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3 mai 2024

★★ | Occupied City (Une ville occupée)

★★ | Occupied City (Une ville occupée)

Réalisation : Steve McQueen | Dans les salles du Québec le 3 mai 2024 (Enchanté Films)
Le problème lorsque l’on voit deux films en un, c’est que parfois, on a le sentiment que chaque film aurait été meilleur que la fusion des deux. Le premier film qu’aurait pu faire Steve McQueen avec Occupied City est un film documentaire de 4h30, sans commentaires, proposant des images d’Amsterdam pendant la COVID. Peut-être même que ce film aurait été fascinant, presque hypnotique, incitant parfois à l’introspection, parfois à la curiosité; nous questionnant sur notre rapport aux autres, à l’importance d’être ensemble. Mais n’insistons pas. Ce film n’existe pas. Il ne constitue que la bande image de Occupied City.
La bande son, elle, compose ce second film imaginaire. Ou peut-être aurait-elle pu former des épisodes d’un podcast de 4h30 consacré à la seconde guerre mondiale, et plus spécifiquement à des dizaines d’histoires consacrées à des personnes pourchassées pendant la seconde guerre mondiale et persécutées par le régime nazi. Adapté d’un livre de Bianca Stigter (l’épouse de McQueen), cette bande son est fascinante grâce à la voix de Melanie Hyams, mais aussi (et surtout) grâce au choix fait de parler de l’histoire sous l’angle de l’individu, pour redonner vie à toutes ces histoires individuelles qui formèrent un drame collectif.
Malheureusement, en fusionnant ce son et ces images, Steve McQueen nous propose un résultat parfois maladroit (l’un fait de l’ombre à l’autre, à moins que ça ne soit l’inverse), parfois carrément abjecte. (Non monsieur McQueen, la privation de liberté n’est pas la même quand on parle de mesure anti COVID et de Shoah, et les policiers qui font respecter les dites mesures n’ont rien de nazi, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la superposition de certains commentaires à certaines images.)
Alors comme nous le disions, certaines images méritent d’être vues, le texte du film est passionnant et essentiel, car il redonne de l’humanité à ces individus que les nazis ont tenté de déshumaniser… Mais pour apprécier pleinement Occupied City, il serait préférable de le visionner en deux fois, soit un total de 9 heures (et oui !). La première fois avec des bouchons d’oreilles pour se concentrer sur les images, et la seconde fois avec un bandeau sur les yeux pour se concentrer sur la bande son. 

11 avril 2024

★★¾ | The Old Oak (The Old Oak: Notre pub)

★★¾ | The Old Oak (The Old Oak: Notre pub)

Réalisateur: Ken Loach) | Dans les salles du Québec le 12 avril 2024 (TVA-Films)
Fort d’une carrière plus qu’enviable s’échelonnant sur soixante années, Ken Loach est le cinéaste par excellence de l’indignation et de l’engagement social. S’il faut en croire la rumeur, The Old Oak serait son dernier film. C’est également, malheureusement, un de ses plus faibles.
On retrouve pourtant tout ce qui a fait le charme de son cinéma. Le scénario de son éternel complice Paul Laverty s’articule à nouveau autour d’un combat manichéen entre David et Goliath. Le propriétaire d’un pub qui est menacé de fermer prend le parti des réfugiés syriens, au grand dam d’une communauté raciste et récalcitrante. En tendant la main vers l’Autre, en lui parlant et en l’écoutant, on finit par se rendre compte qu’il nous ressemble comme deux gouttes d’eau…
Ces beaux messages empreints d’espoir sont nécessaires dans un monde de plus en plus sombre et cruel. C’est la manière d’articuler le récit qui fait sourciller. Au début, notre héros ne veut pas trop s’impliquer auprès de ces étrangers. Il les tolère, tout au plus. Mais lorsqu’il perd son principal lien affectif sur terre, que son chien meure tragiquement, il décide de se porter à la défense des nouveaux venus. C’est cette façon de mettre sur un pied d’égalité la vie d’un animal et la souffrance d’un être humain qui offusque au plus haut point, surtout de la part de Loach.
Pour le reste, le long métrage demeure en terrain connu, arpentant pratiquement les mêmes chemins balisés que ses précédents Sorry We Missed You et I, Daniel Blake. La mise en scène démonstrative et le ton moralisateur sont au service d’excellents interprètes, où se démarque particulièrement Dave Turner dans le rôle principal et Ebla Mari en photographe syrienne. Ce sont eux qui portent le film et véhiculent l’émotion. Jusqu’à ce trop-plein qui explose à la fin, qui sera bouleversante ou ridicule selon sa sensibilité.
Ken Loach s’avère plus sentimental que jamais avec The Old Oak, concluant une immense carrière avec un récit naïf et appuyé qui rappelle la nécessité d’être solidaire. Encore là, impossible d’aller contre la vertu. C’est juste que le réalisateur anglais nous avait habitués à beaucoup mieux.

19 janvier 2024

★★★ | The Zone of Interest  (La Zone d'intérêt)

★★★ | The Zone of Interest (La Zone d'intérêt)

Réalisation: Jonathan Glazer | Dans les salles du Québec le 18 janvier 2024 (Entract Films)
Le très attendu Zone of Interest, le dernier film de Jonathan Glazer, a fait l’objet de nombreuses discussions depuis sa première à Cannes et nous arrive avec une forte réputation de Palme d'or bis (de surcroît justifiée par l'obtention du Grand Prix). Le film suit la famille Höss, dont le père commande le camp d’Auschwitz et dont la mère est une maîtresse de maison modèle (maison située à proximité du camp). Glazer adopte une approche unique en se concentrant sur ce qui se passe en dehors du camp, évitant ainsi de montrer directement les horreurs commises à l’intérieur. C’est en adoptant ce point de vue qu’il choisit de traiter deux sujets : la négation et la banalité du mal.
Lorsque Glazer s’intéresse à l’épouse, dont la seule préoccupation est de s’occuper de son logis, le regard du cinéaste est en phase avec ce qu’il veut démontrer : le fait de ne pas voir permet de nier. Cependant, il est difficile d’ignorer ce qui se passe de l’autre côté du mur du camp, en raison des divers éléments que Glazer rappelle continuellement : bruits divers (cris, coups de feu, etc.), éléments visuels lointains mais impossibles à ignorer (fumée, miradors, etc.) mais également souvenirs directs des disparus (chaussures, vêtements ou dents en or qui sortent du camp pour être redistribués). En phase avec la logique du hors-champs mise en avant par Glazer, la démonstration tourne pourtant vite un peu à vide, comme si le cinéaste avait tout dit en 30 minutes et ne parvenait plus, par la suite, à transcender son concept.
Le second sujet, celui de la banalité du mal, est porté par le commandant du camp. Dans une scène parfaitement maîtrisée, Glazer nous dévoile toute la logique de cette banalité, lorsque Höss discute des aménagements qu’il pourrait apporter à l’usine d’incinération pour en augmenter la productivité. Les corps sont alors verbalement réduits à l’état de chargement, et l’augmentation de la capacité d’incinération fait totalement oublier l’horreur qui prend place à proximité des participants à cette réunion qui ressemble à n’importe quelle réunion de productivité de n’importe quelle usine. Cependant, on peut se demander pourquoi le second sujet nécessite la même logique de hors-champs / hors camp. N'est-ce pas uniquement par volonté de la part de Glazer de persister dans une direction artistique dont la justification théorique s’affaiblit pourtant au fur et à mesure du film?
Certes, Glazer montre la médiocrité de ces gens qui ne pensent qu’à réussir, c'est à dire à produire et plaire à sa hiérarchie pour l’un, et à s’occuper de la maison pour l’autre. Ceci ne nous apporte rien d’autre que nous n’imaginions déjà. Du haut de sa froide démonstration conceptuelle, le cinéaste ne dérange pas, ne fait pas douter, ne déstabilise pas, tout simplement car cette démonstration ressemble plus à une fausse bonne idée qu’à un réel point de vue. (Et là, forcement, on pense au Fils de Saul.)
Malgré ses ambitions, Zone of Interest ne parvient pas à dépasser les limites de son concept. Il reste néanmoins une œuvre d’un cinéaste dont le talent ne fait aucun doute, mais également un film qui soulève des questions importantes sur la nature humaine et la capacité de l’homme à nier l’horreur qui l’entoure. C'est déjà ça, mais de la part de l'auteur du sublime Under the Skin, nous étions en droit d'attendre beaucoup mieux.

21 juillet 2023

★★★¼ | Oppenheimer

★★★¼ | Oppenheimer

Réalisation: Christopher Nolan | Dans les salles du Québec le 21 juillet 2023 (Universal)
Quelques années après Tenet, qui nous plongeait dans un grand n’importe quoi avec un immense talent, Christopher Nolan nous entraîne maintenant dans un épisode de notre histoire, mais également dans son film le plus bavard, aux côtés de l’inventeur de la bombe atomique. Cela lui permet d’aborder de manière frontale bon nombre de sujets passionnants. Parmi eux, celui qui occupe la première partie du film est principalement l’obsession scientifique qui pousse à résoudre un problème qui devient plus importante que les conséquences de la résolution dudit problème. S’ensuit alors, après deux heures, un des moments les plus marquants de l’œuvre de Nolan. On y voit Oppenheimer confronté aux conséquences de sa réussite scientifique, seul face à une foule en délire, mais incapable d’en partager la ferveur, enfin conscient du caractère destructeur de son exploit. La suite, composée d’un mélange de culpabilité, de convoitises et de scènes de procès vient compléter le tout. Le talent du cinéaste permet à l’ensemble d’être passionnant et parfois impressionnant. Il est toutefois regrettable que Nolan se laisse prendre à son propre jeu en abusant de certains de ces effets préférés, qui ne semblent pas toujours ici à leur place. Parmi les plus préjudiciables, notons les effets sonores pas toujours maîtrisés (dans le genre, Nolan était clairement plus à l’aise avec Dunkirk) et la structure du récit qui aurait probablement gagné à être plus sobre, et donc un peu plus linéaire (nous ne sommes pas dans Tenet, et la partie de ping-pong temporelle n’est pas toujours pertinente).
Donc, beaucoup de talent (on le savait), parfois un peu trop envie d’en faire l’étalage (on le savait aussi), mais le sujet passionnant finit par prendre le dessus sur la tendance de Nolan à se prendre les pieds dans un excès d’ambition. Par contre, pour ce qui est du constat et de ce que l’avenir peut nous réserver, il faut avouer que le délire Kubricko-Folamourien avait au final plus de force. Comme quoi la farce est parfois plus glaçante que la prétention.

8 avril 2022

★★★¾ | Cow

★★★¾ | Cow

Réalisation: Andrea Arnold | Dans les salles du Québec le 8 avril 2022 (Cinéma du Parc)

Andrea Anold, réalisatrice notamment de Fish Tank et de American Honey, nous revient avec un documentaire qui délaisse l’adolescence au profit du monde animal. Cow met la vache au cœur de sa démarche. Peut-être devrions nous d’ailleurs plutôt dire : avec Cow, Andrea Arnold met sa caméra au cœur du troupeau. Elle y suit en effet une vache laitière (à l'exception d'une petite parenthèse avec un de ses veaux jusqu’à son départ de la ferme qui l’a vu naître), en restant toujours au plus près d’elle. Cette expérience hautement immersive, presque sans paroles (à l’exception des rares échanges des fermiers), nous fait vivre des bribes de vie d’une vache laitière pendant 94 minutes, de l’accouplement à la traite quotidienne, en passant par l’arrachement des petits et de rares moments de repos au champ (dont nous retiendrons un regard vers le ciel aux allures de méditation bovine particulièrement troublante). La force de Arnold est de nous montrer sans trop chercher à diriger notre regard. Ainsi, contrairement à Gunda (pour lequel j’ai plus de réserve que mon collègue, lire sa critique), Cow n’est pas une manipulation déguisée en expérience visuelle. Chez Armold, les images sont simples, jamais esthétisantes… et surtout, elle essaie de ne pas sombrer dans la facilité anthropomorphique (même si elle n’y parvient pas toujours totalement, ce qui est probablement la petite faiblesse du film). Elle se contente d’être au milieu des vaches, aux côtés de son sujet d’étude, avec la distance qui convient. Le trouble vient donc de notre observation de cette réalité plus que d’un message imposé, ce qui en augmente la force.
Ce sentiment trouve son apogée à la fin. Nous ne la raconterons pas, même si l’issue d’un animal de ferme est souvent la même pour une grande majorité. Pourtant ici, la fin de vie de la vache n’est pas celle qu’on anticipe. Une fin certes éprouvante pour le spectateur mais presque belle pour elle, très éloignée de celle de ses congénères qui connaîtront le stress de l’abattage à la chaîne. C’est la force du film : nous laisser comprendre la dureté des conditions d’élevage sans nous montrer le pire. Arnold n’impose pas un brûlot vegan simpliste, mais choisit de nous montrer juste ce qu’il faut pour nous donner envie de nous interroger sur notre rapport au monde animal. 

5 novembre 2021

★★★½ | Spencer

★★★½ | Spencer

Réalisation: Pablo Larraín | Dans les salles du Québec le 5 novembre 2021 (Entract Films)

Cinq ans après Jackie, portrait poignant de Jacqueline Kennedy interprétée par Natalie Portman, Pablo Larraín présente Spencer, un nouveau drame biographique visant à représenter une femme emblématique et à l'élever du rôle de simple épouse d'un homme d'État (cette fois, Lady Diana, personnifiée par Kristen Stewart). Si certains craignent la redite, le réalisateur précise d’emblée au générique d’ouverture qu’il s’agit d’un conte de fées tiré d’une véritable tragédie. Un conte au parfum intériorisé débordant même vers le cinéma fantastique, qui se détache volontairement de la réalité et qui le distingue de la facture plus réaliste de Jackie. Deux perspectives diamétralement opposées pour des histoires complétement différentes malgré certaines similitudes dans l’essence du propos : une histoire douloureuse d’amour et de perte, mais également ce désir ardent de se réapproprier son identité, ce quise traduit également par des titres aux diminutifs affectueux.
En situant son action dans un espace clos et défini, Larraín propose un récit fragmenté comme de nombreux éclats alors que la vie de Lady Diana bascule à jamais en l’espace de trois jours tumultueux où elle sombre dans une forme de folie passagère qui l’amène à prendre la décision la plus importante de sa vie.
Kirsten Stewart  est parfaite pour exprimer le malaise et la fragilité de Diana. Accompagné par la musique oppressante de Johny Greenwood qui ajoute à l’atmosphère angoissante, Larraín joue habilement avec les attentes grâce à sa mise en scène audacieuse qui renvoie par moments à The Shining de Kubrick, avec cette immense et froide résidence aux nombreuses restrictions où les fantômes du passé rencontrent les frustrations d’aujourd’hui. On peut lui reprocher d’insister sur certains symboles ou parallèles (Anne Boleyn par exemple) mais il n’en demeure pas moins qu’il a réussi avec ce beau film à bien faire sentir l'angoisse insupportable d'une femme enfermée dans une cage dorée et son chemin intérieur qui l'a conduite à se libérer elle-même. Une angoisse accentuée par le magnétisme et l'expressivité de Kristen Stewart qui se reflète dans les scènes avec ses deux enfants, le véritable noyau émotionnel de ce projet original qui illustre bien ce contraste entre la rigidité de la maison royale et le progressisme de (Lady) Diana Spencer.

8 octobre 2021

★★★½ | No Time to Die (Mourir peut attendre)

★★★½ | No Time to Die (Mourir peut attendre)

Réalisation: Cary Joji Fukunaga | Dans les salles du Québec le 8 octobre 2021 (MGM)

Après le décevant Spectre sorti en 2015, Daniel Craig termine en beauté sa pentalogie sous les traits du célèbre agent 007 dans ce nouvel opus, le 25e de la franchise du personnage de fiction créé en 1953 par Ian Fleming et dont les exploits cinématographiques ont débuté il y a près 50 ans en 1962 avec Dr. No.
Sous la direction de Cary Joji Fukunaga (Beasts of No Nation), No Time to Die est un film plein de surprises qui ose s’aventurer dans des recoins personnels, dramatiques et sentimentaux. Avec l’assurance qu’on lui connaît, Craig incarne à nouveau un Bond fragile qui ne maîtrise pas toujours ses émotions. Un personnage souvent tourmenté, replié sur lui-même, qui se sent plus préoccupé par ses problèmes passés et personnels que par la lutte contre les ennemis du monde libre. À cet effet, sa relation avec le personnage de Léa Seydoux (qui incarne à nouveau la psychologue Madeleine déjà présente dans Spectre) prend une certaine ampleur et ajoute un arc émotionnel qui fonctionne à différents degrés et constitue un des points forts du film.
Autre aspect intéressant: l’atmosphère crépusculaire, accentuée par la lumière de Linus Sandgren (La La Land), présente tout au long du film, qui contribue à faire de ce dernier opus l’épisode le plus sombre à ce jour. Mais nous sommes tout de même dans un film de James Bond et qui dit James Bond dit film d’action. Le film regorge donc de fusillades et de poursuites pour la plupart filmées de façon relativement efficace, mais parfois redondante. D’une durée de 163 minutes  le plus long de la série  le film souffre aussi de quelques longueurs et d’un méchant peu mémorable (Rami Malek, peu inspiré, qui incarne un agent de guerre biologique menaçant le monde entier).
Malgré ces bémols, No Time to Die est un Bond de très bonne facture, un des meilleurs de la série, qui est surtout rehaussé par un dernier tiers fort en émotions qui nous en dit plus sur l'interchangeabilité que n'importe quel James Bond auparavant.

30 juillet 2021

★★★½ | The Green Knight (Le chevalier vert)

★★★½ | The Green Knight (Le chevalier vert)

Réalisateur: David Lowery | Dans les salles du Québec le 30 juillet 2021 (Entract Films)

Depuis le très beau Ain't Them Bodies Saints, David Lowery ne cesse de nous surprendre, tout en s’affirmant comme un des cinéastes les plus passionnants du cinéma américain actuel. Responsable d’un film de fantôme à mettre au sommet du panthéon du cinéma d’auteur américain de ces dernières années (A Ghost Story), d’un film Disney pour les enfants (mais pas que : Pete’s Dragon), d’un polar pour les aînés (mais pas que : The Old Man and the Gun), il explore cette fois l’univers de la Table ronde avec The Green Knight. Ce film de chevalerie, très lent et beaucoup plus auteurisant que grand public, est à classer parmi ses réussites. Modérons cependant d’emblée notre propos! Même si Lowery prend à nouveau plaisir à jouer avec la dilatation du temps, cette réussite n’est pas aussi exemplaire que dans A Ghost Story. Un démarrage un peu poussif nuit en effet à notre adhésion, et lorsque le voyage vers l’antre de ce mystérieux chevalier vert débute, le spectateur risque d’avoir un peu commencé à décrocher. Heureusement, notre chevalier prend son temps et les scènes s’étirent, ce qui nous permet rapidement de le rattraper. Comme Lowery maîtrise son art, on prend finalement un réel plaisir à le suivre. Il faut dire qu’une ambiance dont le cinéaste a le secret flotte en permanence et finit par nous fasciner. Comme son héros, nous sommes ballottés entre le vrai et le faux, les vivants et les fantômes, les leurres, les angoisses et les illusions. La musique envoûtante de Daniel Hart (un habitué du cinéma de Lowery) et la photos sombre et brumeuse de Andrew Droz Palermo (lui aussi fidèle collaborateur du cinéaste) font le reste.
La scène faussement finale, où tout s’accélère, qui représente l’antithèse de ce que nous avons vu jusque-là, nous subjugue probablement autant pour la rupture de rythme qu’elle représente que pour ces qualités intrinsèques… avant qu’une fin très différente nous rappelle que Lowery peut aussi boucler son film de manière très convenue. Certes, cela est dans l’esprit de ce récit arthurien, mais on peut aussi le voir comme une transition vers le prochain film du réalisateur, qui va bientôt mettre sa casquette de cinéaste grand public et Disney-compatible avec Peter Pan & Wendy, actuellement en post-production!
(Et du coup… on a très hâte de voir un Peter Pan! Décidemment, ce Lowery est capable de l’impossible!)

18 juin 2021

★★★ | Censor

★★★ | Censor

Réalisation : Prano Bailey-Bond | Dans les salles et en VOD au Québec à partir du 17 juin 2021 (Métropole Films)
Censor, premier film très prometteur de la réalisatrice galloise Prano Bailey-Bond, est un film d’horreur psychologique qui se penche sur le phénomène des video nasty, ces films d’horreur à petit budget diffusés en vidéo et qui faisaient se déchaîner les bien-pensants de tout poil dans la Grande-Bretagne thatchérienne des années quatre-vingt.
On l’aura compris, avec un tel point de départ, il y a beaucoup à dire et à filmer, ce que fait avec plaisir et talent Bailey-Bond. De l’arrière-plan politique à la réflexion sur la violence au cinéma (rôle de la censure, incidence sur les spectateurs), en passant par un hommage visuel aux films de l’époque, Bailey-Bond installe de nombreux sujets avec une certaine assurance. Malheureusement, après cette mise en place plutôt maîtrisée, le déploiement des enjeux dramatiques et la conclusion sont beaucoup moins convaincants. Prise entre le désir de psychologisation (le rapport entre la vie et les films, la résurgence d’un traumatisme passé) et celui d’assumer les excès visuels inhérents aux films qu’elle aime tant, la cinéaste peine à convaincre et finit par s’embourber un peu dans son envie de faire un cinéma aussi riche thématiquement que visuellement.
Le résultat reste toutefois suffisamment compétent pour être plaisant, malgré la tournure maladroite que prend le film. Surtout, comme nous l’affirmions plus haut, Censor est plein de promesses, et nous avons hâte de découvrir la prochaine œuvre de la réalisatrice, une fois passée cette (compréhensible) envie de vouloir mettre beaucoup (et surtout trop) dans un premier film.

19 mars 2021

★★★½ | The Father (Le père)

★★★½ | The Father (Le père)

Réalisation: Florian Zeller | Dans les salles du Québec le 19 mars 2021 (Entract)
Déjà adapté en film par Philippe Le Guay sous le titre Floride, la réputée pièce The Father reçoit un nouveau traitement cinématographique, cette fois par son propre auteur Florian Zeller.
Anthony Hopkins succède au regretté Jean Rochefort et il porte le long métrage sur ses épaules. En homme atteint de démence, le grand acteur livre une performance phénoménale, une de ses plus éclatantes en carrière. Il ne fait qu'un avec ce vieil homme perdu qui tente d'éclairer ce qui devient soudainement ténébreux et le comédien s'investit corps et âme, séance de claquettes comprise.
Afin d'exprimer son état psychologique, Zeller et son coscénariste Christopher Hampton multiplient les fines joutes verbales, superposant allègrement passé et présent comme pouvait le faire Harold Pinter. Le héros perdu ne veut pas quitter son appartement et ce lieu devient la métaphore de ses souvenirs et de ses perceptions. Face à ce qui lui arrive, le cinéphile devra toujours réévaluer ce qu'il voit et entend afin de séparer le vrai du faux, le réel de la chimère, l'hallucination du rêve et du cauchemar. Par exemple, des personnages sont campés par deux interprètes différents (bonjour l'hommage à Bunuel!), rappelant comment la mémoire est loin d'être infaillible.
Ce dispositif des plus intrigants a toutefois tendance à laisser le spectateur en retrait. Ce dernier sera ébahi par l'exercice intellectuel tout en gardant ses distances, ne s'impliquant que tardivement. La réalisation théâtrale peut expliquer ce sentiment, même si Zeller l'agrémente de trouvailles heureuses, utilisant notamment le champ-contrechamp afin d'isoler Hopkins dans sa solitude. Mais lorsque son personnage se trouve en état de détresse et que la musique de Ludovico Einaudi se déclenche, il est plutôt difficile de demeurer indifférent.
Impossible de prévoir le sort que lui accordera l'Académie, alors que The Father a reçu six nominations aux Oscars, dont celle du meilleur film. Hopkins a ses chances, évidemment, tout comme Olivia Colman qui s'avère extrêmement touchante en progéniture dépassée par les événements. Peut-être trop campée dans l'esbroufe cérébrale, l'œuvre ne fait pas toujours le poids face à la compétition, d’autant plus qu'elle arrive après le magistral Amour de Michael Haneke. Malgré tout, le premier long métrage de Florian Zeller se révèle plus que recommandable, seulement pour l'immense brio de sa tête d'affiche.

20 février 2021

★★¾ | I Care a Lot (Une action particulière)

★★¾ | I Care a Lot (Une action particulière)

Réalisation : J Blakeson | Disponible en VSD au Québec depuis le 19 février 2021
I Care a Lot, qui hésite constamment entre thriller et comédie noire, n'est pas passé loin d'être le petit film à voir bien au chaud dans le confort de son salon en attendant la prochaine (et probablement très provisoire) réouverture de nos salles de cinéma.
D’abord, le sujet n’est pas inintéressant. Certes, il s'agit d'une énième réflexion sur notre société qui nous oblige à choisir entre être loup ou mouton, mais le film de J Blakeson pousse certains éléments un peu plus loin que d'habitude. Non seulement les proies de la protagoniste sont des personnes âgées, donc particulièrement vulnérables, mais en plus, la manière dont le film introduit un parallèle entre l'entrepreneuse à succès et le mafieux est assez réussie. D'abord opposés en tout point, les deux personnages deviennent de plus en plus proches (ambitieux, ne renonçant jamais, plus forts après chaque nouvelle déconvenue, prêts à tout pour sauver ceux qu’ils aiment... et surtout, habités par une ambition hors norme et ne renonçant devant aucune opportunité). Seule une différence les sépare: l'un agit dans le secret de l'illégalité, alors que l'autre prend des allures d'exemple aux yeux d'un monde en quête aveugle et permanente de modèles de réussites. Autre point fort: Rosamund Pike, une nouvelle fois impeccable, parvient à apporter régulièrement des nuances à son personnage de manière impressionnante. Malheureusement, le reste ne suit pas. Non seulement le scenario est beaucoup plus simpliste que l'aurait exigé le sujet abordé, mais la mise en scène ne fait qu'accentuer cette faiblesse. Nous imaginons constamment ce que le film aurait pu être sous la direction d'un cinéaste de talent, mais devrons nous contenter d'un film paresseux, sans vrai cynisme, sans rythme et noyé par la musique redondante de Marc Canham.
Certes, les éléments positifs mentionnés plus haut suffiront à rendre le visionnement agréable. Mais cette critique prétendument acerbe sur l'ambition et la course au succès aurait mérité un meilleur sort. L'excellente prestation de Rosamund Pike, justement nommée aux prochains Golden Globes, également!

12 février 2021

★★★½ | Saint Maud

★★★½ | Saint Maud

Réalisation: Rose Glass | Disponible en VSD au Québec à partir du 12 février 2021 (Entract Films)
Le premier film de la britannique Rose Glass, précédé d’une réputation élogieuse, arrive sur les plateformes numériques québécoises, et il serait bien dommage de passer à côté.
Dès les premiers instants, nous suivons comme son ombre Maud, infirmière auprès d’une femme en fin de vie : ses gestes, les relations avec la malade dont elle s’occupe, mais aussi sa solitude et surtout sa certitude d’avoir enfin trouvé Dieu, après un passé difficile. Sur ce passé, Glass nous en dit le moins possible, seulement de quoi comprendre son sentiment de culpabilité, sa soif de rédemption, mais également son traumatisme qui semble l’élément déclencheur de sa chute. Car si Maud croit avoir trouvé Dieu, c’est en fait un trouble mental qui prend de plus en plus de place et qui finit par l’entraîner vers une folie de plus en plus envahissante. L’observation de cette dégradation, ou au contraire de ce faux sentiment d’ascension vers la plénitude (car plus Maud chute vers la folie, plus elle a le sentiment d’être l’envoyée de Dieu), est aussi impressionnant que glaçant. La réalisatrice, qui épouse parfaitement le point de vue de son héroïne, nous montre à l’écran ce que ressent Maud : le combat contre le Mal, son statut de bras armé du pouvoir divin, son sacrifice au service (et sous les yeux) de l’humanité reconnaissante. Logiquement, les derniers moments du film le font glisser vers l'horreur, de manière toujours pertinente, sans excès, avec la retenue relative que permet un tel personnage.
Épaulée par une superbe direction photo (sombre et volontairement terne) signée Ben Fordesman et par une interprétation subtile (même dans l’excès) de Morfydd Clark, Rose Glass nous offre avec Saint Maud un premier film remarquable, quelque part entre drame de la solitude (et/ou de la culpabilité) et fantastique horrifique. À ne pas manquer!

23 août 2019

★★ | The Death and Life of John F. Donovan (Ma vie avec John F. Donovan)

★★ | The Death and Life of John F. Donovan (Ma vie avec John F. Donovan)

Réalisation : Xavier Dolan | Dans les salles du Québec le 23 août 2019 (Séville)
Après un financement difficile, un tournage interminable, un processus de montage tout aussi pénible et un distributeur qui donne l’impression d’attendre très longtemps avant de se jeter à l'eau, The Death and Life of John F. Donovan arrive enfin sur nos écrans. Malheureusement, le miracle ne se produit pas et le visionnement confirme ce que l’on pouvait craindre: Donovan est le film le moins réussi de Xavier Dolan (et détrône donc Laurence Anyways). Il confirme surtout que lorsque Dolan (si impressionnant lorsqu’il s'intéresse aux relations interpersonnelles) cherche à raconter une histoire un peu trop ambitieuse, il se perd dans ses méandres et se laisse malencontreusement écarteler entre la nécessité de raconter et l’envie de déverser aux spectateurs un torrent d’émotions.
Le film commence de manière un peu tiède, comme si Dolan cherchait à calmer ses ardeurs (certes potentiellement agaçantes, mais particulièrement efficaces, comme dans Juste la fin du monde). Mais très vite, notre indulgence s’estompe: au-delà de certaines maladresses qui deviennent de plus en plus agaçantes (la palme revenant à une course folle d’un fils vers sa mère, au ralenti, sur fond de Stand by me, version Florence + The Machine), Dolan ne sait pas comment raconter son histoire: il se perd entre le présent et le passé, entre la star et son jeune admirateur, et surtout, nous inflige une rencontre entre l’admirateur (devenu jeune adulte) et une journaliste, dont le seul but semble être d’expliquer le reste du film, ce que l’on peut facilement interpréter comme une marque de mépris pour l’intelligence du spectateur!
Ce film, pourtant très personnel et très ambitieux, est indéniablement le ratage du cinéaste. Heureusement, ici ou là, quelques plans assez beaux, voire relativement émouvants viennent nous rappeler que Dolan a du talent. Mais 10 minutes de belles choses noyées dans 2 heures d’émotion mal contrôlée... c’est trop peu!

28 juin 2019

★★½ | Yesterday

★★½ | Yesterday

Réalisation : Danny Boyle | Dans les salles du Québec le 28 juin 2019 (Universal)
Un jour, tous les habitants de la planète se réveillent sans avoir aucune notion du groupe de musique The Beatles. Seule une personne, un jeune musicien anglais, se souvient de leurs chansons mythiques. Yesterday établit rapidement les bases de son récit: un musicien plus ou moins raté (Himesh Patel), un coup à la tête (un classique pour expliquer les incohérences qui vont suivre), une jeune et jolie demoiselle en détresse (Lily James) et la fascination pour la célébrité. La prémisse à elle seule est digne d’intérêt et fera naitre quelques situations cocasses. Toutefois, le scénario prévisible ne parvient pas à faire durer le plaisir très longtemps.
La mise en scène de Danny Boyle tente d’insuffler au film un rythme survolté au détriment du récit. Les qualités de la comédie de situation se perdent dans les effets de montage rapide. Les interprétations inspirées d’Himesh Patel et de Lily James arrivent cependant à garder notre intérêt (en dépit de l’apparence vieux jeu de leur romance). Rempli de bons sentiments et de discours sur la persévérance et des effets pervers de la célébrité, le film semble plus préoccupé à nous marteler son point de vue que de questionner ses propres problématiques. Le dernier tiers du film est d’ailleurs une occasion manquée de rétablir l’équilibre pour le personnage féminin qui semble venir d’une autre époque.
Malgré l’aspect convenu de son scénario et de sa finale des plus décevantes, Yesterday est une porte d’entrée intéressante afin de découvrir (ou de redécouvrir) l’incroyable répertoire musical des Beatles.

30 mai 2019

★★★½  | Peterloo

★★★½ | Peterloo

Réalisé par Mike Leigh | Dans les salles du Québec le 31 mai 2019 (Métropole)
En s’intéressant au massacre de Peterloo, où les autorités chargèrent à l’occasion d’un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de manifestants, Mike Leigh donne à la fois un cours d’histoire et une leçon sur la politique contemporaine. Le réalisateur est clair et direct dans son propos, mais la densité historique de Peterloo en fait aussi l’un des films les plus difficiles d’approche du cinéaste.
Leigh ouvre son film sur une victoire de l’État (la bataille de Waterloo) mais se concentre sur son coût humain. En un seul plan, il s’attarde sur un soldat qui, faisant pourtant partie des gagnants, se trouve complètement désemparé sur le champ de bataille. Il rentre chez lui traumatisé dans un milieu extrêmement pauvre et incapable de se trouver du travail. Pourtant artisan de la victoire, le peuple n'en verra jamais les fruits, les années qui suivent étant marquées par des crises économiques poussant la baisse des salaires et la hausse du prix des biens.
C’est dans ces années, celles qui séparent la victoire de Waterloo du massacre de Peterloo, que la grande partie du film prend place. Leigh dresse un tableau complet de toutes les personnes dont les actions culmineront à la manifestation et au massacre. Ainsi le film enchaîne des séries de discours politiques pour un effet assommant. Pendant deux heures, Leigh s’intéresse aux argumentaires verbeux de révolutionnaires et à la politicaille d’hommes qui cherchent à avilir le peuple. Le cinéaste demande beaucoup de concentration au spectateur, mais cela lui permet de ne pas présenter les mouvements populaires comme une idée unique. Leigh fait preuve d’une habilité incroyable à étoffer des personnages qui se perdraient dans la foule dans un film plus retenu.
Ainsi, le réalisateur présente le mouvement populaire dans sa multiplicité, autant par ses orateurs éduqués que par les travailleurs. Il note l’implication des groupes féministes, fait état des conflits internes et même s’il se place à ses côtés, il ne dépeint pas le mouvement comme le geste d’une idéologie parfaitement formée, mais comme un rassemblement d’individus épars. À l’opposé, il méprise ouvertement la classe dominante et ne cache rien de sa grotesquerie, mais il ne se permet tout de même pas de prendre des raccourcis. Ses personnages, même les plus vils, sont étoffés autant par les détails historiques que par le jeu naturaliste encouragé par le réalisateur. Ne serait-ce que pour la profondeur et la variété des personnages historiques, Peterloo est une réussite.
Si Peterloo est souvent assommant par la densité de son discours politique, Leigh termine sur un autre ton. Il filme le massacre avec énergie tout en recréant habilement la confusion du peuple sur le terrain. La scène est éprouvante sans être gratuite. Encore une fois, Leigh ne perd pas le coût humain des échecs du gouvernement et il partage avec aplomb sa colère avec le spectateur. Le dénouement crée une charge émotionnelle dans une œuvre auparavant très austère, mais dont les observations sur l’histoire forment une perspective contemporaine nécessaire.

14 décembre 2018

★★★½ | The Favourite (La favorite)

★★★½ | The Favourite (La favorite)

Réalisé par Yorgos Lanthimos | Dans les salles du Québec le 14 décembre 2018 (20th Century Fox)
Tout comme The Killing of a Sacred Deer et The Lobster, The Favourite n’échappe pas au regard critique et ironique que porte le réalisateur sur l’environnement qu’il met en scène. À la cour de la reine Anne (Olivia Colman), deux femmes de classes différentes (Rachel Weisz, Emma Stone) se disputent les faveurs de la femme la plus puissante d’Angleterre. Derrière les portes closes de son luxuriant domaine, la frêle reine (que la maladie ravage) est utilisée par la majorité de son entourage. Poussée malgré elle à faire la guerre ou à augmenter les taxes, elle ne sait plus vers qui se tourner. Cette confusion interne fera naître une guerre ouverte entre ses deux conquêtes.
Le film est porté par son formidable trio d’actrice. Les personnages féminins offrent au film l’une de ses plus belles qualités. C’est avec une certaine irrévérence qu’elles forgent leurs propres destinées. Sans trop se soucier des hommes qui les entourent, ce sont elles qui font avancer (ou reculer) les affaires d’État. Le rapport de forces entre les deux sexes produira d’ailleurs les scènes les plus comiques du film. L’humour acerbe (et parfois cruel) des dialogues ainsi que la mise en scène soutenue par une direction artistique extravagante donnent au film des allures de vaudeville complètement déjanté.
The Favourite confirme le talent indéniable d’un réalisateur dont l’univers nous dévoile une étrange beauté. Yorgos Lanthimos prend un certain plaisir à mettre en lumière les failles des systèmes établis. The Favourite est un remarquable plaidoyer qui témoigne d’une affection particulière pour un cinéma hors des sentiers battus.

16 novembre 2018

★★★ | Widows (Veuves)

★★★ | Widows (Veuves)

Réalisé par Steve McQueen | Dans les salles du Québec le 16 novembre 2018 (20th Century Fox)

Le quatrième film du réalisateur Steve McQueen (Shame, 12 Years a Slave), nous plonge dans un univers de corruption politique et de crime organisé. Le scénario habilement construit dévoile une histoire de vengeance des plus jouissives. Le spectateur suivra un groupe de femmes réuni par des événements tragiques. Forcées de commettre un vol, elles élaboreront un plan afin de réussir leur coup. Si certaines comparaisons peuvent être faites avec le récent Ocean 8 (Gary Ross), Widows accorde un peu plus d’importance aux circonstances sociales et économiques qui mènent ses personnages à une vie de crime.
Une mise en scène solide nous révèle un thriller captivant. Attentif à chaque moment, le spectateur n’aura qu’une envie, celle de la réussite de ces quatre femmes. Est-ce parce qu’elles nous sont présentées en victimes au tout début du film ? Abusées et trahies par les hommes autour d’elles ? L’une des évidences du film tient en ce que les personnages masculins (pour la majorité) sont rapidement présentés comme des menteurs, abuseurs, amoureux du pouvoir, manipulateurs ou violents. Pourtant, plus on avance dans le récit, plus le réalisateur parvient à équilibrer et à nuancer notre perception des personnages (autant celle des hommes que celles des femmes). La distribution hors pair contribue énormément à projeter la dualité humaine.
Au final, ce grand coup qui réglera tous les problèmes de nos protagonistes devient un prétexte pour le réalisateur qui aborde finement des enjeux personnels et sociaux qui secouent encore notre époque. Malgré quelques écarts vers la fin (notamment une révélation qu’on aurait aimée plus nuancée), Widows demeure une œuvre tout aussi frappante que divertissante.

20 avril 2018

★★★ | You Were Never Really Here

★★★ | You Were Never Really Here

Réalisé par Lynne Ramsay | Dans les salles du Québec le 20 avril 2018 (Entract)
Lorsque la fille d’un sénateur disparaît, un ancien marine devenu tueur à gages est engagé pour la retrouver. Son enquête le conduit vers un réseau de prostitution. S’ensuit une spirale de violence.

***

Six ans après son magistral We Need to Talk about Kevin, l’Écossaise Lynne Ramsay revient avec une nouvelle œuvre forte et envoûtante mais moins maîtrisé. Présenté à Cannes l’an dernier (prix du scénario et prix d’interprétation masculine pour Joaquin Phoenix), ce quatrième long-métrage de la réalisatrice est une adaptation du roman éponyme de l’écrivain américain Jonathan Ames. Comme dans ses œuvres précédentes, Ramsay confirme son attrait pour les ambiances glauques où des personnages torturés et désespérés nagent en eaux troubles.
En tueur à gages (et antihéros) tourmentés, l’excellent Joaquin Phoenix offre une autre performance époustouflante qui conjugue avec nuance toute l’intensité et l’intériorité de son personnage. Il est, de loin, la principale raison de voir ce film dont l’action repose sur ses épaules et son charisme.
En revanche, la réalisation très stylisée et esthétique de Ramsay (ambiance poisseuse, découpage en coupe sautée et montage parfois brusque) n’est pas toujours au diapason avec l’action et la signature d’un cinéma de genre abordé pour la première fois par la cinéaste. À force de trop vouloir imiter (à sa façon) le Taxi Driver de Scorsese (qu’elle déconstruit à l’inverse) ou encore les films de vengeance coréenne de ce nouveau millénaire (comme le célèbre Old Boy de Park Chan-wook et son anthologique séquence de brutalité avec un marteau), You Were Never Really Here souffre en (bonne) partie de ses nombreux emprunts. Il manque aussi cette intensité viscérale dans sa présentation graphique de la violence associée à ce type de cinéma, de telle sorte qu’en fin de compte, le résultat ne dépasse jamais l'exercice de style. Par conséquent, la puissance dramatique n’est jamais aussi poignante ou captivante que l’aurait sans doute voulue la cinéaste.
L'avis de la rédaction :

Pascal Grenier: ***
Jean-Marie Lanlo: ***
Martin Gignac: ****
Ambre Sachet: **½

23 mars 2018

10 novembre 2017

The Killing Of A Sacred Deer  (La mise à mort du cerf sacré) ***½

The Killing Of A Sacred Deer (La mise à mort du cerf sacré) ***½

Steven (Colin Farrell) est un chirurgien réputé, mari parfait de la femme idéale (Nicole Kidman) et père aimant de deux enfants délicieux. Il est même suffisamment dévoué pour prendre sous sa protection un adolescent dont le père est décédé.
Mais… il y a un mais!

Réalisateur: Yorgos Lanthimos | Dans les salles du Québec le 10 novembre 2017 (Entract Films)