auquel elle est confrontée tous les jours. Voilà la seule solution proposée par la cinéaste au bout de ces 72 très longues minutes.

16 janvier 2022

★★★¼ | The Tragedy of Macbeth

★★★¼ | The Tragedy of Macbeth

Réalisation: Joel Coen | En VOD au Québec depuis le 14 janvier 2022 (AppleTV)

Pour son premier film sans son frère Ethan après plus de 35 ans de carrière, Joel Coen s’est tourné vers Shakespeare avec cette énième adaptation au cinéma de sa célèbre tragédie de Macbeth. Tournée entièrement sur scène avec une économie de décor (construit spécialement pour le film), cette nouvelle adaptation constitue un défi que remplit honorablement le cinéaste. (Précisons que seul le dernier plan du film a été tourné à l’extérieur.)
En utilisant un format standard (d’un rapport de 1,37:1), Coen ajoute une dimension claustrophobe aux événements qui se jouent à l’écran. Fidèle au texte et à la langue de Shakespeare, et ne cherchant pas à la moderniser, le film s’appuie sur ses formes et ses choix esthétiques. Très dépouillée, jusqu’à l’épure, la mise en scène renvoie essentiellement à l’esthétique du cinéma expressionniste allemand tout en truffant le tout de nombreuses références autant à a peinture qu’au cinéma d’antan (Dreyer et Hitchcock notamment). Avec son jeu d’ombre marqué, la magnifique photo en noir et blanc de Bruno Delbonnel occupe une place essentielle et ses nombreux contrastes ajoutent une dimension cauchemardesque et brumeuse à la pièce d’origine. Nous sommes donc bel et bien dans un univers filmique par opposition à la notion du théâtre filmé. D’un point de vue purement esthétique, le film est irréprochable, tout comme l’interprétation d’ailleurs : Denzel Washington et Frances MacDormand forment un beau couple vieillissant de antihéros tragiques.
En revanche, on sent parfois l’artifice derrière la mise en scène et malgré la progression dramatique et les enjeux palpables qui se déroulent à l’écran, un certain ennui s’installe. Contrairement aux adaptations passées de Kurosawa et de Polanski, cette nouvelle vision peine à aller au-delà de la virtuosité et à outrepasser le pur exercice de style, et cela malgré le dernier plan (mémorable) du film.

3 décembre 2021

★★★★ | La main de Dieu / The Hand of God (È stata la mano di Dio)

★★★★ | La main de Dieu / The Hand of God (È stata la mano di Dio)

Réalisation: Paolo Sorrentino | Dans les salles du Québec le 3 décembre 2021 | En VOD le 15 décembre (Netflix)

Après des incursions récentes dans le monde des séries et les épopées vaticanes et politiques (The New Pope, Loro et The Young Pope), le cinéaste italien Paolo Sorrentino revient au cinéma dans tous les sens du terme et dans sa Naples natale avec La Main de Dieu. Récompensé par le Grand prix du jury de la Mostra de Venise plus tôt cette année, ce film à saveur autobiographique nous plonge dans la ville de Naples en 1984 alors que le destin d’un adolescent mal dans sa peau va basculer à jamais.
Avec ce huitième long métrage, le réalisateur de La grande beauté réalise son film le plus personnel et ambitieux à ce jour, une œuvre à la fois intimiste et grandiose où se mêlent la famille, le cinéma et le sport. La venue du légendaire joueur de foot Diego Maradona y constitue le pivot de ce drame sur le passage à l’âge adulte à la rude…où le rêve est éclipsé par des événements dramatiques avant l’inévitable quête de sens et la découverte de sa propre identité.
Sous l’apparence d’un récit fourre-tout et anecdotique, le cinéaste joue habilement avec les émotions et fait preuve d’une grande chaleur humaine. Il touche au sacré et au profane de façon habile, les deux éléments alimentant les pensées et les sentiments d’un adolescent pubère et imaginatif (l’excellent nouveau venu Filippo Scotti, dont l’émotion passe d’abord par son regard sur ce qui l’entoure). Grand admirateur de Fellini depuis toujours, Sorrentino raconte ainsi ses souvenirs d’enfance comme un conte magico-réaliste peuplé de personnages colorés, où le réel et l’imaginaire se chevauchent dans un esprit subversif. Avec sa mise en scène détaillée aux allures pittoresques et ses images somptueuses et nocturnes, Sorrentino signe un grand film nostalgique rempli d’une douceur ironique qui, en quelque sorte, est son Amarcord à lui.
À voir absolument sur grand écran avant qu’il ne débarque sur Netflix le 15 décembre.