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28 janvier 2022

★★★ | Médecin de nuit

★★★ | Médecin de nuit

(Réalisation : Elie Wajeman | Déjà en VOD au Québec ; au "cinéma Beaubien en ligne" depuis le 27 janvier 202 (FunFilm)
Un médecin de nuit parisien passe d’appartement en appartement pour visiter des patients, aide comme il peut les toxicomanes, fait du trafic d’ordonnances pour son cousin pharmacien, essaie de sauver son couple tout en couchant avec la future femme dudit cousin et commence à se mettre à dos les trafiquants de médicaments. Voilà beaucoup pour un seul homme. On pourrait même se demander si cela ne serait pas également trop pour un (court) film. Pourtant, Wajeman, que nous aimons beaucoup, est un habitué du mélange des genres.
Son précédent film, Les anarchistes, était un mix de film d'infiltration, de romance et de reconstitution historique. Son premier, Alyah, voyait se côtoyer polar, film de famille et film sentimental. Malheureusement, pour Médecin de nuit, Wajeman ajoute à ces trois derniers genres l’observation sociale et finit par se prendre les pieds dans ses fils narratifs pourtant ténus. Certes, son talent lui permet de limiter la casse, mais nous avons la constante impression que chaque intrigue annihile la force de l’autre au lieu de la renforcer (comme c’était le cas pour ses deux premiers films). Ceci est d’autant plus regrettable que le poids de la tragédie qui pèse à l’évidence d’emblée sur les épaules du personnage-titre convient parfaitement à un Vincent Macaigne, magistral en faux calme complexe qui manie le stylo et la compassion aussi bien que les coups de poing dans la gueule. Il n’est d’ailleurs pas le seul à rendre le film très fréquentable malgré nos réserves. La photo de David Chizallet (qui avait déjà signé celle de Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan) épaule parfaitement la mise en scène de Wajeman, et lui permet de recréer une vie nocturne qui nous ferait presque oublier un scénario maladroit.
Mais, probablement trop court, le film ne parvient jamais à assumer ses pérégrinations nuiteuses qui auraient pu le rendre si beau (et probablement plus signifiant)! Il faudra donc se contenter d’un film agréable, qu’on oubliera probablement vite dans sa globalité, mais dont resteront gravés un plan, un regard, une démarche, une explosion de violence Macaignienne, et la sensation renouvelée que Wajeman est un cinéaste dont il faut absolument voir les films, y compris celui-ci, notamment en raison de sa capacité à filmer les êtres avec sensibilité. On aurait toutefois envie, à l’avenir, de le voir oser une forme plus épurée ! Juste par curiosité…

20 janvier 2022

★★★½ | Un Héros (Ghahreman)

★★★½ | Un Héros (Ghahreman)

Réalisation: Asghar Farhadi | En VOD au Québec le 11 janvier 2022 (Amazon Prime Video)
Les créations d'Asghar Farhadi se suivent et se ressemblent. Les protagonistes pleins de bonne foi se font tous aspirer par les spirales implacables d'un système gangrené, d'une société déshumanisée où les règles sont impossibles à suivre sans se dérober.
Un héros (Grand prix à Cannes en 2021) ne fait pas exception, interrogeant la notion d'héroïsme à une époque complexe et ambiguë où la cupidité et les réseaux sociaux mènent le monde. En prison pour ne pas avoir épongé une dette, Rahim voit l'occasion de se racheter et de laver son nom en rendant une large somme d'or à son propriétaire. Le plan ne se déroule évidemment pas comme prévu…
Après son tiède Everybody Knows qui se déroulait en sol étranger, l'homme derrière le magnifique Une séparation retrouve ses repères en retournant chez lui. Construisant à nouveau son récit comme un suspense insoutenable, il propose un le long métrage qui électrocute les fondements d'une nation en troquant la subtilité pour l'efficacité. Le scénario riche de rebondissements fait fi d'invraisemblances tardives pour faire réagir, y arrivant aisément.
S'il n'y a rien de véritablement inédit sous le soleil et que son traitement pourrait paraître misanthrope, le créateur de l'oscarisé Le Client se démarque dans sa façon de développer son héros. Tout sourire, l'acteur Amir Jadidi laisse son charme naturel ressortir, finissant par manipuler son entourage comme le cinéaste manipule allègrement le cinéphile, multipliant de fausses joies en lui posant constamment des lapins.
Une certaine humanité transparaît pourtant à l'horizon, prenant la forme de l'honneur bafouée de Rahim et de son humiliation quotidienne. Face aux regards d'un fils bègue, il fera l'impossible pour ne pas boire complétement la tasse et bien paraître à ses yeux. Une moralité presque retrouvée pour une relation qui n'est pas sans rappeler celle, légendaire et universelle, qui s'établissait au cœur même du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica.
Même s'il utilise encore et toujours le même canevas pour transcrire les dédales d'une société qui finit par broyer ses individus, Asghar Farhadi s'affiche au sommet de son art, signant avec Un héros son film le plus réussi depuis Le Passé. À découvrir si possible en doublé avec l'Ours d'Or 2020, Le diable n'existe pas de Mohammed Rasoulof, pour se rappeler que tout ne tourne peut-être pas rond en Iran.

16 janvier 2022

★★★¼ | The Tragedy of Macbeth

★★★¼ | The Tragedy of Macbeth

Réalisation: Joel Coen | En VOD au Québec depuis le 14 janvier 2022 (AppleTV)

Pour son premier film sans son frère Ethan après plus de 35 ans de carrière, Joel Coen s’est tourné vers Shakespeare avec cette énième adaptation au cinéma de sa célèbre tragédie de Macbeth. Tournée entièrement sur scène avec une économie de décor (construit spécialement pour le film), cette nouvelle adaptation constitue un défi que remplit honorablement le cinéaste. (Précisons que seul le dernier plan du film a été tourné à l’extérieur.)
En utilisant un format standard (d’un rapport de 1,37:1), Coen ajoute une dimension claustrophobe aux événements qui se jouent à l’écran. Fidèle au texte et à la langue de Shakespeare, et ne cherchant pas à la moderniser, le film s’appuie sur ses formes et ses choix esthétiques. Très dépouillée, jusqu’à l’épure, la mise en scène renvoie essentiellement à l’esthétique du cinéma expressionniste allemand tout en truffant le tout de nombreuses références autant à a peinture qu’au cinéma d’antan (Dreyer et Hitchcock notamment). Avec son jeu d’ombre marqué, la magnifique photo en noir et blanc de Bruno Delbonnel occupe une place essentielle et ses nombreux contrastes ajoutent une dimension cauchemardesque et brumeuse à la pièce d’origine. Nous sommes donc bel et bien dans un univers filmique par opposition à la notion du théâtre filmé. D’un point de vue purement esthétique, le film est irréprochable, tout comme l’interprétation d’ailleurs : Denzel Washington et Frances MacDormand forment un beau couple vieillissant de antihéros tragiques.
En revanche, on sent parfois l’artifice derrière la mise en scène et malgré la progression dramatique et les enjeux palpables qui se déroulent à l’écran, un certain ennui s’installe. Contrairement aux adaptations passées de Kurosawa et de Polanski, cette nouvelle vision peine à aller au-delà de la virtuosité et à outrepasser le pur exercice de style, et cela malgré le dernier plan (mémorable) du film.

3 décembre 2021

★★★★ | La main de Dieu / The Hand of God (È stata la mano di Dio)

★★★★ | La main de Dieu / The Hand of God (È stata la mano di Dio)

Réalisation: Paolo Sorrentino | Dans les salles du Québec le 3 décembre 2021 | En VOD le 15 décembre (Netflix)

Après des incursions récentes dans le monde des séries et les épopées vaticanes et politiques (The New Pope, Loro et The Young Pope), le cinéaste italien Paolo Sorrentino revient au cinéma dans tous les sens du terme et dans sa Naples natale avec La Main de Dieu. Récompensé par le Grand prix du jury de la Mostra de Venise plus tôt cette année, ce film à saveur autobiographique nous plonge dans la ville de Naples en 1984 alors que le destin d’un adolescent mal dans sa peau va basculer à jamais.
Avec ce huitième long métrage, le réalisateur de La grande beauté réalise son film le plus personnel et ambitieux à ce jour, une œuvre à la fois intimiste et grandiose où se mêlent la famille, le cinéma et le sport. La venue du légendaire joueur de foot Diego Maradona y constitue le pivot de ce drame sur le passage à l’âge adulte à la rude…où le rêve est éclipsé par des événements dramatiques avant l’inévitable quête de sens et la découverte de sa propre identité.
Sous l’apparence d’un récit fourre-tout et anecdotique, le cinéaste joue habilement avec les émotions et fait preuve d’une grande chaleur humaine. Il touche au sacré et au profane de façon habile, les deux éléments alimentant les pensées et les sentiments d’un adolescent pubère et imaginatif (l’excellent nouveau venu Filippo Scotti, dont l’émotion passe d’abord par son regard sur ce qui l’entoure). Grand admirateur de Fellini depuis toujours, Sorrentino raconte ainsi ses souvenirs d’enfance comme un conte magico-réaliste peuplé de personnages colorés, où le réel et l’imaginaire se chevauchent dans un esprit subversif. Avec sa mise en scène détaillée aux allures pittoresques et ses images somptueuses et nocturnes, Sorrentino signe un grand film nostalgique rempli d’une douceur ironique qui, en quelque sorte, est son Amarcord à lui.
À voir absolument sur grand écran avant qu’il ne débarque sur Netflix le 15 décembre.

19 novembre 2021

★★★ | The power of the Dog (Le pouvoir du chien)

★★★ | The power of the Dog (Le pouvoir du chien)

Réalisation: Jane Campion | Dans les salles du Québec depuis le 17 novembre | Sur Netflix à partir du 1 décembre

Après plus de dix ans d’attente, Jane Campion nous revient enfin avec un nouveau long métrage ! Elle y explore un univers très viril (celui du western), en suivant dans un premier temps la confrontation de deux frères aux personnalités diamétralement opposées. Très vite, un personnage féminin fera son entrée dans la danse, tout comme celui de son fils, jeune adulte éduqué et artiste, à des années-lumière du héros de western.
La cinéaste continue alors son petit jeu de confrontation des contraires entre ses différents personnages, mais également entre les grands espaces et les intérieurs, associés à des référents westerniens très signifiants (le masculin et le féminin), en prenant un malin plaisir à brouiller les cartes pour permettre aux contraires de se rapprocher (?), à certains liens de s’étioler, et surtout aux certitudes de se déliter.
Les enjeux multiples qu’aborde Campion avec une grande intelligence (car avec un refus de la facilité et un sens de la nuance parfaitement maitrisée), son indéniable sens de la mise en scène (la valse des personnages entre intérieur et extérieur) et ses qualités de direction d’interprètes (Benedict Cumberbatch, Kirsten Dunst et Jesse Plemons ont rarement été aussi excellents!) auraient pu contribuer à faire de The power of the Dog un très grand film. Il ne l’est malheureusement pas, comme il n’est pas la meilleure relecture d’un genre par Campion (nous préférions sa relecture du film noir avec le pourtant malaimé In the Cut, que nous conseillons plus que jamais de revoir).
La faute en revient probablement à sa durée, trop courte (malgré ses 2 h 06) pour aller en profondeur dans l’exploration du concept mis en place par la réalisatrice. La succession de confrontations qu’elle construit (les deux frères, les futurs époux, le fils et son oncle par alliance, etc.) qui n’a pas le temps de rendre compte de leur richesse, de leur complexité, de leur évolution. Le rythme aurait probablement gagné à être plus lent, le temps plus étiré, le film plus long. Pour cette raison, le film manque de “vie” et se transforme régulièrement en exercice certes intelligent et bien construit, mais rendu abstrait par des personnages qui ressemblent plus à des portevoix d’une intention de cinéaste qu’à des vecteurs de la complexité des sentiments et des relations.

17 septembre 2021

★★¾ | Kate

★★¾ | Kate

Réalisation : Cedric Nicolas-Troyan | Disponible en VOD au Québec depuis le 10 septembre 2021 (Netflix)
Avouons-le d'emblée, nous aimons beaucoup Mary Elizabeth Winstead. Sans elle, Kate n'aurait d’ailleurs peut-être pas été mis au programme pour remplacer à la dernière minute un autre film. Mais nous ne le regrettons pas! Pourtant, le scénario du film est d'une grande banalité. Non seulement les thèmes qu'il aborde ont été vus et revus (une enfant "élevée" pour devenir une tueuse impitoyable, une tueuse impitoyable qui retrouve une once d'humanité au contact d'une ado), mais en plus, leur traitement ferait presque passer Luc Besson pour un grand et subtile scénariste. Cependant, si l'on accepte de jouer ce petit jeu et de ne retenir que l'action, il faut reconnaître que l'ensemble est fichtrement efficace. Bien sûr, les enfonçages de portes ouvertes scénaristiques provoquent des longueurs un peu regrettables, mais en dehors de ça, le film très solidement mis en scène se laisse voir avec un grand plaisir. Il faut dire qu'il peut compter sur la présence hyper charismatique d'une Mary Elizabeth Winstead toujours aussi impeccable et nuancée. De plus, au rang des surprises (et oui, il y en a), signalons la présence d'une jeune canadienne (Miku Patricia Martineau) qui remplit parfaitement sa fonction dans le rôle assez ingrat et très convenu de l'ado dans un premier temps tête à claques mais finalement attachante.
Au final donc, Kate n'est qu'un petit film Netflix assez oubliable... mais suffisamment bien fichu pour rassasier les spectateurs et spectatrices ayant une forte envie d'action un peu décérébrée.

20 août 2021

★½ | Demonic

★½ | Demonic

Réalisation : Neill Blomkamp | Disponible en VOD au Québec le 20 août 2021 (VVS Films)

Il y a plus de dix ans, Neill Blomkamp nous avait offert un film plein de belles promesses avec District 9. Depuis, imperturbablement, nous suivons avec attention sa carrière… qui nous déçoit pourtant toujours un peu plus.
Il y a huit ans, à propos de Elysium, l’auteur de ces lignes écrivait : « Si, pour son prochain film, Neill Blomkamp pouvait mettre la main sur un coscénariste compétent, ça serait parfait! » Deux ans plus tard, notre collègue Olivier Bouchard, à propos de Chappie, écrivait: « Blomkamp aurait avantage à travailler avec de meilleurs scénarios. » Avec la sortie de Demonic, un constat s’impose : Il y a clairement un problème de scénarisation chez Blomkamp, et ce n’est pas nouveau! Alors oui, une nouvelle fois, le cinéaste/scénariste nous apporte une idée originale, quoi que (l’exorcisme se fait ici technologique); une nouvelle fois, le cinéaste nous propose des petites choses visuellement intéressantes (la fusion de mondes intérieurs pour permettre une rencontre impossible); mais une nouvelle fois, il ne parvient pas à transformer une idée en histoire, ni une envie de film en réussite. Très vite, son idée s’essouffle, tourne en rond, et le film ne va nulle part même lorsqu’il se dirige vers un univers plus classique et convenu! S’il nous offre alors bien son lot de choses trop prévisibles, il ne parvient pas à trouver ce qui peut a minima convaincre un public avide de frissons faciles. Jamais son film de possession diabolique n’est capable de générer la moindre tension, le moindre sursaut.
Demonic se contente d’être une idée qui ne va nulle part et finit par devenir un petit film de genre mineur comme tant d’autres, le minimum syndical en moins. Alors, continuerons-nous à croire au Père Noël en allant voir le prochain film de Neill Blomkamp dans l’espoir de voir se concrétiser les belles promesses de ses débuts lointains? Probablement pas!

18 juin 2021

★★★ | Censor

★★★ | Censor

Réalisation : Prano Bailey-Bond | Dans les salles et en VOD au Québec à partir du 17 juin 2021 (Métropole Films)
Censor, premier film très prometteur de la réalisatrice galloise Prano Bailey-Bond, est un film d’horreur psychologique qui se penche sur le phénomène des video nasty, ces films d’horreur à petit budget diffusés en vidéo et qui faisaient se déchaîner les bien-pensants de tout poil dans la Grande-Bretagne thatchérienne des années quatre-vingt.
On l’aura compris, avec un tel point de départ, il y a beaucoup à dire et à filmer, ce que fait avec plaisir et talent Bailey-Bond. De l’arrière-plan politique à la réflexion sur la violence au cinéma (rôle de la censure, incidence sur les spectateurs), en passant par un hommage visuel aux films de l’époque, Bailey-Bond installe de nombreux sujets avec une certaine assurance. Malheureusement, après cette mise en place plutôt maîtrisée, le déploiement des enjeux dramatiques et la conclusion sont beaucoup moins convaincants. Prise entre le désir de psychologisation (le rapport entre la vie et les films, la résurgence d’un traumatisme passé) et celui d’assumer les excès visuels inhérents aux films qu’elle aime tant, la cinéaste peine à convaincre et finit par s’embourber un peu dans son envie de faire un cinéma aussi riche thématiquement que visuellement.
Le résultat reste toutefois suffisamment compétent pour être plaisant, malgré la tournure maladroite que prend le film. Surtout, comme nous l’affirmions plus haut, Censor est plein de promesses, et nous avons hâte de découvrir la prochaine œuvre de la réalisatrice, une fois passée cette (compréhensible) envie de vouloir mettre beaucoup (et surtout trop) dans un premier film.

21 mai 2021

★★¾ | Riders of Justice (Retfærdighedens ryttere)

★★¾ | Riders of Justice (Retfærdighedens ryttere)

Réalisation: Anders Thomas Jensen | En salle et en VSD au Québec à partir du 21 mai (Métropole Films Distribution)
Markus (Mads Mikkelsen), militaire en mission à l’étranger, est visiblement en contrôle de ses émotions jusqu’à ce qu’il soit rappelé au pays lorsque sa femme est victime d’un accident mortel. Dans le même temps, deux spécialistes de statistiques, aidés par un hacker, sont persuadés que la cause n’est pas accidentelle et pensent avoir trouvé les coupables. La police ne les écoute pas. Ils contactent le veuf… et ces nouveaux justiciers dans la ville se mettent en tête de faire payer les présumés coupables. Au milieu de ce petit monde, la fille du militaire va, tour à tour, essayer de vivre avec le drame, de se rapprocher de son père et de faire comprendre aux adultes que la violence n’est pas la solution !
Voilà un bref résumé qui laisse volontairement de côté quelques thèmes abordés par le film… qui en comporte beaucoup trop (tout ne s’explique pas; il faut se méfier des fausses évidences; pour vivre heureux, vivons nos psychoses ensemble, etc.). Nous ne reviendrons pas dans le détail sur tous, ni sur cette impression constante que chaque pas en avant du film est compensé par un pas en arrière… mais nous ne pouvons que regretter cette impression de surplace. En effet, le tout est solidement filmé et les acteurs semblent bien s’amuser à jouer leur petite caricature (les trois geeks à la santé mentale défaillante et le militaire impassible), mais c’est peut-être aussi ce qui est à la base du principal problème du film. Certes, l’opposition entre les personnages porte souvent ses fruits et génère des situations assez amusantes, y compris dans la course à la violence et à la destruction des “coupables”, mais ce parti pris semble en totale opposition avec la thèse du film, qui est justement la condamnation de la violence. Anders Thomas Jensen aurait pu faire le choix d’aller vers une violence dérangeante, vers le cynisme, vers l’absurde, vers le film à thèse, ou prendre finalement beaucoup d’autres directions... mais à la place, il empile ces choix qui finissent par annuler leur propre portée.
Le film, au demeurant relativement plaisant, tourne alors de plus en plus en rond, s’étire de plus en plus inutilement, et finit par laisser un petit goût de vide. Certes, du vide relativement fun, solidement filmé, interprété par des acteurs parfaits… mais du vide quand même. À moins que ce soit du trop-plein. Parfois, comme ici, les deux se confondent!

29 avril 2021

★★★½ | Pour l'éternité / About Endlessness (Om det oändliga)

★★★½ | Pour l'éternité / About Endlessness (Om det oändliga)

Réalisation: Roy Andersson | Disponible dans les salles et en VSD au Québec à partir du 30 avril 2021 (EyeSteelFilm)
Roy Andersson tourne peu mais ses films sont toujours des événements cinématographiques. C'est évidemment le cas de Pour l'éternité, son quatrième long métrage du présent siècle.
La première scène pique instantanément la curiosité du cinéphile. Il s'agit d'un couple enlacé dans le ciel, à l'instar d'une peinture de Chagall. Une image forte et mémorable, qui contraste avec le dernier plan: un homme seul qui tente de réparer sa voiture en panne dans un champ. Entre les deux, il s'agit du testament d'un créateur de 78 ans qui ne tournera peut-être plus jamais et qui explore les liens qui unissent et éloignent les gens.
Fidèle à ses habitudes, le cinéaste suédois déploie une multitude de saynètes de durée variable. Quelques personnages reviennent même si l'intérêt se trouve ailleurs. Sa mise en scène statique, récompensée à la Mostra en 2019 et reconnaissable entre toutes, prolonge le plan fixe afin de capter le quotidien de ses êtres. Sa photographie exceptionnelle baigne dans le gris, le brun et brume, rappelant le style d'Edward Hopper.
A priori, rien n'a vraiment changé depuis sa précédente trilogie, qui a démarré sur des chapeaux de roues en 2000 avec son extraordinaire Chansons du deuxième étage. On assiste encore au théâtre de l'absurde version Beckett, avec un humour mi-Tati mi-Kaurismäki qui a été, depuis, alimenté par Stéphane Lafleur.
Le spectateur ne se retrouve pas pour autant en terrain connu. Le rire ne s'accapare plus la part du lion, bien au contraire. Des thèmes plus sombres font leur entrée, que ce soit la solitude, la perte et la crise de la foi. Une gravité qu'annonçait déjà le précédent et sous-estimé Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence.
La condition humaine a toujours été au cœur des préoccupations de son auteur, qui se dépasse cette fois en liant les mal-être individuels et collectifs, créant des liens insoupçonnés envers le passé pour rappeler comment la colère présente peut trouver ses racines dans les crimes de l'Histoire.
Des constatations qui se font progressivement à l'aide d'un regard qui n'a pas perdu de son acuité et qui amalgame le ludique et le tragique. Une voix hors-champ féminine se fait parfois entendre, apportant poésie et émotion tout en évoquant le chef-d'œuvre Les ailes du désir de Wenders.
Court et infini à la fois, Pour l'éternité est un opus qui possède peu d'équivalents, si ce ne sont les précédentes créations d'Andersson. L'ensemble méritera probablement un certain temps d'adaptation pour un public non initié mais il ravira rapidement les autres, heureux de pouvoir s'y lover en ces jours si incertains.

8 avril 2021

★★★★ | Nomadland

★★★★ | Nomadland

Réalisation: Chloé Zhao | Disponible dans les salles et en VSD au Québec à partir du 9 avril 2021 (Fox Searchlight)
Les Oscars arrivent à grand pas et Nomadland sera certainement le film à battre.
Normal diront les admirateurs du cinéma de Chloé Zhao, qui reprend ce qui faisait la force de son précédent The Rider (la désillusion envers le rêve américain, la quête des grands espaces digne d'un western, le mélange d'acteurs et de comédiens non professionnels, la grande humanité des personnages, la sensibilité de la mise en scène, la magnificence de la photographie, etc.) en élevant son art au passage.
La cinéaste d'origine chinoise est en pleine possession de ses moyens et elle maîtrise totalement ce récit sobre et touchant d'une femme résiliente (Frances McDormand, dans un de ses plus beaux rôles en carrière) vivant dans sa camionnette. En quelques plans et regards, le temps semble s'arrêter, offrant une éblouissante radioscopie des États-Unis.
Une mécanique tellement bien huilée, libre et vivifiante sans être cynique ou déprimante, qui compense pour ses quelques baisses de régime et moments plus appuyés.
De quoi en ressortir soufflé et ému par tant de brio. Voilà une œuvre — parmi les meilleures des dernières années — qui mérite d'être découverte au cinéma, mais qui s'apprécie peu importe l'endroit tant son aura est puissante.

2 avril 2021

★★★ ½ | Shiva Baby

★★★ ½ | Shiva Baby

Réalisation: Emma Seligman | Disponible au Québec en VSD le 2 avril 2021.

En 2018, le court métrage Shiva Baby était présenté en première mondiale au prestigieux festival SXSW. Trois ans plus tard, nous découvrons le long métrage éponyme, toujours signé Emma Seligman. Entre les deux, toujours le même point de départ (une jeune femme rencontre accidentellement son sugar daddy à l’occasion de funérailles juives et découvre qu’il avait autant de secrets pour elle qu’elle en avait pour lui)… mais surtout une heure supplémentaire qui permet à la cinéaste/scénariste d’aller au-delà d’une simple idée de départ pour affiner sa galerie de portraits, démontrer son talent pour la rupture de ton et la variation de ses petits effets de mise en scène (toujours pertinents), témoigner de son sens de l’espace (90% du film se déroule à l’intérieur d’une maison en présence de dizaines de personnes) et affirmer ses qualités de dialoguiste et de scénariste: les situations et les dialogues sont amusants, mais Shiva Baby, malgré sa prémisse minimaliste, va bien au-delà de la “comédie juive” à laquelle on pourrait s’attendre. Bien sûr, il est question d’argent, de travail, de traditions et d’autres sujets inhérents au genre, mais en ajoutant un personnage qui était absent du court-métrage (une amie d’adolescence qui est peut-être un peu plus que ça), Emma Seligman entraîne son film vers un questionnement sur le désir d’une jeune femme et les attentes des autres (qui traduisent finalement une pression plus sociale que religieuse).
Drôle, maîtrisé aussi bien dans l’écriture que dans la mise en scène, et finalement très touchant dans ses dernières secondes aussi sobres que belles (deux mains qui se tiennent, un sourire contenu et un échange de regard), Shiva Baby est une très belle surprise offerte par une jeune cinéaste canadienne indéniablement très talentueuse !

4 mars 2021

★★½ | My Salinger Year (Mon année Salinger)

★★½ | My Salinger Year (Mon année Salinger)

Réalisation: Philippe Falardeau | Disponible au Québec en VSD et en salle le 5mars 2021 (Metropole):

Quatre ans après Chuck, le québécois Philippe Falardeau tourne un second drame biographique d’affilée avec My Salinger Year. En adaptant le récit autobiographique de la journaliste indépendante, poète, critique et romancière américaine Joanna Smith Rakoff, Falardeau délaisse les gants de boxe pour la machine à écrire.
On reconnaît la facture de Falardeau dans sa façon un peu pédagogique d’aborder son sujet et les relations de pouvoir et de hiérarchie mises en place. Mais ce qui agace un brin dans cette plongée dans le milieu littéraire est sa formule empruntée à The Devil Wears Prada de David Frankel et cette douceur générale (appuyée par la musique de Martin Léon) qui se dégage, de telle sorte qu’on demeure toujours en surface. Un peu plus de profondeur n’aurait pas nui à l’ensemble, mais on arrive toutefois à saisir les enjeux éthiques de cette agence littéraire prestigieuse déphasée et le fossé générationnel qui sépare notre jeune aspirante écrivaine de la hiérarchie existante. En revanche, la relation amoureuse entre Joanna et son copain est somme toute assez banale alors que le récit d’apprentissage et le cheminement qui s’ensuit le sont encore plus. Ainsi, les embûches qui se dressent sur son chemin forcent notre jeune héroïne à se remettre en question sur son avenir et faire preuve d’audace.
Ceci étant dit, la reconstitution modeste mais efficace du New York du milieu des années 1990 et la lumière de Sara Mishara (La grande noirceur, Tu dors Nicole) sont au diapason avec la mise en scène assurée. Dans le rôle principal, la vedette montante Margaret Qualley est attachante avec son mélange de candeur et de détermination alors qu’à ses côtés Sigourney Weaver excelle dans un rôle toutefois plus stéréotypé de la directrice de l’agence laissant transpirer ses émotions au fil de l’intrigue. Malgré les maladresses, My Salinger Year reste un film agréable qui se veut une ode à la littérature et à la création.

26 février 2021

★★★★ | Minari

★★★★ | Minari

Réalisation : Lee Isaac Chung | Disponible au Québec en VSD et en salle le 26 février 2021 (Entract Films)
Minari, film américain tourné principalement en coréen, profite de la réouverture des cinémas du Québec pour faire son apparition dans nos salles (et en ligne) à quelques jours de la prochaine cérémonie des Golden Globes, où il est finaliste dans la catégorie meilleur film en langue étrangère.
Le film met en scène une famille d’immigrants coréens qui décident de démarrer une ferme dans l’Arkansas dans les années 80. Si on ajoute à ce point de départ d’autres éléments abordés dès le début du film (la maladie du cœur du jeune fils, l’arrivée prochaine de la grand-mère qui vivait en Corée, les difficultés pour entreprendre avec un apport financier limité, les tensions dans le couple), on obtient de nombreux éléments qui auraient facilement pu faire basculer Minari vers le drame familial digne d’un mauvais téléfilm d’une autre époque. Fort heureusement, l’écriture du scénario est d’une délicatesse et d’une intelligence rares. En moins de 2 heures, Lee Isaac Chung, traite judicieusement a minima les sujets attendus en évitant les passages obligés, distille quelques éléments dramatiques moins prévisibles avec subtilité et enchaine le tout sans avoir recours au moindre effet. Cette absence d’effets, associé à un sens de l’observation impressionnant (une scène suffit à nous faire comprendre un enjeu sur lequel il n’est pas utile de revenir par la suite) permet au cinéaste de nous en dire finalement bien plus sur le déracinement et le rêve américain que bien d’autres films qui se voudraient plus éloquents.
La mise en scène et la direction d’acteurs sont à l’avenant et finissent par conférer au film une modestie qui pourrait déstabiliser. Mais c’est justement la force de Minari. C’est cette modestie qui rend ces personnages beaux et attachants et qui nous aide à comprendre leurs craintes, leurs espoirs, leurs motivations et leurs doutes plus ou moins étouffés, mais d’autant plus touchants qu’il n'en est jamais fait étalage.
Minari, ou l’art (pas si fréquent dans le cinéma américain) de la simplicité, est une des très belles surprises cinéphiles de cette année si particulière!

25 février 2021

★★★ | Alcootest / Another Round  (Druk)

★★★ | Alcootest / Another Round (Druk)

Réalisation: Thomas Vinterberg | Disponible au Québec en VSD à partir du 18 décembre 2020 et en salle à partir du 26 février 2021 (Métropole)
Avec Alcootest, Thomas Vinterberg retrouve Mads Mikkelsen quelques années après le très réussi La chasse. Le résultat, un peu moins maîtrisé, est également beaucoup moins désabusé.
Avec le passage du temps et l’installation du petit traintrain de la vie (professionnelle et domestique), la lassitude peut prendre le dessus. Quatre profs vivent cette triste réalité, jusqu’à ce qu’ils décident de tester la théorie d’un chercheur danois dont l'affirmation peut surprendre: nous naissons avec un déficit d’alcool dans le sang et le taux d’alcool idéal est de 0,5 g. Avec une volonté scientifique digne de leur statut d’enseignants, ils vont donc opter pour une consommation raisonnée, et leur vie va changer pour le mieux. Du moins pour un temps... l’augmentation des doses au delà du raisonnable ne correspondant pas à une hausse de bien-être!
Malheureusement, Vinterberg se laisse un peu enfermer dans son idée de départ et ne parvient jamais vraiment à faire sortir son film de sa morale: boire un peu, c’est bien, mais boire trop, c’est dangereux. Certes, il parvient à donner vie à d’attachants personnages et à créer de véritables interactions avec leurs entourages (famille, élève, collègues), mais le tout, trop théorique, peu incarné et surtout trop illustratif, ne convainc pas totalement. Fort heureusement, les lourdeurs d’écriture sont contrebalancées par la capacité de Thomas Vinterberg à filmer la vie, et principalement trois de ses composantes: la lassitude, les espoirs et les excès. Sa collaboration avec Mads Mikkelsen fait une nouvelle fois mouche, et au delà du discours, c’est surtout le portrait de son personnage que l’on retiendra.
Lors de la toute dernière scène, il peut avec sérénité trouver ce qu’il n’avait alors jamais vraiment trouvé : l’état (réellement) festif. Le prof se libère alors et nous offre une séquence dans laquelle l’envie de vivre en toute liberté explose enfin, de manière plus spontanée et moins calculée qu’à l’occasion des expérimentations éthyliques mal contrôlées. Parfois, une fin est si belle qu’elle fait oublier quasi instantanément les faiblesses d’un film. C’est le cas avec la dernière scène d'Alcootest!
★★★ | Deux

★★★ | Deux

Réalisation: Filippo Meneghetti | Disponible en VSD au Québec à partir du 5 février, et en salle à partir du 25 février 2021 (Métropole Films Distribution)
Deux, premier long métrage du réalisateur Filippo Meneghetti, aura l’honneur de représenter la France aux prochains Oscar. Également récipiendaire de deux Prix Lumière (dont celui de la meilleure première œuvre), le film arrive maintenant en VSD au Québec.
Très rapidement, Deux attire l’attention par son esthétique qui se rapproche de celle du thriller: la photo assez sombre d’Aurélien Marra évoque en effet instantanément ce genre. À l’évidence délibéré, le choix est confirmé durant tout le film par certains aspects de mise en scène (le plan de la femme qui rend visite, le soir, aux enfants de sa maitresse, par exemple) ou/et de scénario (les visites nocturnes dans l’appartement d’en face, pour ne citer qu’elles). En raison de cet univers, le spectateur qui assiste à cette histoire d’amour entre deux femmes âgées ressent le poids d’une fatalité: les choses ne se passeront pas simplement, et ce lesbianisme du troisième âge ne se fera à l’évidence pas sans heurts, ce que confirme vite la suite. Même en apparence ouverte d’esprit, une fille d’une quarantaine d’années n’accepte pas si facilement le fait que sa mère aime une autre femme, et cela en cachette depuis des décennies.
Le sujet, qui fut probablement tabou par le passé, a indéniablement sa place à notre époque, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. La volonté du cinéaste de faire glisser son cinéma vers le cinéma de genre pour aborder un sujet social, même si Meneghetti n’est pas le premier à le faire, est également réjouissante. Il lui permet d’éviter certains pièges du drame en attirant l’attention vers d’autres enjeux, ce qu’il parvient à faire. Malheureusement, il pousse le bouchon un peu trop loin. En grossissant certains traits (pour ne retenir que l’exemple le plus flagrant, les relations avec la garde-malade, de la destruction de la voiture à la séance d’intimidation et de saccage de l’appartement), le cinéaste jette un si gros voile sur son drame humain qu’il finit par étouffer totalement son enjeu sociétal (l’histoire d’amour contrariée par la maladie de la femme aimée et par l’étroitesse d’esprit de la société).
Cette ambition mal maitrisée est regrettable car l’idée n’était pas mauvaise et le cinéaste ne manque pas de talent (il sait filmer et diriger ses actrices et acteurs, créer un univers singulier, prendre des risques).
Le film demeure à voir pour toutes ces raisons, et malgré ses faiblesses. De son côté, Filippo Meneghetti fait indéniablement son apparition sur la longue liste des cinéastes à suivre de près !

20 février 2021

★★¾ | I Care a Lot (Une action particulière)

★★¾ | I Care a Lot (Une action particulière)

Réalisation : J Blakeson | Disponible en VSD au Québec depuis le 19 février 2021
I Care a Lot, qui hésite constamment entre thriller et comédie noire, n'est pas passé loin d'être le petit film à voir bien au chaud dans le confort de son salon en attendant la prochaine (et probablement très provisoire) réouverture de nos salles de cinéma.
D’abord, le sujet n’est pas inintéressant. Certes, il s'agit d'une énième réflexion sur notre société qui nous oblige à choisir entre être loup ou mouton, mais le film de J Blakeson pousse certains éléments un peu plus loin que d'habitude. Non seulement les proies de la protagoniste sont des personnes âgées, donc particulièrement vulnérables, mais en plus, la manière dont le film introduit un parallèle entre l'entrepreneuse à succès et le mafieux est assez réussie. D'abord opposés en tout point, les deux personnages deviennent de plus en plus proches (ambitieux, ne renonçant jamais, plus forts après chaque nouvelle déconvenue, prêts à tout pour sauver ceux qu’ils aiment... et surtout, habités par une ambition hors norme et ne renonçant devant aucune opportunité). Seule une différence les sépare: l'un agit dans le secret de l'illégalité, alors que l'autre prend des allures d'exemple aux yeux d'un monde en quête aveugle et permanente de modèles de réussites. Autre point fort: Rosamund Pike, une nouvelle fois impeccable, parvient à apporter régulièrement des nuances à son personnage de manière impressionnante. Malheureusement, le reste ne suit pas. Non seulement le scenario est beaucoup plus simpliste que l'aurait exigé le sujet abordé, mais la mise en scène ne fait qu'accentuer cette faiblesse. Nous imaginons constamment ce que le film aurait pu être sous la direction d'un cinéaste de talent, mais devrons nous contenter d'un film paresseux, sans vrai cynisme, sans rythme et noyé par la musique redondante de Marc Canham.
Certes, les éléments positifs mentionnés plus haut suffiront à rendre le visionnement agréable. Mais cette critique prétendument acerbe sur l'ambition et la course au succès aurait mérité un meilleur sort. L'excellente prestation de Rosamund Pike, justement nommée aux prochains Golden Globes, également!

12 février 2021

★★★½ | Saint Maud

★★★½ | Saint Maud

Réalisation: Rose Glass | Disponible en VSD au Québec à partir du 12 février 2021 (Entract Films)
Le premier film de la britannique Rose Glass, précédé d’une réputation élogieuse, arrive sur les plateformes numériques québécoises, et il serait bien dommage de passer à côté.
Dès les premiers instants, nous suivons comme son ombre Maud, infirmière auprès d’une femme en fin de vie : ses gestes, les relations avec la malade dont elle s’occupe, mais aussi sa solitude et surtout sa certitude d’avoir enfin trouvé Dieu, après un passé difficile. Sur ce passé, Glass nous en dit le moins possible, seulement de quoi comprendre son sentiment de culpabilité, sa soif de rédemption, mais également son traumatisme qui semble l’élément déclencheur de sa chute. Car si Maud croit avoir trouvé Dieu, c’est en fait un trouble mental qui prend de plus en plus de place et qui finit par l’entraîner vers une folie de plus en plus envahissante. L’observation de cette dégradation, ou au contraire de ce faux sentiment d’ascension vers la plénitude (car plus Maud chute vers la folie, plus elle a le sentiment d’être l’envoyée de Dieu), est aussi impressionnant que glaçant. La réalisatrice, qui épouse parfaitement le point de vue de son héroïne, nous montre à l’écran ce que ressent Maud : le combat contre le Mal, son statut de bras armé du pouvoir divin, son sacrifice au service (et sous les yeux) de l’humanité reconnaissante. Logiquement, les derniers moments du film le font glisser vers l'horreur, de manière toujours pertinente, sans excès, avec la retenue relative que permet un tel personnage.
Épaulée par une superbe direction photo (sombre et volontairement terne) signée Ben Fordesman et par une interprétation subtile (même dans l’excès) de Morfydd Clark, Rose Glass nous offre avec Saint Maud un premier film remarquable, quelque part entre drame de la solitude (et/ou de la culpabilité) et fantastique horrifique. À ne pas manquer!

30 janvier 2021

★★★½ | Adolescentes

★★★½ | Adolescentes

Réalisation : Sébastien Lifshitz | Disponible au Québec en VSD sur divers plateformes
Présenté aux RIDM 2019, et fraîchement auréolé du prestigieux prix Louis-Deluc du meilleur film français, Adolescentes, disponibles sur plusieurs plateformes de visionnement en ligne, est un documentaire à ne pas manquer. Il suit le parcours de deux adolescentes, de 13 à 18 ans, dans la petite ville de Brive-la-Gaillarde.
Avouons-le cependant, les premiers moments soulèvent quelques réserves : on se demande en effet rapidement si le processus de filmage n’a pas eu une incidence sur le comportement des sujets, qui semblent parfois en représentation, notamment lors des scènes conflictuelles avec les parents. Mais progressivement ce sentiment s’estompe. Non seulement Sébastien Lifshitz modifie sa manière de filmer, mais surtout, il semble évident que lui et son équipe deviennent de plus en plus en plus transparents aux yeux des protagonistes, qui se mettent à agir de manière de plus en plus naturelle.
Le spectateur peut alors laisser de côté ses réserves pour s’intéresser au vrai sujet : l’évolution de l’amitié entre deux adolescentes sur une période de cinq ans… et là, un petit miracle se produit. En réussissant le casting parfait (deux amies que tout oppose, aussi bien physiquement que sociologiquement ou psychologiquement), le réalisateur parvient presque à dresser un portrait de l’adolescence en se focalisant sur seulement deux individus. Il nous offre également un instantané d’une époque marquée par les événements dramatiques que l’on sait (attentats en France).
Au-delà de son sens de l’observation et de la concision (500 heures de rushes étalés sur plusieurs années pour 2h25 de film), Lifshitz est également aidé par le hasard qui lui permet de nous proposer quelques épisodes dramatiques (l’incendie d’un logement, le coma d’une mère) qui se règlent finalement pour aboutir en une sorte de happy end plein d’espoir.
On aurait presque envie de les retrouver dans 10 ans, pour savoir ce qu’elles sont devenues, et si la vie qu’elles se sont construite a été à la hauteur de leurs espoirs adolescents. Ou, peut-être, pour faire le bilan des premières vraies désillusions !
À suivre ?

4 décembre 2020

★★★ | Black Bear

★★★ | Black Bear

Réalisation: Lawrence Michael Levine | Disponible au Québec en VSD à partir du 4 décembre 2020 (Pacific Northwest Pictures)
Black Bear, présenté au Sundance Film Festival, a tout du film américain indépendant qui agace l’auteur de ces lignes par son abus de “tout ce qu’il faut mettre dans un film indépendant pour avoir l’air intelligent et donc être inattaquable”: des gens qui parlent pendant le repas un verre de vin à la main (pour faire un peu “cinéma français”, c’est toujours chic), des sujets du moment (la place de la femme, ça fait “concerné par son époque”), une petite touche métafictionnelle et une construction en deux parties qui se répondent (c’est toujours de bon ton de réfléchir sur le travail de l’artiste tout en faisant une proposition narrative un peu ambitieuse).
Autant le dire tout de suite, le début a tout pour toucher sa cible (la critique américaine “sérieuse”) tout en rebutant les autres (le large spectre des laissés pour compte). Heureusement, Aubrey Plaza est là. Non seulement, sa seule présence est une réjouissance, mais en plus, à l’approche de la quarantaine, elle ose un rôle qui la fait sortir de l’adolescence (ou du statut de jeune adulte qui lui colle à la peau). Lorsque le film bascule dans la seconde partie, miroir de la première, l'actrice devient encore plus l’élément essentiel du film. Et c’est bien à ce moment-là que le spectateur grincheux et agacé par la première demi-heure (au hasard, l’auteur de ses lignes, encore lui) doit bien admettre qu’il avait fait fausse route. Non seulement la proposition narrative est à la hauteur de son ambition et permet une réflexion plutôt pertinente aussi bien sur le couple que sur le processus de création, mais surtout, Lawrence Michael Levine confirme qu’il avait fait le bon choix en confiant ce rôle à la comédienne de Safety Not Guaranteed. Dans le rôle casse-gueule de l’actrice insécure, alcoolique et trahie, elle s’en sort à merveille en évitant les pièges dans lesquels elle aurait facilement pu tomber. 
Et avec elle, c’est finalement le film, aussi cérébral que maîtrisé, qui nous convainc, malgré une mise en route un peu laborieuse.